J’irai quand même témoigner (Yogongombaye l'homme integre)

Publié le par Hamid Kelley

Monsieur Joe Al Kongarena, je n'approuve pas un seul mot de ce que vous dites, mais je  défendrais jusqu'à la mort votre droit de le dire. J’ai décidé de ne pas entrer dans ce jeu favori des internautes tchadiens de ces derniers temps. Mais j’ai changé d’avis car tellement que votre texte m’a séduit par sa construction méthodologique. Toutefois,  c’est l’unique fois. Je ne me laisserai point divertir par ce jeu d’insultes sur le Net.

Aussi, pour vous permettre d’en savoir un peu plus sur moi afin de mieux m’insulter à l’avenir, je me permets de vous ouvrir ici un petit volet de ma vie. Cela vous permettra de sélectionner aisément dans votre réserve de vocabulaires d’insultes les mots bien mieux insultants pour me les envoyer à la figure. Je vous en pardonne car vous ne saviez rien.

  Acte 1.

La première fois que j’ai été arrêté, c’était en mars/avril 1979 à Moundou. Et ce n’était pas pour un délit ordinaire mais pour un délit d’opinion, de conviction. En effet, j’étais en classe de seconde AB (j’avais 19 ans) quand les événements malheureux de notre pays éclataient. Il y avait à cette époque, une section de la Croix rouge tchadienne à Moundou, présidée par Monsieur Saleh Biany. Je me suis engagé volontaire de cette section de la Croix-Rouge tchadienne de Moundou en 1978, suite à un film documentaire sur les activités de la Croix –rouge que Monsieur Biany et un blanc nous ont projetés. C’était un soir, au Centre Dombao, à Moundou. J’ai été profondément marqué par ce film documentaire et surtout par la devise de la croix-rouge.

Avec les événements de 1979, nous avons mobilisé toutes les ressources de notre section pour amener des blessés et même des non blessés qui étaient en danger de mort certaine à l’Hôpital central de Moundou. Il y en a que nous avions exfiltrés, le soir, pour les permettre de sortir de la ville et fuir vers l’ouest, vers le Cameroun pour se sauver la vie. Il y avait eu fuite de cette opération et des hommes armés passaient à l’hôpital pour enlever certaines personnes. Je me suis opposé énergiquement à cela, appliquant ainsi les directives de la Croix-Rouge. Malheureusement, je me suis fait tabasser et arrêter. Et, c’était notre chef de section, Monsieur Saleh Biany (un Moundang, un homme formidable) qui avait négocié ma libération auprès du Colonel Rodaye.

J’ignore aujourd’hui si le Colonel Rodaye et Saleh Biany sont encore en vie. Si oui, alors renseignez-vous auprès d’eux. Ils vont certainement se rappeler de cet épisode de ma vie et le confirmer. J’ai beaucoup appris de bonnes choses avec monsieur Saleh Biany.

Cher Monsieur Al Kongarena, l’intolérant est un mauvais homme, un mauvais citoyen, un mauvais politique, un mauvais religieux et le fanatisme est un facteur antiprogressiste.


Acte II, Scène 1

  « Considérant….,

Nous, étudiants de l’Université du Tchad, soutenons sans réserve, le camarade El Hadji Hissein Habré…. »

« Considérant….,

Nous, étudiants de l’Université du Tchad, soutenons sans réserve, les actions et la politique du camarade El Hadji Hissein Habré tendant à ramener la paix au Tchad…. » Telle a été la raison de mon enlèvement le soir du 8 février 1987 dans les locaux de l’Université du Tchad.

 

Comment ?

Eh bien comme vous le saviez, cette année-là, un peu partout dans le pays et surtout à N’Djaména, des tchadiens organisaient des marches de soutien « au Camarade El Hadj Hissein Habré et aux Forces Armées Nationales du Tchad ». Toutes les corporations et organisations socioprofessionnelles du pays organisaient des marches de soutien au Président, et aux Forces armées (FANT). L’université du Tchad devait, elle aussi, organiser sa marche de soutien.

J’étais, cette année-là, étudiant en 2ème année de droit et membre du Bureau Exécutif (BE) de l’Association des Etudiants de l’Université du Tchad (AEUT), chargé de la culture. À ce titre, c’était à moi que revenait la tâche de l’organisation de cette marche des étudiants. Réunions sur réunions nous ont permis de préparer et mettre en place la logistique nécessaire. Mais c’était le Secrétariat Général du Rectorat, en la personne du feu Abderamane Dadi qui nous a soumis un texte de la motion de soutien déjà rédigé, prêt à lire. C’était ce texte que Ahmat Younous, le Président du BE de l’AEUT devait lire à l’issue de la marche et remettre une copie au représentant du Chef de l’Eta, Monsieur Gouara Lassou, au nom des étudiants de l’Université du Tchad.  

Acte II, Scène 2

Au cours d’une de nos réunions, j’ai demandé à revoir le texte de la motion. En le lisant dans sa version « rectorataire », je me suis arrêté sur le passage suivant: « Nous, étudiants de l’Université du Tchad, soutenons sans réserve, le camarade El Hadji Hissein Habré…. ». J’ai dit à mes collègues membres du BE de l’AEUT que je ne suis pas d’accord avec ce texte et que nous ne pouvons pas, nous, Etudiants de l’Université, accepter de le lire un tel texte à l’issue de notre marche. Les mots « soutenons sans réserve le Camarade El Hadji Hissein Habré» me faisaient peur et je ne voulais pas les cautionner au nom des étudiants de l’université du Tchad.

Mr Ahmat Younous (président du BE de l’AEUT) m’a demandé de m’expliquer et surtout de donner ma version de texte. J’ai répondu que j’accepte tout le texte sauf ce passage : Nous, étudiants de l’Université du Tchad, soutenons sans réserve, le camarade El Hadji Hissein Habré…. ».  En remplacement de cette phrase j’ai proposé celle-ci: Nous, étudiants de l’Université du Tchad, soutenons sans réserve, le Camarade El Hadji Hissein Habré dans ses actions et politiques tendant à ramener la paix au Tchad…. ».

 

Comme argument pour défendre ma position je disais ceci à mes collègues : La voix des étudiants d’une Université est une voix qui se porte toujours au loin. Lors de notre marche, il y aura des médias internationaux qui vont relayer notre voix dans le monde entier. Dans ces conditions, comment est-ce que « nous étudiants de l’Université du Tchad, allons dire au monde entier que nous soutenons sans réserve les actes du président Hisseine Habré? Car des actes et politiques du Président, il y en a que nous ne pouvons pas soutenir. En matière de politique intérieur, par exemple… ».

Après un long débat, on devait passer au vote à main levée sur la version du texte à retenir. Seuls Hassan Damarda et moi-même avions voté pour la deuxième version, celle que j’ai proposée. Monsieur Beïgoran s’est abstenu tandis Ahmat Younous, Odering Gouleï et les 7 autres membres du bureau  ont voté pour le maintien de la 1ère version du texte, celle du rectorat : Il y avait donc 9 voix pour, 2 contre et une abstention. Ahmat Younous, Hassan Damarda, Beïgoran, Odering Gouleï et les autres membres du Bureau de l’AEUT de 1987, s’ils sont encore en vie, ils vont certainement se rappeler de cette séance houleuse.  

Acte II, Scène 3

A l’issue de la séance j’ai demandé à Ahmat Younous (notre Président) de me décharger momentanément de mes fonctions de chargé de culture. « Je ne démissionne pas du Bureau de l’AEUT mais je me mets en congé. Je reprendrais ma charge après la marche » ai-je fait savoir à mes collègues. J’ai également fait savoir que je ne prendrai pas part au cortège qui ira de l’hippodrome à la Place de l’Indépendance.

Le lendemain de cette séance du Bureau de l’AEUT, j’ai été convoqué par Monsieur Djibrine Hissein Grinky (ministre de la culture, jeunesse et Sport) et Monsieur Mbaïlao Béral (secrétaire d’état à l’Education) qui m’ont respectivement reçu chacun à son tour pour me demander de reconsidérer ma position. Je me rappelle : Monsieur Enoch Djondang (qui m’a rencontré à la bibliothèque de la fac de droit) m’a conseillé de ne pas insister en me disant: « Mon cher Michelot, tu as raison, mais qu’est-ce que tu veux ? Tu y laisseras ta peau ».

Feu Addéramane Dadi (Secrétaire Général de l’Université) disait ceci à l’attention de tous les membres du Bureau de l’AEUT : « vous devriez faire très attention jeunes gens. Le Rectorat n’admettra pas de troubles à l’Université comme c’est le cas en ce moment à Abidjan ». C’était en présence de Monsieur  Dono Horngar, Recteur de l’Université qui, lui, a préféré laisser le Secrétaire Général du Rectorat mener les opérations.

En fin de compte, je n’ai pas pris part à cette marche des étudiants qui a effectivement eu lieu, (je crois, le samedi 6 février 1987). Hassan Damarda était à l’Hippodrome au point de départ mais n’avait pas pris part à la marche. A l’issue de la marche, Monsieur Ahmat Younous a effectivement lu le texte de la motion de soutien dans sa version qui nous a été rédigée  par le Secrétariat Général du rectorat et remis une copie au représentant du Chef de l’Etat.

Voilà pourquoi j’ai été arrêté le 8 février 1987. Disons, voilà pourquoi nous avons été arrêtés, Hassan Damarda et moi, le 8 février 1987. Rien ne me permet objectivement de dire avec certitude que c’était bien Hissein Habré qui a voulu et ordonné cette arrestation ce jour là.  Une chose est sûre, nous avons été dénoncés (Hassan Damarda et moi) par quelqu’un qui n’était pas Hissein Habré et qui a intérêt à ce que nous soyons arrêtés.

Monsieur Al Kongarena, « assurons-nous bien des faits, avant de nous inquiéter de la cause », disait Fontenelle. Pourquoi pensez vous ou croyez-vous que je n’ai pas le droit de témoigner de cet épisode de ma vie ? En quoi, selon vous, le fait de demander à témoigner devant un tribunal revient à faire l’apologie du crime ?

  

Acte II, Scène 4

Monsieur Joe Al Kongarena,  regardez bien l’image ci-dessous. Qu’est-ce que vous voyez, une tête de lapin ou d’un canard ? Avez-vous vu un canard ? Êtes-vous sûr que c’est un canard ? ou avez-vous vu un lapin ? En êtes-vous sûr ?

 

 

Moi, j’ai vu plutôt un lapin ou plutôt un canard. Mais suis-je certain que c’est un lapin ou un canard? Pas si sûr. Ce qui est sûr, nous vous et moi, voyons la même image mais pas la même chose. Et ni vous, ni moi, personne n’a tort, personne n’a raison. Chacun de nous voit les choses selon ses propres angles de vue, selon son propre bain originel. Là où vous ne voyez qu’un vulgaire criminel qui mérite d’être envoyé en Sibérie, moi je vois un héros national, un modèle qui, tant qu’il n’est pas jugé et condamné est présumé innocent. Vous n’avez aucun droit de m’enlever mes convictions. Rien ne vous y autorise.

  

Cher Monsieur Kongarena, j’ignore où vous étiez en 1987 et par conséquent  ce que vous aviez entrepris pour contrer ou dénoncer les actes d’Hissein Habré que vous condamnez aujourd’hui. Imaginez-vous, à cette époque, s’il y avait plusieurs « Yogogombaye » à l’université du Tchad ! On aurait pu attirer l’attention de l’opinion internationale sur le phénomène. Ce qui nous permettrait d’amoindrir son ampleur, sinon l’écourter, du moins la circonscrire, à défaut de l’éradiquer. Moi, je n’ai pas attendu comme vous pour que ce soit Reed Brody, RFI, TV5 ou France 24 qui me disent qu’il y a des choses qui ne vont pas bien au Tchad.


Acte III

 Monsieur Joe Al Kongarena, je vous demande d’aller à Moundou, puis de prendre la direction de Beïnamar et de vous arrêter à Tapol. De là, demandez à savoir où se trouve le village de Kakoubo. Onze kilomètres (11 km) plus loin de Tapol en direction de Argao, vous trouverez ce village Kakoubo. C’est là où j’ai été élevé et grandi. Le  « M’bang » de ce village jusqu’en septembre 1984 s’appelait Ngaoumaye Thomas. Monsieur Ngaoumaye Thomas était le frère cadet de Madame Dénémadji Zeneba, et Dénémadji Zeneba était ma mère.

Je n’avais que 3 ans et demi  quand Ngaoumaye (frère cadet de ma mère) m’a recueilli après le divorce de ma mère d’avec mon père. Par la suite, mon père décédait quand j’avais 11 ans. Si bien que je ne connaissais que ce Ngaoumaye à la fois comme père et oncle maternel.

Ngaoumaye Thomas était un cultivateur dévoué. Il avait été élevé au rang de « Chevalier National de l’ordre du Mérite Agricole » en 1969 par le Président François Tombalbaye. La cérémonie de remise de sa médaille a eu lieu à Beinamar, chef lieu de notre sous-préfecture. J’accompagnais mon oncle à Beinamar à cette occasion. Et c’était en cette occasion que j’ai vu pour la première fois et de près un « Sous-préfet ». Plus tard j’avais appris que ce sous-préfet qu’on appelait Monsieur Charlot, était un natif de Biltine.

Cher Monsieur Kongarena, ce Ngaoumaye Thomas là a été enlevé en septembre 1984 avec 22 autres villageois de Kakoubo. Je ne l’ai plus revu jusqu’aujourd’hui. Je ne sais même pas où devaient se trouver ses restes. Hissein Habré n’était ce jour de Septembre 1984 là à kakoubo pour l’enlèvement de mon oncle. Pourtant, comme vous, je sais qui étaient les responsables. Pour vous « le coupable idéal », c’est Hissein Habré. Pour moi, les auteurs de cet enlèvement ne sont pas aujourd’hui à Dakar au Sénégal. Ils sont au Tchad, en liberté et ils continuent d’enlever, de tuer. Ils enlèveront et tueront encore demain si rien n’a été fait pour que justice soit rendue.

Par ailleurs, je ne sais pas si, pour vous, Ngaoumaye et les 22 paysans de kakoubo ont été comptabilisé dans le chiffre de 40000 morts ou pas. De même, je ne suis pas certain d’offrir un jour une sépulture digne de ce nom à « mon oncle-père Ngaoumaye». La seule consolation que j’ai, c’est que le 25 mai 1985, ma femme m’a donné un fils (né à la maternité de N’Djaména). J’ai donné à ce fils le nom de « Ngaoumaye ». Mon fils Ngaoumaye, Dieu merci, est avec moi ici en Suisse. Il étudie actuellement de l’architecture à  Lausanne. Je ne souhaite pas lui inculquer de la haine dans l’esprit. Pourtant je lui ai expliqué pourquoi il s’appelle « Ngaoumaye » et qui était « Ngaoumaye Thomas » pour moi et surtout qu’était devenu ce « Ngaoumaye Thomas » là.

Voilà, Cher Monsieur, voilà une partie de ma vie.  Maintenant dites moi : suis-je victime ou complice du « système » d’Hissein Habré ? Croyez-vous que cette justice spectacle, formatée et téléguidée de l’extérieur pour être mise en scène au Sénégal par RFI, TV5, France 24, BBC etc. interposées puisse apporter, à moi, quoi que ce soit à la cicatrisation de ma douleur ? je ne le pense pas, moi. Je préfère m’inscrire dans l’axe de la tolérance active pour la paix et la réconciliation. Mes enfants, leurs enfants et les enfants de leurs enfants en auront besoin.

Acte IV

Monsieur Kongarena, vous écrivez dans votre plaidoirie et sentence: « Le sang dégouline des plaies que vous venez d’ouvrir avec une brutalité délibérée et la scène vous excite. Alors vous enfoncez le clou en affirmant qu’on le veuille ou non, Habré est notre mémoire collective, à tous ». C’est dommage, cher Monsieur, que vous ayez pris le soin d’omettre les mots « en mal ou en bien » que j’ai aussi écrit. Que vous ont-ils fait, ces cinq mots, pour que vous les gommiez du texte de votre plaidoirie et sentence? Ne croyez-vous pas que l’honnêteté intellectuelle de votre part serait aussi de mettre l’accent sur ces mots « en mal ou en bien » ?

Cher Monsieur, toute vie perdue est une vie humaine sans distinction. Une femme qui devient veuve, qu’elle soit Ngambaï, Gorane, Arabe, Zaghawa, Sara, Toupouri, Peul ou M’boum ou Moundang, etc., est un être humain qui a droit a une vie de famille heureuse. Les enfants innocents qui sont privés de soins et de l’affection de leurs parents sont des enfants tchadiens ; qu’ils vivent à Baïbokoum, Kyabé, Goundi, Nokou, Fada Am-Dam, Arada, Pala, kouno, Bol, Dourbali, Zouar ou Léré. Ce sont toujours des tchadiens éplorés. Ils nous importent la plus haute responsabilité aujourd’hui, de faire en sorte pour leur procurer une vie heureuse aujourd’hui et surtout demain. 

Nous portons tous encore les stigmates des dures années de guerre que notre pays a connu. Les familles des victimes des événements qu’a connu le Tchad depuis le printemps 1977 jusqu’à aujourd’hui, ces familles, toutes ces familles pleurent encore dans les cruels tourments des veuves et des orphelins et de tous ceux qui ont perdu fils, filles, frères et sœurs. Ce n’est pas un sujet de dissertation ni une occasion pour faire étalage de ses qualités rédactionnelles sur le Net. Ma démarche est profondément réfléchie et vient de la profondeur de l’être que j’appelle « Moi ». Je la mènerai jusqu’au bout auquel cas contraire, je ne reconnaîtrai pas l’être que je suis et que j’appelle « Moi ». Et  c’est une démarche pour laquelle je suis prêt à donner ma vie. Oui, je donnerai ma vie pour qu’un jour la vérité triomphe pour le futur du Tchad, pour mon pays.

A sa sortie de prison, si Nelson Mandela s’est laissé aller à cette sorte de justice spectacle formatée de l’extérieur, telle que vous la vouliez maintenant pour Habré, croyez-moi, aujourd’hui on ne parlerait point d’Afrique du Sud, comme « Nation Arc-en-ciel ». Si aujourd’hui les togolais sont entrain de tourner la page de leur sombre histoire, ce n’est pas grâce à la justice revendiquée sur les ondes de RFI ou de France 24.  Ce n’est pas non plus la justice de Reed Brody qui a fait actuellement ses preuves en Algérie mais bien une démarche de « tolérance active » sortie des profondeurs culturelles des algériens : « la charte pour la Paix et la réconciliation ». Les suds africains, les togolais et les algériens ne sont pas moins victimes d’un système que ne le sont les tchadiens. Ils ont simplement choisi d’être d’abord eux-mêmes.

La Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples adoptée en juin 1981 à Nairobi, est, pour nous africains, une conquête majeur des droits humains. Or, en même temps qu’elle prenait en prenant en compte l’universalité des droits de l’homme, notre Charte  nous recommande aussi de tenir  compte « des vertus des traditions historiques africaines et des valeurs de la civilisation africaine qui doivent inspirer et caractériser nos réflexions sur la conception des droits de l’homme et des peuples ».  C’est dommage qu’au Tchad, nous devons d’abord soumettre la liste des membres d’un Gouvernement au Quai d’Orsay  et à la cellule africaine de l’Elysée avant de la faire lire à 20h sur les ondes de la RNT. C’est dommage ! C’est très dommageable pour mes enfants, pour les enfants de mes enfants et de leurs enfants.


Acte V : conclusion


Cher Monsieur J. Al Kongarena, Hissein Habré n’est-il qu’un et seul criminel ?

Telle est la question à laquelle j’aimerais aussi apporter ma part de réponse en démontrant que Hissein Habré n’est pas que criminel.  C’est aussi un père, un mari, un oncle, un frère, bref un homme qui a de sentiments, de l’émotion et d’humanisme. Rien, rien ne vous permet de m’interdire de dire cela pour la manifestation de la vérité. Car si nous n’adoptions pas cette démarche, nous risquions de crucifier Jésus à la place de Barnabas. 

Je n’ai jamais [encore] été séduit par aucune tentation terrestre, et je n’ai jamais [encore]  tenté d’édifier mon bonheur aux dépens de celui des autres. Dans chaque décision que j’ai prise, dans toute action que j’ai entreprise, je me suis laissé toujours guider par ma foi, ma croyance profonde et ferme en l’être humain, au droit de l’homme, à la liberté et à l’indépendance d’esprit. J’ai des convictions et une foi que je m’en suis formulée au cours de mon existence. Je m’y tiens. J’en irai jusqu’au bout quel qu’en soit le prix. J’irai à Dakar témoigner pour Hissein Habré parce que je crois profondément qu’il n’est pas que et seul sanguinaire. Je ne serai jamais de ceux qui condamnent Hissein Habré avant même qu’il ne soit inculpé, jugé et condamné. Et si vous croyez que Hissein Habré est mon maître à penser, je l’accorde. Je préfère mieux avoir lui comme maître à penser plutôt que d’avoir RFI, France 24 et autres CNN et BBC comme maîtresses à penser.

De même, je n’ai jamais recherché le pouvoir comme tel. Je n’ai jamais été « pistonné » par personne pour avoir quoi que ce soit. Ma force réside en moi-même, dans mon dévouement absolu à ce que je crois comme vrai, juste et honnête. Je suis toujours cette même personne de 1979, 1984, 1986, 1987, et finalement le même homme qui assistait à ce Conseil des Ministres élargi au Bureau de l’Assemblée nationale du vendredi 30 novembre 1990. Je suis cette même personne qui, dans la nuit de samedi 1er à dimanche 2 décembre 1990, avais demandé au président de l’Assemblée nationale d’aller faire une déclaration à la radio, prendre le pouvoir (parce que vacant) et assurer ainsi la continuité de l’Etat. Celui-ci, qui en avait le droit en sa qualité de président de l’Assemblée, a refusé. C’est son droit. Je ne le condamne pas. Alors ne me condamnez pas. 

Ma quête n’est pas terminée, et je ne crois pas qu’elle aura de fin. Car, nous avons au Tchad encore un long chemin à parcourir avant de parvenir à la construction nationale. Je souhaite sincèrement que nous puissions un jour parvenir, en tant que peuple uni, à une existence où l’amour, la paix, le travail, la prospérité et la dignité de l’Homme tchadien prévaudront.

Monsieur Joe Al Kongarena, puisse Dieu guider vos pas et ceux de vos prochains, partout où vous vous déplaciez.

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