Est-ce qu'Hillary Clinton souhaite vraiment la victoire d'Obama?

Publié le par Hamid Kelley

Rue89: Oui, on sait, c’était supposé être terminé. Il y a deux mois, Barack Obama disait avoir recueilli suffisamment de délégués pour être le candidat du parti démocrate aux présidentielles. Hillary Clinton, comme le reste du parti, promettait de se rallier à sa candidature.

Ou presque. Depuis quelques jours, la sénatrice de New York nourrit l’idée que le ralliement de ses délégués à Barack Obama ne va pas de soi.

« C’est une question qu’on me pose tous les jours », dit-elle dans ce meeting de campagne du 31 juillet à Palo Alto, en Californie, où on lui demande si les délégués auront la possibilité de voter pour elle à la convention, lorsque le parti devra désigner officiellement son candidat. Elle donne des exemples passés de candidats malheureux des primaires (Teddy Kennedy, Gary Hart…) qui n’ont pas appelé à voter pour leur ex-rival avant la convention et souligne qu’il faut trouver un moyen pour que ses délégués se sentent entendus. Elle se dit en négociations avec l’équipe d’Obama et avec le parti sur le sujet. D’autres signes témoignent de la mauvaise volonté des Clinton à s’engager pour une victoire de Barack Obama.

Le camp Hillary a demandé au parti de noter dans son document commun, lors de la convention, que les primaires ont été teintées de sexisme. Il rappelle régulièrement que sa candidate a recueilli les suffrages de 18 millions d’électeurs et gagné 8 des 13 dernières primaires. L’ex-président Bill Clinton a du mal à avoir un mot positif sur celui qui devrait être le candidat des démocrates depuis la fin des primaires. Dans une interview d’ABC News, il a du mal à répondre au journaliste qui lui demande si Obama est prêt à diriger le pays. Les deux hommes ne s’apprécient guère et ne se sont parlés qu’une fois au cours des deux derniers mois.

Enfin, Hillary Clinton, traditionnellement championne de la communication verrouillée, laisse filtrer son scepticisme sur les chances de Barack Obama d’emporter les élections générales de novembre. Pas exactement le grand spectacle de réconciliation du parti démocrate qui avait été promis.

Tout cela dans quel but ?

Tenter un dernier assaut en profitant des doutes actuels qu’inspire Obama ?

Depuis la grande tournée internationale d’Obama, les analystes politiques s’étonnent. Comment se fait-il que le sénateur d’Illinois, malgré son avance sur McCain, n’arrive pas à passer la barre des 50% d’intentions de vote dans les sondages ? Le dernier sondage de CBS lui donne six points d’avance sur McCain, de 45 à 39. Mais auprès des « likely voters » (les électeurs qui iront probablement voter), le dernier sondage Zogby donne un avantage d’un point à John McCain. « A ce stade de la campagne, Michael Dukakis avait une vingtaine de points d’avance sur George Bush père en 1988 », nous a dit un délégué pro-Hillary, inquiet.

Un sondage Wall Street Journal/NBC indique que 55% des électeurs estiment que Barack Obama est le candidat « le plus risqué ». Face aux dernières salves du Parti républicain, des démocrates se demandent si Obama ne manque pas d’agressivité dans ses réponses, un reproche qui n’a jamais été fait aux Clinton.

Est-ce que c’est une manière de faire un chantage au chaos au Parti démocrate ?

Cherche t-elle à obtenir ce qu’elle veut en contrepartie de son ralliement ? Et dans ce cas là, que cherche t-elle à obtenir ? De l’aide pour éponger ses dettes de campagne ? Une meilleure place au sein du parti et être la "Keynote Speaker" de la convention (celle qui délivre le discours majeur) lors de la grand messe des démocrates ? Pour calmer les rumeurs de frictions au sein du parti, l’équipe d’Obama a proposé à Bill Clinton d’occuper l’estrade le mercredi soir (la dernière soirée avant celle d’Obama) pour prononcer un discours.

En attendant, ces sursauts de Clinton et de ses partisans donnent aux Etats-Unis le spectacle d’un parti divisé dans une année électorale dont l’environnement aurait dû être extrêmement favorable aux démocrates (l’impopularité de Bush, la guerre, la crise des « subprimes »…)

Alors que Barack Obama doit partir en vacances dans son Hawaï natale, Hillary Clinton a promis, en son absence, de faire campagne à sa place. Son premier meeting doit se tenir ce vendredi. On pourra se faire une idée plus précise de ses intentions.

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