Cinquante condamnations à mort au nom de l'"antiterrorisme" au Soudan

Publié le par Hamid Kelley

Manifestation de soutien au président soudanais, Omar Al-Bachir, le 17 juillet à Karthoum.
L
'activité des Cours spéciales créées au Soudan pour juger les responsables de l'attaque de Khartoum par des rebelles du Darfour, en mai, ne faiblit pas. Dans les prisons soudanaises, ils sont désormais cinquante à attendre de savoir si les sentences de mort par pendaison déjà prononcées par ces juridictions spéciales seront exécutées

 Le 10 mai, après avoir parcouru plus d'un millier de kilomètres depuis des bases éparpillées entre le Darfour et l'est du Tchad, des colonnes du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) étaient entrées dans la cité jumelle de la capitale soudanaise, Omdourman. Leur offensive n'avait été brisée par les forces de sécurité qu'au niveau des ponts enjambant le Nil, à quelques kilomètres du palais présidentiel.

A la suite de cette attaque éclair, qui avait fait plus de deux cents victimes, des centaines - peut-être un millier - de personnes avaient été arrêtées à Khartoum. La totalité d'entre elles n'étaient cependant pas des rebelles. Trois Cours spéciales "antiterroristes" n'en avaient pas moins été créées rapidement pour les juger. Les premiers procès s'y sont ouverts le 18 juin. Les premières condamnations à mort y ont été prononcées un mois plus tard. Parmi les condamnés, Abdelaziz Al-Nour Al-Ashr, frère de Khalil Ibrahim, le chef du JEM, haut responsable du mouvement arrêté après l'attaque alors qu'il tentait de gagner l'Erythrée. Mais aussi, une foule de semi-anonymes.

Dès la première vague de trente condamnations, Ashraf Qazi, le représentant spécial au Soudan du Secrétaire général des Nations unies, s'était indigné que "les accusés n'aient eu accès à des avocats qu'après l'ouverture des procès, et que leurs confessions aient été arrachées pendant qu'ils étaient détenus sans aucun contact avec l'extérieur". Depuis, une menace d'expulsion plane au-dessus de sa tête.

Plus crûment, Amnesty International a dénoncé l'usage de la torture pour extorquer des aveux, tandis que Georgette Gagnon, responsable de la division Afrique de Human Rights Watch, estime que ces "Cours bidon", ne "respectent même pas les standards judiciaires les plus minimes." Or, selon Amnesty, les procès de 109 autres personnes seraient encore en cours. Parallèlement, "plusieurs centaines" de personnes, selon l'organisation de défense des droits de l'homme, seraient tenues au secret, parmi lesquelles des femmes et un enfant de quelques mois.

La Cour constitutionnelle ayant déclaré ces Cours spéciales compatibles avec les textes fondamentaux en vigueur dans le pays, le sort des condamnés repose désormais entre les mains du président soudanais, Omar Al-Bachir, qui doit confirmer, ou infirmer par une mesure de grâce, les condamnations à mort. Le JEM, dont les troupes se préparent à d'autres opérations militaires, a d'ores et déjà averti que "toute tentative d'appliquer ces sentences déclenchera dans les plus brefs délais une seconde attaque de Khartoum".

L'organisation en toute hâte de défenses militaires aux portes de la capitale montre que cette menace n'est pas prise à la légère, renforçant un peu plus la tension installée par les poursuites engagées contre le président Bachir.

Le 14 juillet, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, a déposé devant les juges de la juridiction internationale les preuves des allégations de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre au Darfour à l'encontre du président soudanais, contre lequel il a requis l'émission d'un mandat d'arrêt.

La chambre devrait donner sa réponse à partir de la mi-septembre.

source: Lemonde

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