Démocratie en Afrique: Echec et mat !

Publié le par Hamid Kelley

Démocratie en Afrique: Echec et mat !

Coups d’Etat par-ci, forcing aux élections par-là, modifications inappropriées de constitutions... la démocratie en Afrique a du mal à faire son chemin de Damas après que toute l’humanité eut pourtant crié haro sur les dictatures sanguinaires et corrompues.

Hier le Kenya et le Zimbabwe, aujourd’hui la Mauritanie, naguère convertis aux vertus de la passation civilisée du pouvoir, retournent à la case départ des coups de force. Au Tchad, Déby ne devra son salut qu’à la perche tendue par la France. Demain à qui le prochain tour ?

Parce qu’ils ont tout le pouvoir, des chefs d’Etat, qui se perdent facilement sous les lambris dorés des palais, modifient les lois fondamentales au gré de leur humeur, dédaignent le suffrage populaire et s’auto-octroient des scores "nord-coréens" à l’issue de scrutins contestés et contestables.

Parce qu’ils ont été remplacés par d’autres, des généraux bedonnants peuvent aussi, dorénavant, porter l’estocade au président "élu". Où a-t-on vu un chef d’Etat légitime qui n’a plus l’autorité nécessaire pour nommer qui il veut là où il veut ? En Mauritanie bien sûr où Sidi Cheikh Ould Abdallahi n’est rien d’autre que la victime pantelante d’un jeu de dupes. Ha l’Afrique !

Tout cela se fait dans la quasi-indifférence de la communauté internationale qui, finalement, ne condamne que du bout des lèvres. L’Union africaine, qui a récemment perdu sa "voix", son œil de Caen qui empêche les putschistes de dormir du sommeil des justes, assiste impuissante à la montée du péril des changements par la force.

Il y a peu, appliquant à la lettre le rejet catégorique de tout coup d’Etat et prônant le rétablissement de l’ordre constitutionnel normal partout où cela est nécessaire, elle sonnait la charge contre le régime qui s’était emparé de force de l’île d’Anjouan après une parodie d’élection. N’est également plus de saison le rétablissement d’un certain Ahmed Tejan Kabbah, alors victime d’un coup d’Etat en Sierra Leone.

Que ceux qui croient que la communauté internationale et l’UA peuvent leur servir de parapluie malgré leurs œuvres de destruction nationale se détrompent, "o bana" (c’est fini). D’ailleurs leurs plus chauds partisans seront les premiers à tourner casaque en suivant la direction du vent. Alpha Blondy a raison : "Abas le président ! Vive le président !" "Bé bi yèrè yé" (chacun pour soi, Dieu pour tous). Dans ce cas, le meilleur rempart, n’est-il pas la traduction en actes concrets des aspirations populaires ?

Il n’empêche que si Mugabe et son pair kenyan avaient été rappelés à l’ordre, sommés d’organiser de nouvelles élections libres et transparentes ou boycottés par le monde, nul doute que la Mauritanie aurait encore à sa tête son président "élu".

Le continent n’est-il pas mûr pour servir des fois d’exemple ? " Non, il faut que celui-ci vienne toujours d’ailleurs " , me souffle-t-on. Menacé de destitution, le général Musharraf, ci-devant président du Pakistan, a pour sa part préféré démissionner, laissant à la postérité l’image d’un démocrate alors qu’il avait pris le pouvoir par les armes. C’est presque une sortie par la grande porte.

Il est temps que les démocrates au pouvoir sous nos tropiques se ressaisissent, qu’ils s’éloignent des vertiges du pouvoir, qu’ils respectent l’esprit et la lettre de leurs constitutions... Sinon tout le reste n’est que leurre avant l’échec.

A. M. T.

source: lemali

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