M. Obama reprend l'avantage dans une campagne qui se durcit

Publié le par Hamid Kelley

Le démocrate Stanley Greenberg, l'un des sondeurs les plus écoutés de Washington, expliquait, au lendemain de la faillite de la banque Lehman Brothers, que l'un des problèmes de Barack Obama était qu'il "manque de passion et d'intérêt" pour l'économie. Vendredi 19 septembre, le candidat démocrate est apparu pleinement mobilisé. Entouré de ses conseillers, il a proposé un plan global de soutien à l'économie qui englobe la classe moyenne autant que les milieux financiers. "Le temps n'est pas venu pour la peur ou la panique", a-t-il dit.

Si John McCain avait su saisir le moment avec la crise en Géorgie en août, puis avec le passage de l'ouragan Gustav, c'est Barack Obama qui semble tirer bénéfice de la crise financière. Les sondages montrent qu'il a repris l'avantage sur son adversaire (3 points d'avance selon la moyenne établie par CNN à partir de quatre enquêtes). "John McCain va s'entendre reprocher jusqu'à l'élection sa réaction initiale affirmant que les "fondamentaux" de l'économie sont bons", prévoit M. Greenberg.

Cette réflexion du candidat républicain a été d'autant plus malencontreuse qu'elle reprenait une phrase souvent employée par George Bush, alors que John McCain s'efforce de se distancier de la Maison Blanche. 51 % des personnes interrogées continuent à avoir des doutes sur la capacité du sénateur de l'Arizona à "faire une autre politique que celle de George Bush". Barack Obama, lui, n'a pas dissipé les doutes sur sa capacité à faire face à la crise. 51 % des Américains s'inquiètent encore de son inexpérience (sondage Greenberg Quinlan Rosner).

A quarante-six jours de l'élection présidentielle, Barack Obama a tenté de présenter une image susceptible de rassurer. Il est apparu en Floride avec une équipe rappelant l'ère Clinton, dans laquelle figure Robert Rubin, l'un des artisans de la prospérité des années 1990. "A sa place, je ne me montrerais plus qu'avec Rubin", a conseillé le chroniqueur David Brooks sur la chaîne PBS. M. Obama a apporté son plein soutien au projet de sauvetage bancaire annoncé jeudi par l'administration Bush, et sur lequel le Congrès a commencé à travailler. Il a réclamé en parallèle un "plan d'urgence économique pour les salariés". Les démocrates ont prévu de faire pression dans le même sens, ce qui renforcera la crédibilité de leur candidat sur la question.

 

DISCOURS MUSCLÉ

 

Dos au mur, John McCain a tenu un discours extrêmement musclé contre son adversaire lors d'un rassemblement dans le Minnesota. "Peut-être pourrait-il, cette fois, nous épargner les leçons et admettre qu'il a manqué de jugement en contribuant au problème, a-t-il déclaré. La crise à Wall Street a commencé à Washington avec la culture de lobbying et de trafic d'influence, et il était au milieu de cela. Ce n'est pas "le pays d'abord". C'est "Obama d'abord"."

Alors que, au début de l'été, les auditoires étaient restreints, la foule est maintenant nombreuse, ne serait-ce que pour apercevoir la colistière de M. McCain, Sarah Palin. Disciplinée, elle interrompt régulièrement l'orateur de cris nationalistes : "USA ! USA !". M. McCain de son côté fait huer les PDG des deux compagnies Freddie Mac et Fanny Mae, en citant le montant de leurs indemnités de départ (21 millions et 25 millions de dollars) : "Rendez-les ! Rendez-les !", hurlent les militants.

La presse s'épuise à recenser les accusations de plus en plus grossières qu'échangent les candidats. M. Obama répète que c'est la "philosophie" de M. McCain qui a provoqué la crise. Comme l'a montré le Washington Post, si le républicain a déclaré être favorable à "moins de régulation", il a oeuvré au Sénat après l'affaire Enron pour moraliser le monde financier. Et si Phil Gramm, le conseiller de M. McCain, est l'un des artisans de la loi qui a ouvert la compétition entre les institutions financières en 1999, l'ancien secrétaire au trésor Robert Rubin y était favorable... et Bill Clinton l'a signée.

Corine Lesnes

Source: Le monde

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