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La difficile mission des soldats de l'Eufor dans l'est du Tchad

Publié le par Hamid Kelley

 France 24: Déployée depuis mars 2008 dans l'est du Tchad, notamment pour protéger les réfugiés du Darfour, la force européenne de l'Eufor a du mal à accomplir sa mission. Selon de nombreux observateurs, son mandat n'est pas adapté à la situation.

Les 3 300 hommes de l'Eufor ont pour mission de protéger les populations civiles, notamment les déplacés tchadiens et centrafricains, ainsi que les réfugiés du Darfour. Soit plus de 450 000 personnes.

Mais n'ayant pas le droit de procéder à des arrestations, les soldats sont impuissants face aux bandes de brigands qui sévissent dans la région. Pour de nombreux Tchadiens et des travailleurs humanitaires, le mandat de l’Eufor n’est pas adapté à la situation sur le terrain.

A l'occasion de la réunion des ministres européens de la Défense les 1er et 2 octobre à Deauville, en France, au sujet de l'Eufor et des initiatives militaires communes, FRANCE 24 présente quatre reportages réalisés dans l'est du Tchad par nos envoyés spéciaux Nicolas Germain et Virginie Herz.

Les limites du mandat de l'Eufor

Les troupes de l'Eufor ne peuvent pas arrêter les bandits qui sévissent dans l'est du Tchad. Nombreux sont ceux dans la région qui remettent en cause le mandat des soldats européens.

Le village de Troan, dans l'est du Tchad. C'est la première fois que les habitants croisent des soldats de l'Eufor.

"On a besoin de votre protection. Vous devez arrêtez les coupeurs de route et les bandits. C'est les bandits là-bas, ce sont des Zaghawas", explique un villageois. Les Zaghawas, l'ethnie du président tchadien. Ce sont eux aussi que la population accuse d'avoir tué 3 personnes en tentant de voler du bétail quelques jours auparavant.

L’'Eufor suscite beaucoup d'espoir qui risque d'être déçu. Ils ne sont que 3 000 hommes pour couvrir un territoire aussi vaste que la moitié de la France et surtout ils n'ont pas les pouvoirs de police qui leur permettrait d'arrêter les brigands.

Le général Ganascia, qui est à la tête de l’Eufor sur le terrain, affirme: "Lorsque nous serons partis, dans quelques jours, les choses reprendront peut-être encore une fois parce qu'il y a trop d'armes, parce qu'il n'y a pas d'ordre ni de justice établie. C’était ni notre mission ni notre vocation. On peut peut-être dire que l’intérêt de notre présence aura été de mettre en valeur que la réponse n’était pas forcément militaire."

Un constat d'impuissance désabusé après seulement six mois de présence.

Le "camp des étoiles", base stratégique de l'Eufor

Environ 1300 soldats de l'Eufor vivent au "camp des étoiles". Dans cette région isolée où le thermomètre atteint régulièrement les 45 degrés°C, il faut faire venir de l'eau, climatiser les installations et protéger les équipements.

Le "camp des étoiles", une base sortie de nulle part dans l'est du Tchad. Aujourd'hui, 1300 soldats vivent ici. Un tiers s'occupe de la logistique. Dans cette région isolée où le thermomètre atteint régulièrement les 45 degrés, il faut faire venir de l'eau, climatiser certaines installations, protéger les équipements du sable. Des tonnes de matériaux sont importé d'Europe; un voyage qui dure parfois plus d'un mois.

"Le vrai défi, il était là, partir de rien. Là où nous sommes actuellement, il y a six mois c'était un désert, plat comme la main. Et actuellement, comme vous pouvez voir, c'est une vraie petite ville. Et les jeunes générations le comprendront: je joue à 'Sim City'. Car comme à 'Sim City', nous sommes partis de rien et on a construit une ville", explique le colonel Kempf, en charge du bataillon logistique. Un jeu vidéo de gestion grandeur nature auxquels participent près de vingt Etats.

Certains ont même pensé à faire venir leurs spécialités, qui deviennent un véritable luxe en plein désert. C'est ainsi que les Espagnols ont un jambon qu'il partagent à l'occasion. Les Français, eux, ont leurs boulangers qui fabriquent 900 baguettes par jour. Et enfin, l'objet de toutes les curiosités: le sauna des Finlandais. Il atteint 80 degrés et, du coup, par contraste, l'air ambiant semble frais.

L'anglais est la langue de communication entre tous ces hommes, même si les Français constituent la moitié des troupes

L'est du Tchad, une région instable

L'est du Tchad est une région qui sert de base arrière à de nombreux rebelles. L'Eufor y assure la sécurité des civils, mais elle n'a pas le droit de pénétrer dans les camps de réfugiés.

L'est du Tchad sert de base arrière à de nombreux rebelles. Ce jour-là, à Iriba, alors que le bataillon polonais de l'Eufor s'approvisionne en eau, des picks-up armés surgissent. Un rebelle demande ce que font les Polonais. Ils répondent qu’ils sécurisent la zone, que tout va bien.

Une prise de contact furtive, et les hommes repartent sans être contrôlé. Ces hommes sont du RFC, une des factions rebelles qui a attaqué N'Djamena en février et qui négocie aujourd'hui son retour dans l'armée tchadienne.

Un officier polonais explique: "Pour nous, l'important c'est de rester neutres, si nous voyons des soldats tchadiens nous les saluons, si c'est des rebelles pareil. C'est essentiel que nous montrions notre neutralité par rapport aux affaires internes tchadiennes."

Quelque soit la faction armée, l'Eufor n'intervient que si elle menace des civils. Ses patrouilles sont sensées dissuader les attaques, et protéger en particulier les 400 000 déplacés tchadiens et réfugiés soudanais. Ils vivent dans des camps, mais l'Eufor n'a pas le droit d'y pénétrer et se retrouve impuissante quand les groupes armés vont y recruter des mineurs.

Près de Goz Beida, dans la zone irlandaise, le camp de Jabal est relativement bien sécurisé. La plupart des réfugiés du Darfour sont arrivés il y a 5 ans, pour l'instant sans perspective de retour.

"On voudrait rentrer chez nous au Soudan, mais la situation n'y est toujours pas stable. Chaque jour, il ya encore des tueries, des viols", raconte un réfugié.

L'Eufor a été mis en place pour éviter au Tchad d'être entraîné dans le conflit du Darfour. Mais aujourd'hui, plus que les janjawids, ce sont les bandits qui menacent la région. Or l'Eufor n'a pas les pouvoirs de police pour les arrêter.

Les habitants d'Abéché sceptiques sur le rôle de l'Eufor

Cela fait six mois que l'Eufor est présente au Tchad pour protéger les populations civiles. À Abéché, la ville qui accueille le principal camp de la force européenne, les habitants se demandent quel est son véritable rôle.

A Abéché, deuxième ville du Tchad, de nombreux habitants savent que la force européenne a comme mission de protéger les civils, mais certains restent suspicieux. "Ils sont venus ici pour voler notre richesse", dit l’un d’eux. "Depuis que l'Eufor est là, la vie à Abéché est bouleversée, les prix ont augmenté", ajoute un autre.

Les débats entre habitants portent surtout sur la capacité de l'Eufor a faire régner la sécurité, en particulier à lutter contre le banditisme, endémique dans la région. "Il y a beaucoup d'insécurité, même au niveau de la ville", se plaint un habitant.



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