Tchad-Soudan : Sarkozy, El Béchir et le pétrole

Publié le par Hamid Kelley

Embourbé dans l’imbroglio tchadien, Deby est sacrifié dans la reconfiguration géopolitique de l’Elysée. Retour en sainteté de Khartoum ? 

 

Crainte d’un effet de boule de neige ? Nicolas Sarkozy revisite son catéchisme du droit pénal international. Le président français vient de diluer son vin. La position de la France dans le dossier d’inculpation du président soudanais pour « crimes de guerre » opère un virage diplomatique. Paris craint qu’une inculpation trop rapide du président El Béchir provoque une spirale de violence au Darfour.

 

La position de la France a été clairement exposée le sursis accordé à El Béchir lors des travaux de l’assemblée générale des Nations Unies à New York en septembre 2008. Invoquant les dispositions de l’article 16 des textes de la Cour Pénale Internationale, Paris a appelé à la suspension des procédures en cours à l’encontre du Soudan par le Conseil de Sécurité pour un an.

 

Complaisance ou réalisme. La position de la France est conditionnée  par un « changement radical et immédiat » de la politique soudanaise dans le dossier du Darfour. Au sein des associations des Droits de l’Homme, c’est la colère : «  Jouer avec l’article 16 conduirait à décrédibiliser la Cour Pénal International » a fait remarqué la Fédération Internationale des Droits de l’Homme. Dans un communiqué conjoint, Human Right Watch, Amnesty International et la FIDH dénoncent « un recul notoire en matière de justice pénale internationale». «Cela pourrait créer un précédent pour d'autres chefs d'État qui en viendraient à penser qu'une immunité est négociable ».

 

Au four et au moulin, la diplomatie française était sur tous les fronts du dossier Darfour. Des indicateurs semblent fixer la nouvelle ligne diplomatique de l’Elysée dans cette région déchirée par la crise du Darfour et les interférences politiques. Alors que le mandat de l’Eufor s’achève en Mars 2009 avec un bilan « d’échec » selon Oxfam, un sondage récent atteste d’ailleurs cette perception (36, 49%  de personnes interrogées sur les finalités de l’Eufor soutiennent que cette force a été déployée  protéger la dictature au Tchad et 28,44% soutiennent que la force européenne vise seulement à préserver les intérêts des occidentaux), Paris s’agite. 

 L’activisme français dans les couloirs de la Tour de Manhattan vise à  sauver les meubles en sensibilisant l'ONU et ses partenaires européens afin de surseoir la poursuite de la CPI contre El Béchir, en proposant la mise en place rapide des fores de Minurcat (Mission de l'ONU  en Centrafrique et au Tchad) et aussi la reprise des relations diplomatiques entre le Tchad et le Soudan. Bernard Kouchner exerce une pression sur le groupe de contact pour le déploiement rapide des contingents de sécurité de 2000 gendarmes et policiers - Tchad: 1000, Soudan: 1000.

Paris et Bruxelles sont en phase. « Aucune force militaire ne pourra assurer durablement la  sécurité, si le contexte politique à l'origine de l'insécurité ne  change pas. La communauté internationale doit pour cette raison se  pencher également sur les causes profondes de cette insécurité ». Propos du ministre belge des Affaires étrangères Karel de Gucht.

L’Elysée reconfigure sa posture diplomatique dans cette région. Les noces entre le Tchad et le Soudan sont des engagements aux forceps pris par N’djamena sous le regard menaçant de  Paris. Deby est devenu trop encombrant. Les casseroles tchadiennes (Assassinat de Ibni, le divorce avec la Banque Mondiale, la corruption…)  ternissent implicitement l’image de la France. La réconciliation superficielle entre N’djamena et Khartoum vise à polir l’image belliqueuse d’Idriss Deby.

L’odeur de l’or noir fait aussi courir l’Elysée. Le règlement du conflit du Darfour n’est pas une action de charité diplomatique. Les gisements de pétrole soudanais jusqu’ici sous la coupe de la Chine justifient le « sursis » accordé à El Béchir. Les multinationales françaises prospectent au Soudan. La multinationale Total  a déjà plongé ses tuyaux dans les nappes pétrolifères du Sud Soudan. Intérêt oblige.

La nouvelle doctrine de la France et le parfum de grâce répandu sur Khartoum traduisent l’agacement de Paris dans l’imbroglio tchadien. Lâché par l’Eufor, pressé par la rébellion, dénoncé par le peuple tchadien, épinglé par bailleurs de fond et interpellé par les associations des Droits de l’Homme, Idriss Deby est pris dans les fers de l’histoire.

Un allié gênant, des marchés au sud Soudan, Paris sait que mettre El Béchir en disgrâce revient à créer des conditions explosives de la situation humanitaire au Darfour et perdre de juteux contrats.

Alors complaisance ou real politik ? La crainte de l’effet boule de neige « enflamme » Paris : Le pétrole, convoitise de tous les temps !

 

Par D.D de N’djamena-matin

Commenter cet article

Idriss Doumgoto 03/10/2008 13:18

Tout ce qui est Francçais pour le Tchad ,c'est d'abord l'interet des français seconder par celle de Deby et terminè.