Paludisme : le vrai remède c'est la croissance économique

Publié le par Hamid Kelley

Paludisme : le vrai remède c'est la croissance économique

 

Julian Harris et Jasson Urbach

Avec la collaboration de www.unmondelibre.org

 

 

Les Nations Unies se sont réunies dernièrement à New-York pour discuter des Objectifs de Développement du Millénaire et de la volonté de « mettre un terme à la pauvreté pour 2015 ». Tandis que dans la réalité les projets sont un échec, plusieurs délégués et une rock star s’enorgueillissaient des milliards de dollars transférés aux Etats africains, pire encore, ils continuaient de demander encore plus d’argent. Les donateurs ont ainsi re-nommé le projet de lutte contre le paludisme (Roll Back Malaria) et ont promis 3 milliards de dollars.

 

Les donateurs ont déjà dépensé plus de 600 millions de dollars par an en Afrique pour lutter contre cette maladie. A elle seule, « Initiative Paludisme » du Président américain (President’s Malaria Initiative) se fixe de donner 1,2 milliards de dollars sur les cinq prochaines années. Cependant, si certains progrès sont perceptibles, le paludisme est toujours la première cause de mortalité infantile en Afrique sub-saharienne, où un enfant meurt de la maladie toutes les trente secondes.

 

Plutôt que d’appeler à encore plus d’aide, les Nations Unies et leurs partisans devraient poser la question de savoir pourquoi tant de pays africains ont échoué depuis des décennies à contrôler des maladies qu’il est possible de prévenir, alors que d’autres nations les ont éradiqué avec succès.

 

Aujourd’hui 90 % des infections paludiques ont lieu en Afrique sub-saharienne. Pourtant la maladie sévissait en Europe, en Amérique et en Russie jusqu’à la moitié du siècle dernier. Des figures historiques telles que Saint Augustin ou George Washington souffraient du paludisme. Et la dernière épidémie la plus grave a sévi dans le nord de l’Union Soviétique dans les années 1920. Pourtant, toutes ces régions ont vaincu la maladie. Pourquoi l’Afrique lutte-t-elle encore en dépit des milliards de dollars d’aide ?

 

En fait, la caractéristique assez unique de l’Afrique sub-saharienne est justement le niveau d’aide qu’elle reçoit. Ce qu’il est désormais convenu d’appeler « l’industrie de l’aide » exerce un lobbying constant – avec succès. Malheureusement, ces sommes sont notoirement opaques, et permettent aux Etats récipiendaires de dépenser leurs propres ressources sans rendre de comptes aux citoyens. Dans les pays les plus corrompus, cela soulève le problème évident de l’impact socio-économique plus large de l’aide – qui subventionne efficacement les armes et les voitures de luxe des hommes au pouvoir.

 

Selon Transparency International, 50 des 52 pays africains dans son classement souffrent d’une « corruption endémique » ou de niveaux de corruption « représentant un défi sérieux ». Transparency International identifie aussi l’aide sanitaire comme étant particulièrement sujette à la corruption. Il ne faut donc pas s’étonner qu’au Ghana par exemple moins de 20 % de l’aide des donateurs profite effectivement aux patients.

 

En réalité, l’histoire montre que le paludisme recule le plus rapidement dans les pays qui connaissent une croissance économique durable. A partir des années 1800, le paludisme a reculé dans la plupart de l’Europe et des Etats-Unis alors que les zones infestées de moustiques étaient asséchées pour les cultures. Avec la croissance économique, les populations pouvaient se payer des logements de bien meilleure qualité, avec des fenêtres, des paravents et des volets, et aussi de quoi traiter la maladie avec des médicaments efficaces. Une des raisons du succès de ces économies était la liberté économique, générant une croissance rapide.

 

Aujourd’hui nous pouvons mesurer la liberté économique grâce à des études telles que l’indicateur de facilitation des affaires de la banque mondiale (Doing Business) dont le dernier rapport a été publié ce mois-ci. Ce rapport montre que l’Afrique est la région la moins libre du monde. Les Africains doivent en effet faire face « à des obstacles réglementaires et administratifs plus élevés, à une moindre protection des droits de propriété et de l’investissement » que les autres peuples. Or, « les pays avec des fardeaux réglementaires connaissent des taux de chômage plus élevés et une croissance économique plus faible ».

 

La corrélation entre ce qu’il convient d’appeler l’oppression économique et la mauvaise santé peut être observée en Afrique australe. La Zambie et le Zimbabwe étaient tous deux parvenus à stabiliser le paludisme jusqu’à ce que des régimes d’oppression ne transforment ces deux pays en champions de la corruption. Le Zimbabwe est le pire pays au monde du point de vue de l’oppression économique. Après la stabilité qu’a connu la Zambie, la lutte contre le paludisme à connue une amélioration rapide depuis 2006. Parallèlement, l’Afrique du Sud parvient à contrôler son niveau de paludisme du fait de son développement économique et de programmes correctement financés qui ne dépendent pas de l’aide internationale.

 

L’ancien Premier Ministre britannique Tony Blair a écrit la semaine dernière à propos des Africains que « tout ce dont ils ont besoin est l’aide et l’engagement de nous tous ». En fait, après 2,3 milliards de dollars (en valeur d’aujourd’hui) d’aide depuis un demi-siècle, beaucoup d’Africains se trouvent dans une situation qui ne cesse d’empirer. Ce dont ils ont réellement besoin, c’est de quelque chose de bien plus important et de bien plus durable que l’aide.

 

Les Africains peuvent se débarrasser du paludisme si on les laisse prospérer, connaître la croissance économique, et développer ainsi de meilleures conditions sanitaires. Il n’y aura pas de changement durable tant que les Etats ne mettent pas un terme à leur oppression. Plutôt que de fixer des objectifs arbitraires aux Nations Unies, les délégués et les donateurs devraient exiger pour les Africains une élément crucial : la liberté réelle.

 

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