Tchad - Université de N’djamena : Cimetière estudiantin

Publié le par Hamid Kelley

Le flot d’argent généré par le pétrole n’irrigue pas l’enseignement supérieur. Suppression des bourses. Colère des étudiants. Chronique d’une jeunesse flouée.

Ça bouillonne. Des foyers de tension s’allument. L’univers estudiantin y verse son gré à moudre. Les étudiants  de l’université de N’djamena observent un mouvement de protestation. Ils viennent de décider de suspendre les cours pour 10(dix) jours. Ils revendiquent ainsi six (6) mois d’arriéré de bourse.

La météo sociale au Tchad est orageuse. Une somme de frustration populaire s’accumule dans l’air. Le débrayage des étudiants de l’institution universitaire d’Etat traduit  le ras-le bol qui couve dans les amphithéâtres.

Parent pauvre du saut pétrolier, l’enseignement supérieur ne bénéficie pas des fruits de l’or noir.  

Est-ce normal qu’un pays qui produit près de 15 000 barils de pétrole\ jour ne puisse  assurer des subventions aux étudiants ? Le trésor des générations futures épargné des fonds du pétrole, concept vaseux de Deby, n’est donc que de la diversion. IDI est fidèle à ses principes. En 1993 après deux semaines de grève des fonctionnaires et après l'intervention des personnes ressources, Idriss Deby Itno  leur dit a lancé: '' si le ministère des finances et de la défense travaillent, le reste je m'en fout''. Pauvres étudiants, ils n’ont pas des subsides, alors que des budgets faramineux sont engloutis dans l’achat des armes.

 

Gabon, Maroc, Cameroun, Algérie, Tunisie, Russie… Les étudiants disséminés aux quatre coins du monde en quête de savoir n’ont plus droit aux frais mensuels versés par l’Etat pour alléger les charges inhérentes à leur parcours supérieur. A N’djamena, le thermomètre est au rouge. Effectif pléthorique. Manque d’enseignants. Infrastructures vétustes. Bourses versés au compte gouttes, et favoritisme.

 

Université d’Etat à l’image des indicateurs économiques de la décennie 90, l’institution universitaire – mère n’a pas connu l’embelli des effets  pétrodollars.  Les étudiants de l’intérieur et ceux de l’extérieur sont les victimes d’une mauvaise gestion des fonds destinés à l’enseignement supérieur.

Les maigres subventions d’environ 50.000Fcfa, selon les statuts, ne sont gouttes financières dans la mer des fonds dont dispose l’Etat tchadien. L’ardoise des dépenses pour l’enseignement supérieur représente à peine 3 milliards par mois. Calculette en main : Moins de 50 milliards par an pour les milliers de jeunes aux études.

Le mépris du gouvernement de Deby traduit la perception des dirigeants actuels  pour le « fer de lance de la Nation  ». Aux commandes de l’appareil de l’Etat, ces anciens boursiers envoyés aux études par l’argent du contribuable, laissent  piétiner la crème estudiantine dans la mare de la promiscuité. Arbitraire, favoritisme, les barons du système Deby rompent ainsi la chaîne de compétence dans les rangs de l’administration.

Hommes au pouvoir, clan présidentiel, les barons du régime de N’djamena font main basse sur les bourses d’études à l’étranger. Les étudiants médiocres affiliés au nombrilisme d’Etat jouissent des privilèges. Le service des bourses rattaché à l’enseignement supérieur est un sanctuaire du népotisme et du trafic d’influence. Les étudiants brillants aux diplômes avec « mention » croupissent dans les amphis surpeuplés des facultés de N’djamena alors de médiocres fils et filles des familles membres de MPS ou ceux proche du Palais rose sont en « tourisme académique » en France, au USA ou au Canada.  

L’université d’Etat de N’djamena est l’otage des ficelles de la gabegie. Les facultés se sont érigées en mouroir de l’intelligentsia. Fine fleur du savoir «  cogito ergo sum  » : Penser pour être; se poser pour exister? La réponse n’est pas dans les amphis.

 

Par D.L de N’djamena-matin

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