« Sarko en Afrique », Kouchner à poil

Publié le par Hamid Kelley

Bakchich: Le chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy, a concentré tous les errements de la France en Afrique, tout en déshabillant totalement le Quai d’Orsay. Un essai brillant des journalistes Glaser et Smith.

Depuis 1992 et le livre Ces Messieurs Afrique, la littérature sur la politique africaine de la France tient ses Dupont et Dupond : Antoine Glaser et Stephen Smith. Les moustaches en moins, le talent et la discrétion en plus.

La doublette en 16 ans a commis quatre forfaits [1] comme autant d’entailles au discours officiel, venu au choix de l’État ou des associations. Une auscultation sans parti pris ni jugement moral sur les entrechats de la France en Afrique. De ces Messieurs et autre sherpas ignorés du grand public mais ardemment utilisés par la France sur le continent noir, à la perte d’influence de l’hexagone dans son pré carré.

Du paternalisme chiraquien et mitterrandien, mâtiné d’interventionnisme militaire, au désengagement progressif des troupes. Des discours de bonne volonté démocratique au soutien des autocrates en place.

Temps béni que l’avènement de la Sarkozie pour les deux loustics, le nouveau président condense un peu tous les errements de la France en Afrique depuis 20 ans… mais en seulement 18 mois. Speedy-Sarko n’a pas volé son surnom à le voir décrit dans les dix chapitres de Sarko en Afrique, édité chez Plon.

Plus un « dessin animé » qu’un décalogue des aventures du Petit Nicolas en terres africaines. Avec ses voyages, ses amis et la savoureuse description de «  Sarko et son Jazz Band » où les plus gradés ne sont pas les moins marginalisés. À l’instar du ministre des Affaires étrangères.

« Kouchner est entré au gouvernement en échange de la promesse qu’il aurait un dossier très médiatique pour lui tout seul : le Darfour et ce qui tourne autour, décrit un officier français, las de l’enlisement français au Tchad. C’est sa lucarne pour exister en dehors du contrôle de l’Élysée, auquel il n’échappe pas d’ailleurs ». Encore plus tranchant, l’Élysée définit le contour du rôle du French Doctor. «  Kouchner est un peu le ministre compassionnel, très visible, dans l’urgence, le court terme. À l’Élysée nous travaillons plus sur la durée, le long terme ».

Kouchner n’a pas un ministère

À Nanard et aux Affaires étrangères le droit de faire joujou devant les caméras et les micros, aux autres les négociations. « Sans doute pour plus de légèreté encore, Kouchner a eu le droit de placer trois de ses proches à des postes de choix », notent, un brin taquin, Glaser et Smith.

Quantité négligeable dans l’appareil d’État français, le ministre n’est pas non plus tenu en grande estime par ses interlocuteurs africains. La faute à un passé de consultant pour quelques présidences africaines, avec sa société BK consulting.

« Si Kouchner n’était pas entré au gouvernement, il aurait été notre employé deux mois plus tard, comme consultant pour notre système de santé », pointe pince sans rire, un conseiller du président tchadien Idriss Déby, qui goûte peu aux rodomontades de l’homme au sac de riz.

La faute également à la volonté de l’Élysée, comme s’en délecte le président ivoirien Laurent Gbabgo. « Kouchner ne dirige pas vraiment un ministère. On ne lui a donné qu’un portefeuille et un cabinet. Quand il est venu me voir, j’ai reçu un émissaire de l’Élysée avant et après pour m’expliquer qu’il ne fallait pas tenir compte de ce que Kouchner disait – parce que ce n’était pas lui qui engageait la France. On s’est donc échangé des parisianismes quand on s’est vu, en parlant de sa femme, Christine Ockrent, du parti socialiste etc. »

Au moins avec Sarko en Afrique, le message est clair. Le Quai d’Orsay est dépenaillé, impuissant à s’immiscer dans le débat africain, accaparé par une lutte entre réseaux officiels et officieux, tous deux nichés à l’Élysée.

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