Devine qui vient dîner au Québec?................Le président tchadien, Idriss Déby

Publié le par Hamid Kelley

Devine qui vient dîner?


Lesoleil: (Québec) Sans blague. L'Organisation internationale de la Francophonie ne rigolerait plus avec la démocratie et les droits humains. Même qu'elle a suspendu la Mauritanie, où de vilains militaires ont pris le pouvoir lors d'un coup d'État, au mois d'août.

Évidemment, les militaires mauritaniens se demandent peut-être pourquoi leur pays ne peut assister au Sommet de la Francophonie, à Québec, alors qu'une délégation du Tchad est invitée.

 

Le président tchadien, Idriss Déby, n'a-t-il pas lui-même accédé au pouvoir grâce à un coup d'État?

 

 

Sans doute. Mais ça se déroulait en 1990. Autant dire en pleine préhistoire. La Francophonie n'était qu'une organisation balbutiante, un poupon vagissant, une idée nébuleuse mue par une énergie introuvable.

 

Alors, n'en déplaise à la soldatesque mauritanienne, le Tchad dispose d'une sorte de droit acquis. À charge pour lui d'organiser périodiquement une parodie d'élections. Et il importe peu que les défenseurs des droits humains s'indignent. La Francophonie, un peu comme un salon de bingo en perte de vitesse, n'a pas les moyens d'être trop regardante sur la clientèle.

 

S'il fallait écarter les régimes autoritaires, comme le Tchad, et les pays où les francophones sont plus rares que les buveurs d'eau à l'occasion de l'Oktoberfest, comme le Laos, que resterait-il, je vous le demande?

 

Sans blague. L'Organisation de la Francophonie est fière des progrès accomplis en matière de démocratie et de droit humains. En particulier dans des pays effervescents comme le Mali, le Sénégal ou le Burkina Faso.

 

Mais à moins d'avoir fait un usage immodéré de puissants psychotrophes, il faut constater que la Francophonie n'y a pas été pour grand-chose.

 

Ça ne fait rien. À Québec, les représentants d'État allergiques aux élections libres seront encore suffisamment nombreux pour ne pas se sentir esseulés. Saluons ceux du Gabon, dirigé par le président Omar Bongo depuis 41 ans, avec des résultats électoraux dignes d'un référendum sur les défusions municipales à Ancienne Lorette.

 

Citons aussi la Tunisie et son président, Ben Ali, réélu en 2004, avec 94,5 % des suffrages, contre 3,8 % pour son plus proche rival. Et il faut croire le président français, Nicolas Sarkozy, lorsqu'il affirme que la démocratie progresse en Tunisie. En 1999, c'était pire. Le président tunisien avait récolté 99,45 % des voix.

 

Avec tout cela, on oublie l'absence à Québec de la Guinée équatoriale, dont le président avait obtenu 99 des 100 sièges au Parlement, en 2004. À la blague, les opposants disaient qu'il se consolait d'avoir perdu un siège en constatant qu'il avait récolté 100 % des suffrages, dans plusieurs circonscriptions.

 

On dira que l'humour est facile, quand on se trouve à des milliers de kilomètres. Alors, voici l'extrait d'un rapport de la Human Right Watch, la plus grande organisation américaine de défense des droits humains. On y décrit les méthodes de torture dans la plus grande prison de la Guinée, un autre membre du club de la Francophonie.

 

«(...) Les bras du détenu sont attachés très étroitement derrière le dos, pendant qu'une autre corde est passée au-dessus des coudes ou des épaules, pour le suspendre dans les airs. (...) Le poids du corps suffit pour que la corde entaille profondément les chairs. Le malheureux est ensuite battu à coups de bâton et brûlé avec des cigarettes, pendant qu'on l'interroge (...).

 

Les individus qui ont subi ce genre d'interrogatoire sont aisément identifiables en raison des profondes cicatrices qui en résultent. (...) Le représentant d'un groupe local de défense des prisonniers a soutenu qu'il avait croisé un homme dont les blessures étaient si profondes qu'elles laissaient voir les os. (...) Plusieurs individus interviewés par Human Right Watch ont aussi rapporté qu'ils avaient subi des tortures moins courantes, comme l'extraction de dents, les brûlures avec des produits chimiques et

les lacérations avec des rasoirs.»

 

Un petit banquet pour célébrer tout cela?

Jean-Simon Gagné
Le Soleil


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