Afrique: comment Sarko va tronçonner les aides au développement

Publié le par Hamid Kelley

LA PHRASE

"En matière de développement, je souhaite que la France contribue plus activement à la lutte contre la pauvreté en Afrique. Elle le fera en continuant à soutenir la réalisation des objectifs de développement du millénaire. Elle maintiendra son engagement financier dans ce domaine".

LE CONTEXTE

La phrase date du 28 février, et du "fameux discours" du Cap (Afrique du Sud), où Nicolas Sarkozy promettait (comme d'habitude) une révolution politique des relations avec l'Afrique, mais aussi la poursuite voire le renforcement de l'aide au développement du continent... Des "promesses" qui vont bientôt prendre un goût saumâtre pour une dizaine de pays.

LES FAITS

Car la France s'apprête à tailler dans une partie de ses aides au développement auprès de pays qui ne figurent pas précisément parmi les plus prospères du monde (République démocratique du Congo, Mali, Tchad, Bénin). C'est ce qui ressort d'un projet de télégramme diplomatique que l'ONG Oxfam s'est procuré, et qui représente une petite bombe.

Le télégramme, qui est en train d'être fignolé avant expédition, explique aux ambassadeurs des pays concernés que "la limitation des autorisations d'engagement disponibles dans la loi de finances 2009-2001 va conduire l'AFD (agence française de Développement ndlr) à suspendre sine die l'instruction d'un certain nombre de financement de projets de subvention, dont l'octroi était prévu entre aujourd'hui et 2009". Et les ambassadeurs auront pour agréable mission d'en aviser les autorités nationales qui comptaient éventuellement sur une poursuite du soutien français, pour des choses aussi accessoires que les projets nationaux d'aide à la santé, l'agriculture oui l'éducation... Dans la liste des 55 principaux projets qui feront les frais de ce tour de vis, on trouve par exemple des appuis à la politique de santé à Madagascar ou au Congo, ou encore des appuis à l'enseignement en République démocratique du Congo ou au Mali...

Pour la seule Afrique de l'Ouest, les suppressions de subventions entre 2008 et 2009 représentent 49 millions d'euros. Pour l'Afrique centrale, ce montant est de 19 millions d'euros. Le programme Fast track (initiative internationale pour la mise en oeuvre rapide accélérée du programme éducation pour tous) trinque aussi. Au total, les autorisations d'engagement de subventions passent de 320 à 134 millions d'euros en 2009.

Et le télégramme de préciser, non sans un certain cynisme, que les ambassades, au moment d'annoncer la mauvaise nouvelle, devront insister sur le fait que l'AFD continuera à aider "sur un nombre limité de pays compte tenu de la limite des enveloppes disponibles, des petits projets de microfinances, d'ONG, ou à forte visibilité politique".

Ironie de l'histoire, au moment où le télégramme s'apprête à partir, le secrétaire d'Etat à la Coopération Alain Joyandet affirmait hier à Ouagadougou : "Les engagements qui ont été pris par la France de déployer un milliard d'euro supplémentaire en 2009 au travers de l'Agence française de développement (AFD) et de mettre en place un fonds de développement économique de 250 millions d'euros à destination des entreprises privées (africaines) seront maintenus et consolidés malgré la crise financière".

Cette lecture enthousiaste du secrétaire d'Etat à la Coopération n’est pas vraiment un mensonge. Plutôt  un révélateur des nouvelles priorités choisies par Sarkozy. Dans un contexte de stagnation, voire de recul de l’aide publique au développement, la France a résolument pris le parti de "favoriser les aides au secteur privé au dépens du public ou du para-public", dit-on dans l'entourage de Joyandet.

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