La liste noire de Transparency International: Transparency International signale une nette dégradation de la situation au Tchad

Publié le par Hamid Kelley

La liste noire de Transparency International


continentalnews: La Somalie, l'Irak, la Birmanie et Haïti sont les pays perçus comme étant les plus corrompus au monde, selon le classement 2008 de l’ONG de lutte en faveur de la bonne gouvernance, Transparency International. Par contre, les pays les mieux notés sont: le Danemark, la Suède et la Nouvelle-Zélande.

Depuis 1995, Transparency International publie chaque année un « indice de perception de la corruption » classant 180 pays en fonction des évaluations d'un groupe international d'hommes d'affaires, d'experts et d'universitaires. L’Afrique est en général mal notée et cette année encore, Transparency International signale une nette dégradation de la situation au Burundi. Le Soudan, le Tchad, la Guinée et la République Démocratique du Congo sont également mal placés, se partageant le haut du tableau. Le pays perçu comme étant le moins corrompu en Afrique est le Bostwana.

Néanmoins, le rapport montre que le Nigeria, régulièrement cité comme l’un des pays où la corruption est endémique, a fait des progrès significatifs au cours de l’année écoulée.

Selon Mme Rima Al-Azar, directrice pour l’Afrique et le Moyen Orient à Transparency International, la corruption dans les pays pauvres compromet la lutte contre la pauvreté. Lorsqu’elle affecte les systèmes judiciaires, elle sape l'État de droit, ajoute la responsable.  

Transparency International appelle les pays industrialisés à redoubler d’efforts pour favoriser le développement de la bonne gouvernance. L’ONG note que la Convention de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur la lutte contre la corruption, qui pénalise les actes de corruption commis à l’étranger par des entreprises basées dans les pays de l’OCDE, est en vigueur depuis 1999, mais que sa mise en œuvre effective reste très inégale.

Le cas algérien

Transparency International classe l’Algérie à la 92e place dans son classement annuel sur la corruption, avec une note de 3,2 sur 10, loin derrière les deux voisins du Maghreb, la Tunisie (62e) et le Maroc (80e). Sur les 18 pays arabes classés, notre pays arrive en dixième place.

Rappelons que Transparency International est une organisation non gouvernementale, créée en 1993, autour de Peter Eigen, un ancien membre de la Banque mondiale.

Ce dernier, las d’attirer vainement, pendant plusieurs années, l’attention de l’organisme auquel il appartenait sur les pratiques de corruption qui existent dans tous les pays du monde, décida de fonder avec d’autres individus Transparency International, dont le siège est à Berlin.

Cette ONG, qui compte dans le monde entier des observatoires indépendants, procède à l’évaluation au moyen d’indices complexes et rigoureux.

Les résultats obtenus par Transparency International sont convertis sous la forme d’un palmarès de pays notés de 1 à 10. Un score parfait de 10/10 signifie que le pays est totalement dépourvu de corruption. Un score de 1/10 signifie que le pays est absolument corrompu.

Le positionnement, depuis plusieurs années, de l'Algérie parmi les pays les plus corrompus de la planète n’est pas fortuit, quoi que l’on pense de cette ONG, et montre l’ampleur de ce mal, que l’on côtoie quotidiennement presque partout, à moins de jouer aux hypocrites et faire comme Tartuffe «cachez-moi ce... que je ne saurais voir».

N’en déplaise à notre fibre chauvine, la corruption s’est fondue dans la mentalité de l’Algérien au point où toutes les valeurs qui faisaient la fierté de notre société ont été remplacées par une seule qui vaille aujourd’hui : l’argent.

Le chef du gouvernement algérien en est fort conscient, puisque, reconnaissant la situation déliquescente qui règne dans les institutions publiques, il a, aussitôt installé à son nouveau poste, déclaré qu’il engagera une lutte sans pitié envers la corruption. Selon un quotidien, une circulaire datée du 13 juillet écoulé a d’ailleurs instruit les services de contrôle d’être implacables dans les affaires liées aux malversations financières et à l’atteinte aux deniers de l’Etat.

Tout se monnaye, même les services indus. Cela commence avec le simple appariteur qui privilégie dans l’ordre de distribution des «bons de visite», ceux qui lui glissent la pièce et avec ces «prestidigitateurs» qui vous obtiennent le document que vous voulez pourvu que vous acceptiez d’être soulagés de votre bourse.

Lorsqu’on voit un salarié construire, en un temps record, une villa somptueuse, se payer des véhicules à lui, son épouse et ses enfants à coup de centaines de millions, où d’autres, sans le sou, devenir miraculeusement gros propriétaire ou patron d’usine, sans avoir hérité ou gagné la cagnotte du loto en France, il est naturel de poser la question «avec quoi» ou «d’où est-ce qu’il a eu l’argent ?»

Il y a quelques années, quelqu’un, pieux et issu d’une famille honorable, m’a lancé, le plus sérieusement du monde, une phrase qui m’a décontenancé «Je comprends parfaitement ces receveurs de la poste qui ‘piquent’ des milliards, ils ont droit eux aussi à leur part du pétrole».

Cette réflexion est devenue courante dans le langage du citoyen lambda qui voit à côté, il est vrai, étaler tant de faste pendant que lui et ses enfants survivent tant bien que mal.

Le travail n’est plus et n’a plus de valeur, Les gens sont à l’affût du moindre moyen de se faire de l’argent, tout le monde profite de tout le monde pour avoir la «tchipa», qui de nos jours, a mille facettes et mille significations.

La corruption est banalisée, elle relève du quotidien de la population et des entrepreneurs, qui vivent avec, et vont jusqu’à la considérer avec fatalisme comme partie intégrante de leur culture, comme l’écrit le professeur Chems-Eddine Chitour.

Par exemple, au sein de nos entreprises publiques, tous les moyens sont utilisés pour se payer des choses sans débourser de sa poche.

Un cadre, qui s’est exilé définitivement au Canada, dépité par l’étendue de la corruption, a rapporté quelques histoires édifiantes, comme celle de ce responsable qui, en guise de travail, passe son temps à imaginer les moyens de se faire du gain.

Il a, entre autres méfaits, conclu un accord avec le gérant du restaurant (qu’il a choisi «donnant-donnant») où déjeunent les invités de l’entreprise afin que soient ajoutés des montants fictifs dans les factures de restauration.

Cette surfacturation est convertie en victuailles qu’il récupère après les heures de travail ou le week-end.

Parallèlement il se sert dans la caisse, avec la complicité du caissier, pour se payer ce qu’il veut. Il justifie avec des bons, remis vierges et contenant seulement le cachet de l’établissement, par son «ami» le restaurateur, qu’il renseignera soigneusement de sa propre main, indiquant évidemment des repas fictifs.

Le stock des fournitures de bureau, du service des moyens, est aussi le sien où il puise tous les besoins de ses gosses et plus. C’est, me direz-vous, banal par rapport aux milliards détournés. Mais ce sont des faits qui se répètent et se répandent des centaines de fois, se banalisent, et suscitent des tentations chez d’autres, qui se disent pourquoi lui et pas moi.

Puis, avec le temps, l’appétit venant en mangeant, l’adage «qui vole un oeuf vole un boeuf» trouvera concrétisation.

Cette corruption, si l’on peut dire mineure, n’est cependant que la partie visible de la corruption plus importante et plus grave et qui provoque, dans son sillage, tant de malheurs dans le pays. Quand ce mal pénètre un domaine, il le gangrène que ce soient les marchés publics, la justice, l’administration, etc.

Mais qu’est-ce que la corruption ? Cette question n’est pas anodine quand on voit la confusion qui règne dans certains esprits.

La corruption est l’utilisation abusive d’un pouvoir reçu par délégation à des fins privées, comme l’enrichissement personnel ou d’un tiers (famille, ami...). Elle consiste, pour un agent public, un élu, un médecin, un arbitre sportif, un salarié d’entreprise..., de s’abstenir de faire, de faciliter quelque chose, du fait de sa fonction, en échange d’une promesse, d’un cadeau, d’une somme d’argent, d’avantages divers...

On distingue deux types de corruption :

- La corruption active pour l’auteur de l’offre de promesse, de présents, d’avantages...

- La corruption passive pour celui qui, du fait de sa fonction, accepte ou sollicite cette offre.

Selon Transparency international, «la corruption est l’abus de pouvoir reçu en délégation à des fins privées».

En Algérie, la loi n°06-01 du 20 février 2006 relative à la prévention et à la lutte contre la corruption énonce dans son article 2 que toutes les infractions prévues au titre IV de cette loi sont constitutives de la corruption.

Elles concernent la corruption d’agents publics, les avantages injustifiés dans les marchés publics, la corruption dans les marchés publics, la corruption d’agents publics étrangers et de fonctionnaires d’organisations internationales publiques, la soustraction ou l’usage illicite de biens par un agent public, la concussion, les exonérations et franchises illégales, le trafic d’influence, l’abus de fonction, le conflit d’intérêt, la prise illégale d’intérêts, le défaut ou la fausse déclaration du patrimoine, l’enrichissement illicite, les cadeaux, le financement occulte des partis politiques, la corruption dans le secteur privé, la soustraction de biens dans le secteur privé, le blanchiment du produit du crime...

L’ONG estime cependant que «l’arsenal juridique et réglementaire algérien adopté ces dernières années en matière de prévention et de lutte contre la corruption reste incomplet et n’est même pas appliqué. Transparency International cite l’exemple de l’agence gouvernementale contre la corruption qui n’est toujours pas mise en place, vingt-deux mois après la publication de son décret de création, le processus de déclaration de patrimoine qui demeure sans mécanisme de suivi et de contrôle et dont le premier président de la Cour suprême en a la charge.

C’est bien vrai que beaucoup de mystères entourent les déclarations de patrimoine, dont le citoyen est tenu à l’écart, privé de son droit à l’information.

Elle évoque aussi les pratiques dominantes de gré à gré qui, selon cette ONG, devient «la pratique dominante, au lieu d’être l’exception, ce qui va encore ouvrir plus largement le lit de la corruption à tous les niveaux».

Selon elle, il n’y a pas eu de volonté politique de lutter contre la corruption et rien n’a été fait pour freiner l’extension de ce fléau. «Les résultats de l’indice de perception de la corruption (IPC) 2008 montrent par ailleurs que la grande corruption dans les transactions commerciales internationales prend des proportions de plus en plus inquiétantes. Ce n’est pas un hasard non plus si les relations économiques et commerciales de l’Algérie avec les 10 pays en tête de ce classement - Danemark, Suède, Nouvelle-Zélande, Singapour, Finlande, Suisse, Islande, Pays-Bas, Australie et Canada - ne représentent même pas 1 % de ses importations !», ajoute Transparency International.

Parmi les griefs retenus, le rapport évoque un «Etat policier, autoritaire, répressif et liberticide» qui est, selon Transparency International, l’un des «principaux indicateurs de ce maintien de l’Algérie parmi les pays cancres de la corruption au sein de la communauté internationale». Les dénonciateurs, les donneurs d’alerte, les victimes et les témoins de la corruption «continuent de subir des représailles systématiques de la part des pouvoirs publics, notamment de leurs employeurs, des services de sécurité, toutes casquettes confondues, et de la justice», affirme encore cette ONG.

Compte tenu de l’audience de cette ONG, principale organisation de la société civile contre la corruption, qui dénonce «La situation sociopolitique et économique catastrophique qui prévaut en Algérie depuis plusieurs années déjà n’a cessé de favoriser les conditions de l’explosion de la corruption à tous les niveaux», les constats faits constituent de très mauvais points pour notre pays.

Le chef du gouvernement conçoit parfaitement le caractère endémique de la corruption qui mine l’Algérie et a des conséquences désastreuses sur l’économie et sur les moeurs de la société. C’est pourquoi il a fait de la lutte contre la corruption un de ses chevaux de bataille.

Mais comment faire pour juguler ce fléau, qui crée l’injustice et affecte donc l’équilibre de la société ?

«...Parce qu’elle est intégrée dans le comportement des agents économiques, publics et privés, la corruption est cependant très difficile à éradiquer du bas en haut de l’échelle sociale. Elle constitue une source de revenu immédiate et peu risquée dans un environnement instable et violent». (Cécile Jolly, spécialiste de la Méditerranée et du Maghreb)

La répression est nécessaire, mais la prévention est d’une tout autre importance. La première condition d’une lutte efficace réside dans la volonté politique elle-même. Les discours ne servent à rien si on ne voit pas apparaître effectivement des mesures où l’Etat s’engage une fois pour toutes, totalement, dans la lutte contre la corruption à tous les niveaux.

La présidente de TI, Huguette Labelle, explique que cela «exige un contrôle étroit exercé par le Parlement, l’application effective des lois, l’existence de médias indépendants et d’une société civile dynamique», ce qui chez nous, avouons-le, est loin d’être évident avec une APN qui fait de la figuration sauf quand il s’agit d’augmentation de leurs salaires.

(Contientalnews.fr, Mohamed Benrebiai)

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Saadi Ali 04/11/2008 13:21

Excellent article, autant objectif que réaliste. C'est malheureusement la triste réalité vécue aujourd'hui.