Le Tchad et le Soudan rétablissent leurs relations diplomatiques

Publié le par Hamid Kelley

N'DJAMENA (AFP) — Le Soudan et le Tchad, qui s'accusent régulièrement de soutenir des rébellions hostiles à leurs régimes respectifs, ont renoué dimanche leurs relations diplomatiques avec l'échange de leurs ambassadeurs après une nouvelle brouille de 6 mois.

Ce rapprochement s'est réalisé sous l'égide de la Libye, médiateur dans cette crise.

"L'échange dimanche des ambassadeurs matérialise la reprise des relations diplomatiques entre le Soudan et le Tchad", a affirmé à l'AFP le ministre tchadien des Affaires étrangères Moussa Faki.

L'ambassadeur du Tchad à Khartoum, Baradine Haroun Ibrahim, est arrivé dimanche dans la capitale soudanaise à bord d'un avion affrété par Tripoli. Cet avion devait ramener en soirée l'ambassadeur du Soudan à N'Djamena, Abdullah al-Cheikh, qui a affirmé avant de décoller que sa "priorité" était "de maintenir les relations entre les deux pays et les deux peuples frères".

Accueilli à Khartoum par des responsables libyens et soudanais, l'ambassadeur tchadien a déclaré en français: "Je suis très heureux de reprendre mon poste". Mais il a refusé de répondre aux questions de journalistes soudanais en arabe, pourtant une des langues officielles au Tchad.

Le diplomate a remercié la Libye et minimisé les problèmes entre les deux voisins.

"Nous avons accepté l'idée de renforcer nos relations en toute sincérité et nous vivons en harmonie comme deux frères voisins qui partagent beaucoup de choses", a ajouté M. Ibrahim.

Un responsable du ministère soudanais des Affaires étrangères, Ali Yousouf, s'est montré plus nuancé. "Il existe de nombreux problèmes avec de nombreux pays avec lesquels nous avons des relations diplomatiques complètes. C'est pour cette raison que nous avons des ambassades," a-t-il expliqué.

Le Tchad et le Soudan, qui entretiennent des relations tumultueuses depuis cinq ans, étaient convenus du retour de leurs ambassadeurs "dans un délai de deux semaines" à compter du 24 octobre, à l'issue d'une réunion à Tripoli sous l'égide de la Libye.

Le Soudan avait rompu en mai leurs relations diplomatiques après une attaque aux portes de Khartoum menée par des rebelles du Darfour (région de l'ouest soudanais en guerre civile depuis 2003), accusant N'Djamena d'être derrière ce raid.

Le Tchad soutient lui avoir subi 28 attaques venues du Soudan, dont celle des 2 et 3 février à N'Djamena au cours de laquelle des rebelles avaient été à deux doigts de renverser le président Idriss Deby Itno. L'est du pays abrite 450.000 réfugiés du Darfour et déplacés tchadiens.

Les deux pays ont signé de nombreux accords censés mettre fin à leurs différends, notamment en 2006 à Tripoli puis en mars dernier à Dakar. Mais tous sont restés lettre morte ou ont été contredits par les faits.

Lors d'une précédente réunion à Asmara, mi-septembre, il avait été décidé la mise sur pied d'une "force de paix et de sécurité conjointe" pour sécuriser la frontière, à laquelle est adossée le Darfour.

Les deux pays doivent fournir chacun 1.000 hommes pour cette force.

Présent à Khartoum ce week-end, l'ex-président du Burundi Pierre Buyoya, à la tête d'une mission de l'Union africaine (UA) sur les relations tchado-soudanaises, a estimé que les deux pays étaient "sérieux" dans leur volonté d'avancer.

"Mais c'est une question très délicate car le niveau de défiance est très élevé", a-t-il enchaîné devant la presse. "Il y a beaucoup de réunions, d'accords, mais la mise en oeuvre n'est pas là (...). Chaque partie a dit +si l'autre arrête (de soutenir les rebelles), j'arrêterai+. C'est une forme de cercle vicieux. Nous devons le briser".

Si ce problème bilatéral n'est pas résolu, a-t-il encore affirmé, "il sera impossible de parvenir à une solution au Darfour".

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