JOURNÉES EUROPÉENNES DU DÉVELOPPEMENT DE STRASBOURG OU COMMENT IL NE FAIT PAS BON D’ATTAQUER LES OPINIONS CONSENSUELLES

Publié le par WALDAR

Chers amis,
Ne tenez pas compte de la première version brute, sans corrections, qui vous est envoyée. Nous nous excusons
MERCI DE LE PUBLIER
Dr Jean-Prosper BOULADA

JOURNÉES EUROPÉENNES DU DÉVELOPPEMENT DE STRASBOURG OU COMMENT IL NE FAIT PAS BON D’ATTAQUER LES OPINIONS CONSENSUELLES

(Par Dr Jean-Prosper BOULADA, traducteur-interprète)

Au moment où le G20 clôturait ses travaux à Washington, les Journées Européennes de Développement(JED)  tenaient à Strasbourg ses travaux du 15 au 17 novembre 2008 au Palais de la Musique et des Congrès, situé dans le quartier huppé des institutions européennes, des banques et des hôtels de haut standing.

Les Journées Européennes du Développement sont un événement public qui permet aux résistants africains d’interpeller leurs dirigeants

La diaspora africaine en Europe, constituée majoritairement des gens qui rament pour survivre, est souvent éloignée des questions politiques et sociales de leurs pays. Ils étaient malheureusement peu nombreux aux JED.

Notre association Survie locale représentée par son président Nathan Kretz et moi) a été informée par un ami allemand, habitué des JED, que  certains pays africains, représentés par leurs chefs d’Etat en personne, seraient présents à ces JED. Nous avons pensé qu’il y avait là une bonne occasion d’interpeller son Excellence Monsieur Blaise Compaoré sur certains sujets, par exemple les “Biens Mal Acquis” ou le dossier du Président Thomas Sankara et celui de Norbert Zongo, journaliste burkinabé enquêtant sur la mort de ce dernier et assassiné à son tour. Il nous a également semblé que la présence d’Alain Joyandet, actuel titulaire du très françafricain( voire l’éviction de Jean-Marie Bockel) “Secrétaire d’Etat à la Coopération”, était une excellente occasion de dire ce que nous pensions du soutien à de nombreux dictateurs africains et de la politique générale de la France en Afrique.
Contrairement aux séances du Parlement Européen où l’accès semble difficile(à moins d’y être invité de l’intérieur), les JED constituent un grand événement public et international. Pour entrer, Il suffisait de s’être préalablement inscrit sur le site de JED:   
 
http://www.eudevdays.eu
Nous nous sommes donc décidés à casser le mûr d’hypocrisie que nous attendions de tels personnages en les interpellant de façon toute à la fois cordiale et franche.
Nos y sommes rendus séparément sans réaliser que l’autre était présent dans la salle.
Devant le bâtiment du Palais de la Musique et du Congrès, je fus surpris par l'impressionnante présence des forces de police, surarmées et très nombreuses.

Nous avons ciblé l’atelier où devrait se dérouler le débat. L’atelier qui nous intéressait était celui où le président burkinabé était censé s’y trouver le dimanche 16 novembre à 14 h.
Cela se passait dans la Salle Schuman. Deux forums devraient s’y dérouler: “le forum média et développement” et le “forum de Ouagadougou”.
J’ai pris soin d’arriver en avance et donc assisté à la fin de la conférence qui rassemblait Morgan Richard Tswangirai, Premier Ministre du Zimbabwé, le célèbre opposant à Robert Mugabé et Louis Michel, Commissaire Européen chargé du Développement et de l’Aide Humanitaire.
J’ai remarqué que presque tout le premier rang était occupé par la presse occidentale et africaine, télés, radio et presse écrite.
Dans un anglais Shakespearien, M. Tswangirai évoqua les problèmes de la presse dans son Zimbabwé natal et répondait aux questions de l’assistance. Louis Michel, en sa qualité de Commissaire Européen chargé de l’Aide Humanitaire, l’assurait de son soutien et répondait aux questions.

Après quelques minutes de pause, le “forum Media et Développement”, reprend ses travaux.  A ma grande surprise, je constate que le Président Blaise Compaoré est absent à la tribune.
Le modérateur du forum, est  un jeune africain, Mactar Silla. Il est Directeur Général de STV, un groupe de presse privé basé au Cameroun et Président de l’Association privée des producteurs et télévisions d’Afrique(APPTA). Il y  a ensuite Jean Ping, Président de la Commission de l’Union Africaine, Louis Michel, Alain Joyandet, Secrétaire d’Etat  français chargé de la Coopération  et de la Francophonie, des responsables européens de la communication, notamment M. Patrick Leusch de la Deutsche Welle Akademie, dont le discours en anglais sur la liberté de la presse et son processus de développement, a été très apprécié.
Mactar Silla , en dehors de ses fonctions sus-indiquées, est également un patron d’entreprises dans le domaine de la communication.
Les interventions des conférenciers, globalement fades et ennuyeuses, oscillaient entre une langue de bois regorgeant d’autosatisfaction et des interventions plus sérieuses mais qui restaient extrêmement prudentes. Il a été question de l’image de l’Afrique en Europe et de l’Europe en Afrique, de coopération Nord-Sud dans le domaine des media, d’outils de communication, de multimédia, de transfert de technologie.
Pour une conférence traitant des media, il est plus qu’étonnant que pas un mot n’ait été dit sur la réalité des dictatures africaines, le muselage de la presse par les dictatures, des journalistes emprisonnés sans parler du soutien de l’Etat français à ces régimes liberticides.
Malgré l’absence du Président Blaise Compaoré, nous ne manquions donc pas des questions à poser (de manière moins préparées bien sûr) lorsque Mactar Silla donna la parole au public.
 On me tend un micro et je commence mon improvisation

Questions à Jean Ping, Louis Michel et Alain Joyandet

D’aucun pensera que je vais être hors sujet. Mais je ne pense pas. Il est question ici de “Media et Développement”. Mais les media et le développement n’arrivent pas par enchantement. Pour moi, il n’y a que la démocratie qui va créer les conditions d’un épanouissement de la presse et du développement. Démocratie et Développement vont de pair...”
Pendant que je continuais à faire ma démonstration, Mactar Silla, conscient de la tournure politique que je vais prendre, me déstabilise, m’intime l’ordre de poser ma ou mes questions. “J’y viens”, lui répondis-je.
J’ai annoncé que ma question s’adressait à M. Jean Ping, Président de la Commission de l’Union Africaine, puis ai évoqué brièvement ce que signifiait à mes yeux la victoire de Barack Obama aux élections américaines pour la démocratie et pour le contient africain. Ensuite j’ai demandé:
Au de-là de cette victoire qui aura incontestablement un impact sur la politique africaine des USA, quelle lecture faites-vous, Monsieur le Président, de la démocratie dans notre continent?
Nous sommes au regret de vous dire que l’alternance démocratique s’avère une mission impossible en Afrique. En effet, bon nombre de nos dirigeant se spécialisent dans le truquage des élections pour se maintenir au pouvoir. Et si cela ne suffit pas, ils amendent la constitution qui limite le nombre de mandats présidentiels pour s’éterniser au pouvoir.
Et pour couronner le tout et là je m’adresse à MM. Louis Michel et Alain Joyandet comme décideurs politiques européens, les observateurs de l’Union Européenne et de la Francophonie dépêchés dans ces pays pour superviser les élections se répandent en rapports complaisants en faveur des fraudeurs en place. Dans le même temps, l’Union Européenne affirme que “la gouvernance démocratique locale, est essentielle pour favoriser un développement adapté aux besoins  de la population”. Il y là un déphasage entre le discours et la pratique des Européens vis à vis de l’Afrique.
Monsieur le Président, puisque nous sommes dans le vif du sujet “Media et Développent”, ma dernière question est celle-ci: Quand l’Afrique va-t-elle se doter d’une chaine d’information internationale continue, une Al Jazeera africaine qui pourrait concurrencer CNN, LCI, France 24 et bien d’autres? Je vous remercie.”
Au désespoir de M.Mactar Silla, mes questions ont eu, je le crois, le mérite de mettre certains points dans le débat.

Réponses de Jean Ping et des décideurs politiques européens ou comment les françafricains revisitent la démocratie à leur convenance

Par rapport à M.Barack Obama, il ne faut pas se faire d’illusions. Barack Obama est un Américain. Il va défendre les intérêts des USA. Vous savez, les Africains dans leur ensemble sont constitués en bataillons. Nous avons l’habitude de dire que la diaspora africaine est le 6ème bataillon(Je ne me rappelle pas du terme exact utilisé
) et nous sommes fiers qu’ un fils d’un membre de la diaspora africaine aux USA, puisse devenir Président des USA.
Par rapport à la démocratie, je reconnais que notre démocratie n’est pas parfaite, notamment sur la question de révision de la constitution qui limite le nombre des mandats présidentiels. Mais notre démocratie n’a pas à rougir face à la démocratie européenne.
D’ailleurs, la réalité de l’Afrique d’aujourd’hui fait que pas un seul président n’est au pouvoir autrement que par des élections parfaitement régulières.”

S’adressant à moi il continua: “le discours que vous récitez ne correspond en rien à la réalité et montre plutôt votre malveillance”.
Il allait continuer à me charger lorsque Nathan Kretz (celui-ci demandait une parole qu’on ne lui donnait pas depuis près d’une demi-heure, sa tenue vestimentaire de Jean’s, pull et casquette, évoquant plus un étudiant qu’un avocat d’affaire) l’interrompit:
Donc, si je comprends, tout va bien? Les Présidents Denis Sassou Nguesso, Bongo et Eyadema fils, sont des grands démocrates?”
Cette intervention non autorisée(au deux sens du terme), provoqua la colère de Louis Michel: “Vous n’êtes pas journaliste que je sache. Personne ne vous a donné la parole”, ce à quoi répond Nathan:
Je suis citoyen et j’ai le droit d’intervenir devant de tels propos”.
Et Jean Ping de continuer. En jetant son regard sur les Européens qui sont à côte de lui, à la même tribune et en tapotant l’épaule de Louis Michel comme des vieux bons amis, il dit: “ Croyez-vous que la démocratie en Europe est meilleure que celle de l’Afrique? Je n’y crois pas. Par des manoeuvres subtiles, les Européens et les Américains font la même chose que nous. Pour preuve, Bush père a été Président des USA, puis il a laissé la place à son fils Georges W.Bush. Et les époux Clinton ont failli faire la même chose.C’est quoi ça? Ce n’est-il pas la monarchie?”.

 Alain Joyandet de renchérir “Qu’il soit dit en passant, en France, le fils de Nikolas Sarkozy se prépare à prendre la place de son père.” Ce qui n’a pas manqué de provoquer de rires aux grands éclats dans toute la salle.
Cette blague qui visait essentiellement à faire diversion, n’a pas fait rire Nathan qui répliqua: ““ Il y a une énorme différence entre les conditions d’élection de Georges W. Bush et celles de Faure Gnassingbé Eyadema, fils  de son père au Togo”. Donc selon vous, le Président Bongo, est toujours démocratiquement élu et n’a jamais recouru aux fraudes électorales.?”.
Jean Ping visiblement blessé dans son amour propre: “Votre question n’est pas respectable, Monsieur, et vous non plus, n’est pas respectable
Louis Michel affirme à Nathan que “Les dernières élections qui ont vu l’élection de Faure Gnassingbé se sont déroulées dans les conditions, on ne peut plus claires, démocratiques et  transparentes.”
Puis s’adressant à moi , il dit  que “ vous n’êtes pas du tout informé de tous les processus électoraux qui se sont déroulés en Afrique. Beaucoup des contre-vérités ont été dites. Nos rapports dans la plupart des cas, sont conformes aux rapports produits par les observateurs africains

Intérieurement, je me disais “il ne suffit pas que des observateurs africains, facilement corruptibles, produisent des rapports complaisants, faudrait-il encore que l’Union Européenne s’y mette à son tour!? “ .
Mais passons. “Aux dernières élections au Kenya, poursuit Louis Michel, “nous avons produit un rapport qui est contraire à votre affirmation. Nous avons clairement désavoué cette élection qui ne s’est pas déroulée dans des conditions correctes. Mais que voulez-vous qu’on fasse? Quand des cas de fraudes massives se produisent, nous privilégiions la négociation au bain de sang, Nous encourageons plutôt le partage du pouvoir entre le président et l’opposition qu’une guerre inter-ethnique”.
Et Jean Ping de continuer: “Ne parlons plus d’Asie,ni d’Amérique du Sud, où il n’y a pratiquement pas de démocratie. Nous devons nous féliciter de notre démocratie, car dans la plupart de nos constitutions, nous avons pris la précaution de limiter le nombre de mandats présidentiels à deux mandats ce qui n’est pas le cas de beaucoup de pays d’Europe, d’Asie,  d’Amérique du Sud et du Moyen Orient.”

 Jean Ping, continue pour répondre à ma dernière question.
Vous savez, la presse en Afrique est sujette à beaucoup de cautions. Il est difficile pour elle de garder sa ligne éditoriale vraiment indépendante. Les hommes politiques, les hommes d’affaires règlent leurs comptes par la corruption des journalistes. Un ministre qui n’est pas content de son collègue dans le même gouvernement, paie un journaliste qui  publie des articles compromettants sur ce dernier et le traîne dans la boue. Tel autre homme d’affaires fait la même chose contre son concurrent. Même le citoyen lamda  s’y met. Il suffit d’avoir de l’argent. Beaucoup de chemin reste à parcourir pour que notre presse soit véritablement indépendante. Pour ce qui est d’une  chaine d’informations continue du type Al Jazeera, nous sommes pour le principe. Nous en avons assez de l’image que les Européens ont de nous. Nous voudrions avoir une chaine d’informations continue à caractère internationale pour analyser la manière dont nous percevrons les Européens et le monde avec nos propres critères. Cette chaîne,  pour être indépendante dans sa ligne éditoriale, doit appartenir au secteur privé. C’est dire que l’initiative doit venir du secteur privé et l’Union Africaine est prête à apporter sa contribution”.



Ce discours, sans langue de bois sur la presse africaine, m’a agréablement surpris. Il est pour le moins étrange que ce discours sorte de la bouche de celui qui fut ministre de l’information d’Omar Bongo, dictateur africain au pouvoir depuis 41 ans! Avec tout le respect que nous lui devons, nous ne pouvons croire une minute à la sincérité de ces propos  
Conclusions:

La conférence comme les réponses à nos questions nous ont donné l’impression que les décideurs politiques européens et africains se moquent totalement du devenir de notre continent africain. Dire que l’Europe et l’Afrique sont sur un même bateau en ce qui concerne la démocratie, vise à brouiller toutes les cartes, et à ne pas appeler un chat,chat, une dictature, dictature.
Nous n’acceptons pas ce déni. L’accepter, c’est refuser de combattre les dictatures, la misère, la corruption, les crimes, la violation des droits de l’homme.
Cette conférence nous a montré que nous n’avons rien à attendre de ces types de dirigeants. La suite de l’histoire, c’est au citoyen africain et européen, d’aujourd’hui et de demain, de l’écrire.
Dr Jean-Prosper BOULADA: Email: boutrad@neuf.fr

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