« Je serai candidat à l’élection présidentielle de 2011…. »(F.Moungar)‏

Publié le par WALDAR

Entretien avec Dr Fidel Moungar, Secrétaire Général de l’ACTUS, ancien Premier ministre de la République du Tchad

« Je serai candidat à l’élection présidentielle de 2011…. »

 

Opère-t-il un retour opportuniste sur la scène politique tchadienne ? Sera-t-il candidat aux prochaines élections de 2009 (législatives) et à celle de 2011 (présidentielle) ? Quel commentaire fait-il des soupçons sur ses intentions réelles ou supposées de vouloir revenir dans les grâces d’Idriss Déby ? Quelle est sa position par rapport aux formes de lutte politique choisies par nos compatriotes qui opèrent à l’Est du pays ? L’ancien Premier Ministre de la République du Tchad et actuel Secrétaire général de l’ACTUS, le Dr Fidel Moungar, a accepté de répondre à nos questions.


 

Lyadish Ahmed (L.A) : Monsieur Fidel Moungar, lors de votre conférence à Paris, les Tchadiens ont assisté mi-étonnés mi-méfiants à ce qu’on peut qualifier de votre « retour » sur la scène politique nationale. Pourquoi ce retour subit après plusieurs années d’absence et pourquoi maintenant mais pas hier ou demain ?

Dr Fidel Moungar (F.M) : En ce qui concerne votre jugement sur le public présent à la réunion du 25 octobre 2008 que vous avez trouvé, mi-étonné, mi-méfiant, je pense que vous avez tort ; même si vous êtes arrivé un peu en retard, vous avez assisté aux échanges avec le public et l’orateur. Il ne vous a pas échappé que le modérateur avait fort à faire tant l’empressement des candidats à la prise de parole était important. Il ne vous a pas échappé non plus que nous avons terminé la réunion sans que nous ayons pu donner la parole à tout le monde.

Pourquoi parler de retour, puisque je n’ai jamais quitté la scène politique. Vous ne vous intéressez peut-être pas suffisamment à moi, sinon vous auriez entendu mes interventions sur certains médias nationaux et internationaux. Vous n’ignorez pas que malgré les fraudes dans les  élections au Tchad, l’ACTUS, mon parti, a toujours été présent à l’Assemblée Nationale Tchadienne. Lors de l’intronisation du Président Deby en 2006 devant un parterre de Chefs d’Etat, je suis le seul responsable politique à m’être exprimé longuement au micro de RFI. Je ne vais pas vous faire le compte-rendu de mes activités politiques, mais soyez rassuré, je n’ai jamais quitté la scène politique. J’espère que notre entretien de ce jour affirmera encore un peu plus ma présence sur les questions politiques de mon Pays.

L.A : Rassurez-vous Monsieur le Ministre ; comme tout tchadien soucieux de l’état de la démocratie dans notre pays, je suis attentif aussi bien les actions du gouvernement que celles des hommes politiques de l’opposition dont vous faites partie.  D’ailleurs, il ne m’a pas échappé que dans les milieux politiques, on croit voir dans votre nouvelle démarche une volonté de préparer les esprits à une prochaine candidature aux élections législatives de 2009.

F.M : Responsable d’un parti, je n’ai pas à préparer les esprits à une prochaine candidature qu’elle soit législative ou présidentielle. J’ai toujours souhaité être le candidat de mon parti à toutes les élections au Tchad. Les dispositions scélérates du code électoral ont toujours fait annuler mes candidatures. À défaut de prouver que je suis de nationalité étrangère, la Cour Suprême avait annulé ma candidature à l’élection présidentielle pour non résidence continue au TCHAD ; un « machin » local qui exclut tous ceux qui osent trouver leur pitance hors de nos frontières. À bon entendeur !

L.A : Craignez-vous que les conditions ne soient pas suffisamment réunies pour des élections transparentes malgré les garanties de l’accord du 13 août 2007 qui sert aujourd’hui de cahier de charges aux partenaires politiques ?

F.M : Mon parti est membre constitutif de la CPDC et donc signataire de  l’accord du 13 août 2007. Pour autant, je ne crois pas que les conditions soient actuellement réunies pour des élections transparentes.

L.A : Vous n’allez tout de même pas exclure l’éventualité d’une candidature personnelle aux prochaines élections législatives ?

F.M : Mon parti présentera des candidats aux prochaines élections.

L.A : Vous savez que le MPS est seul maître à bord depuis 18 ans. Votre parti l’Actus a-t-il les moyens de rééquilibrer les forces au niveau de l’Assemblée nationale où vous avez actuellement un seul député ?

 

F.M C’est déjà un grand mérite pour un parti politique d’être représenté à l’Assemblée Nationale, même par un député. Cela fait de l’ACTUS, un des neuf partis politiques (MPS compris) représentés à l’Assemblée sur plus d’une centaine. Le rééquilibrage des forces dans notre Assemblée nécessitera le regroupement des partis politiques par famille idéologique pour que notre Démocratie soit viable. En attendant, l’ACTUS grandit de jour en jour et cela nous donne une grande espérance.

L.A : Avez-vous gardé des rapports avec les hommes politiques tchadiens quel que soit leur lieu de résidence ?

J’ai, bien entendu, conservé des rapports avec des hommes politiques tchadiens, à l’intérieur comme à l’extérieur de mon Pays.

L.A : Quelles appréciations faites-vous de l’attitude du gouvernement par rapport à la crise de l’Est du Tchad ? La crise tchadienne, je veux dire ; pas celle du Darfour.

F.M : S’agissant de l’attitude du gouvernement face à la crise de l’est du Tchad, ma position n’a pas varié depuis la Conférence Nationale de 1993. Je m’érige en gardien du symbolisme du « bûcher » qui a inauguré la CNS. Formé pour sauver la vie, je suis farouchement opposé au règlement des problèmes politiques par la violence et je lutterai inlassablement pour la paix au Tchad.

L.A : Lors de la rencontre du 25 octobre dernier que vous avez animée à Paris, vous déclariez que si des circonstances exceptionnelles le nécessitent, vous accepterez à nouveau d’occuper le poste de Premier ministre. Qu’entendez-vous par « circonstances exceptionnelles » ?

F.M : La question qui m’était posée lors de la réunion du 25 octobre dernier était de savoir quelle serait ma réponse, si l’on me proposait une nouvelle fois un poste dans le gouvernement d’Idriss Deby. J’ai répondu, en effet, que j’accepterais d’entrer dans un gouvernement qu’en cas de circonstances exceptionnelles. J’entends par « circonstances exceptionnelles », la restauration de la paix dans mon pays et le rassemblement de tous les Tchadiens autour de l’œuvre de construction d’un Etat Tchadien démocratique transethnique et décentralisé.

L.A : On a pourtant lu dans le quotidien progouvernemental Le Progrès qu’aussi bien au jour de la rencontre de Paris que dans vos discussions avec vos amis, vous ne cessez de tenir des propos mielleux à l’endroit d’Idriss Déby dans le secret espoir de revenir dans ses grâces. Quel commentaire faites-vous de cette interprétation de vos propos ?

 

F.M : L’éducation que j’ai reçue de mes parents, m’a appris le respect d’autrui. Je n’ai jamais insulté personne parce que je pense que cela est indigne de la politique. L’adversité en politique n’empêche ni la politesse, ni la cordialité. Ces gens qui parlent de moi ne me connaissent pas et pourtant ils m’ont entendu pendant des jours en interpellation radiotélévisée avec des propos injurieux téléguidés pour me faire craquer mais ils n’y sont pas parvenus ; je ne leur ferai pas ce plaisir là, aujourd’hui ! Tout ce qui est excessif est dérisoire. Je n’ai nullement l’intention de commencer une carrière de courtisan. Chaque fois que je me rends au TCHAD, on m’accuse d’aller quémander un poste. Posez donc la question au président Déby,   si j’ai demandé des faveurs depuis mon éviction arbitraire en 1993. Je suis probablement le seul ancien Premier ministre africain à vivre en faisant le boy en France. Je ne dispose même pas d’un passeport diplomatique alors que des commerçants et nombre de fonctionnaires en disposent.

L.A : Vous n’êtes pas tendre avec vous-même Monsieur le Ministre. Ce n’est pas pour moi une façon de vous consoler, mais vous êtes tout même peut-être le seul Tchadien à avoir été démocratiquement élu à l’une des deux plus hautes fonctions de l’Etat. Combien de Premiers ministres africains peuvent-ils se targuer d’un tel privilège ? Très peu, à ma connaissance. Je voudrais maintenant savoir si vous êtes prêt à affronter en 2011, pour le battre, celui qui, il y a de cela 15 ans, vous a clairement signifié qu’il n’est pas venu à N’Djamena (pouvoir) avec un avion d’Air Afrique ?

F.M : Pourquoi, « peut-être » ? Lyadish, je suis le seul Tchadien à avoir été démocratiquement élu à l’une des plus hautes fonctions de l’Etat. La CNS de 1993 a été un véritable moment démocratique pour notre pays. Je suis fier d’avoir été élu par les conférenciers autour d’un programme qui était de « gouverner autrement le Tchad ». Un programme qui reste indispensable.

En 2011, le Secrétaire Général de l’Action Tchadienne pour l’Unité et le Socialisme (ACTUS) aura le devoir de se présenter au suffrage des Tchadiens. Il ne viendra pas par la compagnie Air Afrique, qui a malheureusement disparu !

L.A : Alors, si jamais vous gagnez en 2011, pensez-vous qu’Idriss Déby s’en remettra au verdict des urnes ?

FM : Je le souhaite ardemment et c’est tous ensemble que nous devons l’en convaincre de manière pacifique.

L.A : Si vous-même vous perdez, allez-vous retourner en France ou vous vous installerez définitivement au Tchad pour peser de votre poids dans les choix et orientations politiques ou pourquoi pas tout simplement exercer votre noble profession pour sauver des vies au Tchad ?

 

FM : Ma priorité a toujours été, et restera, de vivre dans mon pays. En acceptant d’être Ministre dans le gouvernement du 22 mai 1992, j’ai renoncé à une situation professionnelle excellente en France ; j’étais à moins d’un mois de mon concours d’agrégation en chirurgie générale. Après avoir quitté mes fonctions de Premier Ministre, j’ai souhaité rester au Tchad, j’ai déposé après la conférence de Franceville un  dossier de demande de poste de chirurgien auxiliaire à l’hôpital de N’Djaména. Le Ministre de la Fonction Publique de l’époque peut en témoigner ; ce dossier est resté sans suite ; le Tchad n’avait apparemment nul besoin de chirurgien tchadien.

Il est évident qu’une installation définitive au Tchad est indispensable à ma participation efficace à la vie politique ; je n’en suis pas moins obligé de tenir compte de mon rôle de chef de famille avec les responsabilités matérielles attenantes.

Merci Monsieur Fidel Moungar


Propos recueillis par Lyadish Ahmed

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