Les archives au Tchad un patrimoine abandonné

Publié le par WALDAR

cefod: Les archives non seulement sont indispensables. Elles sont la mémoire des individus et des communautés. Elles aident à la prise de décision et à l’amélioration de la gestion politique, économique et administrative. Malheureusement, au Tchad, la gestion des documents ou archives administratives laisse à désirer.

Les archives sont l’ensemble des documents, quels que soient leur date, leur forme et leur support matériel, produits, reçus ou détenus par toute personne physique ou par tout service ou organisme public ou privé dans l’exercice de ses activités. Ces documents doivent être préalablement triés et traités par un agent compétent avant d’être stockés en vue de satisfaire un besoin immédiat ou à venir des L’information documentaire est mal gérée dans les administrations publiques ou privées tchadiennes. Dans certains services publics, les archives ne sont pas bien classées. Résultat, les dossiers sont enfouis dans des piles de papiers inextricables, cachés sous des bureaux, poussiéreux et entassés dans les armoires ou couloirs, exposés aux intempéries de toute sorte. Tantôt les archives sont éparpillées sur le sol, tantôt elles sont déversées dans des poubelles. Pire, elles servent parfois de papiers d’emballage sur les marchés. Dans l’administration publique, l’on constate également la disparition des dossiers importants, tels les dossiers d’intégration ou d’avancement ou de reclassement des fonctionnaires. Les décrets ou arrêtés sont souvent égarés, et lorsqu’il faut s’y référer, les agents font souvent recours aux centres de documentation privés.


Une utilité universelle


Dans certaines institutions privées, le constat est également le même. Par exemple, le personnel de certaines cliniques privées perd beaucoup de temps à rechercher des dossiers des patients mis pêle-mêle dans des tiroirs ou des étagères. Parfois, ils n’arrivent pas à les retrouver. Quand ils mettent la main sur ces documents, ils sont presqu’en lambeaux. La perte des données sur l’état de santé d’un patient rend difficile son suivi médical. Tout cela dénote donc du peu de valeur accordée aux archives et à la documentation dans notre pays. Pourtant, l’information contenue dans les archives est d’utilité pratique pour le développement national. Par exemple, les données contenues dans les anciennes cartes hydrauliques ou géologiques donnent des indications précises sur les endroits favorables au forage des puits d’eau potable pour l’alimentation du bétail et des ménages et sur les gisements mais qui n’ont pas été exploités pour des diverses raisons ; les archives météorologiques renseignent sur les données pluviométriques et sur les inondations, qui sont d’une importance capitale pour la planification du développement ; sans recours aux archives, il ne peut y avoir de continuité dans l’action pour le développement ; il n’y a pas de bonnes décisions sans information documentaire, c’est-à-dire sans maîtrise des dossiers.


La base de l’identité nationale


L’information documentaire pourrait servir dans d’autres domaines. Par exemple, l’utilisation des archives a permis à un commando israélien de libérer les otages de l’aéroport d’Entébé en Ouganda. C’est également en recourant aux archives que l’historien Elikia Mbokolo a pu reconstituer l’histoire de l’Afrique qui est très suivie sur les antennes de la Radio France Internationale (RFI). Les journalistes, les écrivains de part le monde utilisent l’information documentaire pour étayer leurs thèses, écrire des articles ou des best-sellers qui sont très prisés par les lecteurs de tout genre. C’est encore en se basant sur les archives que le Tchad et la Libye ont pu régler leur différend frontalier qui les a opposés durant des années sur la Bande d’Aouzou. Les archives sont également un patrimoine culturel, un miroir du passé, une mémoire collective. Elles donnent des informations sur la richesse culturelle et l’histoire du pays. Leur perte pourrait priver les générations futures de la richesse culturelle du pays puisqu’elles connaîtront moins bien l’histoire nationale qui sera également difficile à récrire ; des faits importants ou mineurs resteront toujours ignorés. La disparition des documents pourrait également avoir des effets négatifs sur le développement socioéconomique du pays. La destruction des documents relatifs à des projets par exemple aura des conséquences désastreuses sur la date de démarrage parce qu’il faut reprendre ces études. De plus, la confection de documents de projets coûte aussi trop cher. Pour éviter la perte ou la détérioration des archives, les pistes de solutions suivantes sont à explorer. Les locaux où sont conservées les archives doivent être bien aérés, préservés de l’humidité et de la sécheresse excessive, des rayons du soleil, de la poussière, des insectes, des rongeurs et des moisissures. Au Tchad où la chaleur est étouffante, la meilleure solution est la climatisation de ces locaux ; la lutte contre les insectes, des rongeurs et les champignons par l’utilisation du mobilier métallique ou de bois traités constitue un moyen efficace. Diverses mesures doivent également être prises pour limiter la détérioration des documents par suite de manipulations fréquentes tels que la reliure des ouvrages, la duplication par photocopie, le micro fichage, la surveillance contre les vols, le contrôle des prêts. L’incivisme de la population a été relevé comme l’une des causes des pillages ou des saccages des archives des institutions publiques ou privées lors des événements survenus entre les 2 et 3 février 2008 à N’Djaména. Il faut sensibiliser les citoyens pour qu’ils comprennent que les archives nationales sont un patrimoine culturel national. Il faut souscrire des contrats avec les sociétés de lutte contre les incendies en cas d’incendie pour que les archives soient sauvées. Pour maintenir en bon état le matériel, il faut aussi souscrire de contrats de maintenance avec des sociétés spécialisées pour remédier aux défaillances des machines (matériels informatique ou de reprographie).


Un vandalisme condamnable


Le gouvernement devra aussi examiner et adopter le document de Politique Nationale de l’Information scientifique et technique documentaire qui lui a été transmis depuis 1997 par l’Association Tchadienne des Spécialistes de l’Information Documentaire (ATSID). Le manque de personnel compétent en archives et en gestion des documents explique en partie les désordres constatés dans le classement des archives dans les services publics comme privés. L’Etat devra traduire dans les faits l’arrêté n° 021/PR/PM/MESRFP/SGG/DFP/2006 du 14 mars 2006 portant création d’un Institut de Formation des Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes en abrégé (IFBAD) qui se chargera de former des spécialistes de l’information documentaire. L’Etat a peut-être d’autres priorités qui passent avant la lecture et l’information. Mais sans information, peut-on attendre du peuple une participation active au développement ? Sans une jeunesse bien formée, sans chercheurs et enseignants bien documentés, peut-on obtenir de bons acteurs du développement ? Non ! C’est une obligation fondamentale pour une société de préserver les documents de son passé et de les rendre accessibles au public.


Molobeal Malloum Bombé et Alphonse Dokalyo

Commenter cet article