LA RONDE DES VAUTOURS AUTOUR DES MILLIARDS DU PROCES HISSEIN HABRE

Publié le par WALDAR

BIEN QUE LE SACHANT INNOCENT, LES PONCE-PILATE TIENNENT QUAND MEME A LE JUGER :

 Cela nous rappelle cette histoire, présentée comme authentique, que l'on raconte souvent dans les chaumières sénégalaises. Celle d'un bébé qui a eu la mauvaise idée de mourir aux premières heures de la journée où il devait être baptisé. Enfer et damnation ! Que faire alors que des moutons – et même des bœufs – avaient été achetés la veille, que de gigantesques marmites avaient été acheminées dans la cour de la maison, que certains invités étaient déjà arrivés en provenance des villages voisins tandis que d'autres étaient en route, que les «tamakat» et autres joueurs de tam-tams s'apprêtaient à chauffer l'ambiance et à faire danser tout le monde sauf l'imam bien sûr ! Oui, que faire ? Surtout que les grandes dames de la contrée étaient attendues avec leurs «ndawtal» (contributions financières) sur lesquelles comptait l'heureuse maman pour se refaire une santé financière. Allait-on donc mettre une croix sur ces repas gargantuesques, ces parties de «sabar» endiablées, ces «ndawtals» royaux, cette occasion à nulle autre pareille de faire la fête et de se remplir la panse ? Et voilà que ce bébé avait la stupide idée de mourir et de gâcher la fête ! Après un rapide conciliabule, il fut décidé que ce serait trop bête qu'un décès vienne tout remettre en cause. Par conséquent, le secret de la mort du bébé serait gardé jusqu'à la fin de la journée, lorsque la cérémonie du «ngenté», c'est-à-dire du baptême, et les orgies qui vont avec, lorsque tout cela sera terminé. Et de fait, la fête fut belle, très belle, les convives ayant passé la journée à manger, à avaler des litres de boisson et à danser. Quant aux femmes, en plus de la danse au rythme du satanique «tama» ou tambour d'aisselle, elles se livrèrent à leur pêché mignon, c'est-à-dire qu'elles firent leur «natt» ou tontine, tandis que, nous l'avons dit, des «ndawtals» consistants étaient remis. Ce n'est que le soir, lorsque la fête fut terminée, que la nouvelle du décès du bébé rendue publique. On pouvait alors commencer le deuil…

L'affaire Hissein Habré, du nom de l'ancien président tchadien réfugié chez nous depuis 18 ans, nous rappelle l'histoire de ce bébé. Car, bien qu'il ait été jugé à deux reprises par les juridictions sénégalaises – la Cour de Cassation, d'abord, qui, dans un arrêt daté du 20 novembre 2001, avait déclaré que l'état de la législation sénégalaise ne permettait pas de le juger – puis la chambre d'accusation de la Cour d'Appel qui s'était déclarée «incompétente» pour l'extrader, il se trouve toujours toute une foule d'organisations non gouvernementales, de soi-disant défenseurs des droits de l'homme, de pseudo-victimes et autres magistrats margoulins à toujours exiger un procès de M. Habré. Car, pour toute cette faune, bien sûr, ces procès déjà tenus ne sauraient avoir aucune valeur à leurs yeux. Parce qu'ils ne se sont pas traduits par une condamnation à mort de M. Habré suivie de son exécution immédiate, comme pour le pauvre ancien Raïs Irakien Saddam Hussein pendu quelques semaines après la confirmation de sa condamnation par la cour d'Appel du pays qu'il dirigea d'une main de fer. Mais surtout parce qu'il s'agissait des procès «ordinaires» devant des juridictions ordinaires, sans aucune possibilité pour les magouilleurs de «manger».

Heureusement que l'Union Africaine, à laquelle le président de la République sénégalaise, Me Abdoulaye Wade, voulait passer cette patate chaude, a eu la bonne idée de donner un mandat impératif au Sénégal afin qu'il organise le procès de M. Habré. Là, il suffit de plaider l'indigence du gouvernement sénégalais et la nécessité pour la communauté internationale d'aider financièrement à l'organisation de ce procès qui dépasse ses moyens, et le tour est joué. Et de fait, pour donner toutes les garanties d'un procès équitable et transparent au cours duquel les droits de toutes les parties, et nomment de la défense, seraient respectés, le gouvernement sénégalais a estimé que les normes internationales en matière de procès devaient être de mise. Et, pour ce faire, il fallait non seulement construire et équiper des salles d'audience fonctionnelles, mais aussi mettre en place une cour d'assises spéciale avec un bataillon de magistrats à l'instruction, à l'accusation et à la juridiction de jugement. Il fallait aussi des escouades d'enquêteurs, tout ce beau monde devant se déplacer pour les besoins de l'enquête aussi bien au Tchad qu'en Belgique et partout ailleurs dans le monde où vivent de pseudo-victimes. Il fallait localiser des centaines voire des milliers de témoins, aller les entendre dans leur pays à défaut de les transporter au Sénégal, il fallait organiser des confrontations, des reconstitutions, peut-être des exhumations de cadavres… Tout cela demande, évidemment, des centaines de missions pour les happy few choisis pour faire partie de la cour, des centaines de billets d'avion en première classe ou en business, des milliers de nuitées dans des palaces, des centaines de millions de francs en honoraires et per-diem, et des salaires faramineux qui sortent de la grille misérable de la Fonction publique. Car, il faudrait bien mettre ces honorables magistrats dans d'excellentes conditions afin qu'ils ne cèdent pas à la tentation et ne se laissent pas corrompre par ce diable de Hissein Habré qui dispose à l'évidence d'un trésor caché !

Pour juger dignement M. Habré, le ministère de la Justice du Sénégal a élaboré un budget d'un montant de 18 milliards de francs cfa. Et attendre la réaction de la communauté internationale qui s'est manifestée à prendre en charge financièrement ce procès – même si l'Union européenne, en plus de trouver trop chère ce montant, n'a inscrit aucune ligne au titre de ce procès – , sans attendre la communauté internationale, donc, le gouvernement a déjà inscrit une ligne d'un milliard cfa dans le budget 2008 en cours. Et ce milliard, il faut bien qu'il soit bouffé ! Or, comment dépenser cet argent si le procès – en fait, un procès de plus devrait-on dire – de M. Habré n'est pas organisé ? Naturellement, ce milliard n'est qu'une mise en bouche en attendant l'arrivée des 17 autres attendus. En ces temps de crise financière et de raréfaction des ressources, l'occasion de s'enrichir est trop belle pour qu'on la laisse filer. Surtout que les pays occidentaux, devenus frileux et radins depuis le début de la crise économique de ces dernières années – ne parlons pas de la tempête boursière ! - ne desserrent plus avec enthousiasme les cordons de leur bourse que lorsqu'il est question de juger des «dictateurs africains», des chefs d'Etat anciens, ou en activité, de préférence. Mais, il n'y a pas que les magistrats à vouloir profiter de la générosité des donateurs. Les Ong et autres droits-de-l'hommistes aussi entendent d'autant plus réclamer leur part du gigantesque gâteau que des procès aussi emblématique et symboliques sont rares. Pensez donc, un «dictateur» africain accusé d'avoir tué des milliers de personnes et qui s'est réfugié dans un pays tiers où les autorités locales répugnent à le juger ! Il faut bien que Human Right Watch et autres Raddho aient un bilan à présenter à leurs bailleurs ! Et qu'importe si les « crimes » dont est accusé ce «dictateur» sont largement imaginaires et que, même dans le cas où ils existeraient, il ne pouvait pas les commettre vu qu'à l'époque, il était quand même un chef d'Etat en exercice. En revanche, à l'époque, il y avait un Colonel commandant en chef des armées, qui est devenu par la suite conseiller à la présidence de la République chargé des forces de défense et de sécurité. Un Colonel qui avait donc la haute main sur tous les services qui torturaient, si tortures il y a eu. Eh bien, ce Colonel sans lequel aucun crime n'aurait pu être commis, pensez-vous qu'il a été poursuivi devant les tribunaux pour qu'il expie ses crimes ? Pensez-vous que la clameur des organisations de défense des droits de l'homme l'a poursuivi ? Oui ? Vous n'y êtes pas du tout ! Car cet homme, devenu entre-temps président de la République tchadienne, un pays pétrolier faut-il le préciser, fait partie de ceux qui vont financer le procès de M. Habré. Le ridicule ne tue décidément pas ! Parmi les autres bailleurs prêts à mettre la main à la poche pour que l'ancien président tchadien soit jugé, il y a, faut-il s'en étonner, la Libye et la France.

La première puissance nommée ne lui pardonne pas d'avoir infligé une déroute à son armée dans la bande d'Aouzou, à la frontière de leurs deux pays, tandis que Marianne a en travers la gorge le meurtre du Commandant Galopin et l'enlèvement de Mme Claustre. Mais enfin, le motif fondamental, le principal ressort qui meut tous ces activistes qui crient à tue-tête pour réclamer le procès de M. Habré, nonobstant le fait qu'il ait déjà été jugé à deux reprises au Sénégal, c'est, bien sûr, l'argent. Avec 18 milliards de francs, bien sûr, on attire tous les vautours de la planète, singulièrement les plus affamés d'entre eux. Comprenez donc : justifier leur enrichissement et que ce dernier n'apparaisse pas comme étant sans cause, il faut qu'un procès se tienne, que des magistrats fassent semblant d'instruire, d'autres de soutenir l'accusation, d'autres encore de juger le « tyran », des collègues pour recevoir son appel éventuel... Il faudra aussi que des observateurs internationaux viennent « observer » le procès en séjournant dans des palaces, que des avocats se constituent à grands frais et fassent des effets de manches pour défendre les victimes, et plus spécialement les veuves et les orphelins , que des enquêteurs fassent semblant d'enquêter... Et lorsque tous les 18 milliards auront été dépensés entre mission, billets d'avion, per diems, honoraires, frais d'hôtels et autres dépenses futiles, qu'importera le résultat, on pourra alors rendre un verdict pour acquitter M. Habré et dire que les crimes dont on l'accusait n'existaient pas finalement. Exactement comme le malheureux bébé dont on a pu enfin annoncer le décès au soir du jour de son baptême, après que les convives se furent régalés, eurent dansé au rythme des « sabars » et « tamas », bu à leur soif, que les griots eurent fait de bonnes affaires et que ses parents eurent encaissé leur « ndawtal »...


PAR MAMADOU OUMAR NDIAYE
L'hebdomadaire Le Témoin n°930
Semaine du 3 au 16 décembre 2008

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