La dernière réunion des ministres des 27 pays de l'Union européenne qui s'est tenue le mardi 2 décembre a conclu à l'impossibilité d'une mission militaire européenne en RDC.

Publié le par WALDAR

 Envoi de forces européennes : échec et mat diplomatique pour l'axe Paris-Bruxelles-Kinshasa


Après le refus de l'Angola de s'engager dans une aventure militaire risquée dans le bourbier kivutien, Kinshasa avait placé tous ses espoirs dans la diplomatie franco-belge pour obtenir l'envoi de forces militaires européennes dans le Nord-Kivu. La dernière réunion des ministres des 27 pays de l'Union européenne qui s'est tenue le mardi 2 décembre a conclu à l'impossibilité d'une mission militaire européenne en RDC. Comme on peut l'imaginer, cela doit avoir été une grande déception pour le régime Kabila et ses parrains français et belges en particulier. Kouchner était presque au bord des larmes après la décision des pays de l'Union européenne qui ont dit niet pour la nième fois aux demandes insistantes de Paris qui était, cette fois, soutenu par les Nokos belges.

Les raisons invoquées par l'UE pour justifier ce refus sont multiples. La première raison, est celle selon laquelle il n'y aurait aucun lien entre l'envoi de troupes européennes en RDC et la crise humanitaire. En d'autres termes, les forces européennes qui auraient été cantonnées et dont l'action aurait été limitée aux centres urbains n'auraient eu aucun impact sur les combats qui se déroulent dans l'arrière-pays. La seule option valide aurait été une force d'imposition de la paix dotée d'un mandat lui permettant de neutraliser toute milice ou groupe armé opérant dans cette partie du Congo, incluant les FARDC dans leurs "moments de dérapages ". Or, tel n'était pas le mandat que l'on cherchait à donner à ces forces et de plus, l'Europe n'avait ni les moyens politiques ou militaires pour s'embarquer dans ce genre de mission. Non seulement la mission aurait été dangereuse, mais de plus elle aurait été facilement perçue comme néocoloniale.

La deuxième raison avancée tient au fait que les capacités militaires des grands pays européens (Royaume-Uni, Allemagne, France, Espagne et l'Italie) sont sollicitées au maximum dans des opérations étrangères en Afghanistan, en Irak (Royaume-Uni), au sud du Liban, au Tchad, en Côte-d'Ivoire et à Djibouti (cas de la France pour ces trois derniers pays).

Troisièmement, comme il était exclu que la France prenne la tête de cette mission européenne au Congo, à cause de son passé chargé au Rwanda voisin, tout comme la Belgique qui s'est interdit d'intervenir militairement dans ses anciennes colonies, il fallait donc qu'une autre grande puissance européenne assume le commandement. Or, ni l'Allemagne, ni le Royaume-Uni, ni même l'Italie et l'Espagne n'étaient prêts à s'engager dans une aventure congolaise sans lendemain. Le général espagnol nommé comme "Force Commander" de la MONUC aurait récemment, devant ses pairs de l'OTAN, sérieusement remis en question la possibilité d'une solution purement militaire au Kivu.

De ce qui précède, on comprend mieux comment la diplomatie de l'axe Paris-Bruxelles-Kinshasa a frappé un mur au niveau de l'Union européenne dans sa quête d'une opération Artémis II. Pourtant, les moyens de propagande engagés par Kinshasa et ses alliés étaient conséquents. De nombreux groupes de la société civile congolaise ont été mis à contribution et ont a manipulé le réseau mondial de l'ONG AVAAZ pour faire circuler une pétition réclamant l'envoi de troupes européennes dans l'est du Congo. On s'est mis à découvrir des charniers (Bukavu) qui se sont révélé être des restes d'animaux de boucherie et à monter encore une fois en épingle les 5 millions de morts excédentaires (par rapport à une norme statistique de mortalité africaine) dans l'est du Congo, comme étant la preuve d'un génocide congolais, alors que l'immense majorité de ces morts sont dus à la négligence des autorités et à la désintégration des circuits économiques, etc. Ajoutez à cela le constat des Nations Unies : « Par ailleurs, La MONUC constate depuis un certain temps une escalade verbale au niveau des hommes politiques utilisant des mots comme « holocauste » ou « génocide ». Faut il rappeler que ces mots ont une définition juridique bien précise. »

Voici ce que dit le International Refugee Committee à ce propos : “Since our last study in 2004, there’s been no change in the national rate, which is nearly 60 percent higher than the sub-Saharan average,” says Dr. Richard Brennan, director of IRC’s global health programs and one of the survey’s lead authors TRADUCTION DE L'OBSAC : Depuis notre dernière étude en 2004, il n'y a eu aucun changement dans le taux (de décès national), qui est déjà 60 % plus élevé que la moyenne pour l'Afrique sub-saharienne," affirme le Dr. Richard Brennan, directeur des programmes mondiaux de santé de l'IRC et un des principaux auteurs de l'étude (en question),. Bref, c'est toute l'élite politique congolaise qui est responsable de ces morts par négligence, mais on essaie de faire porter le chapeau au Rwanda voisin. Le Rwanda est responsable de bien des choses, mais pas de 5 millions de morts au Congo!

Confronté à la realpolitik émergente sur le terrain diplomatique, Kinshasa commence à lâcher du l'est tout en tentant de sauver la face, en cherchant à entamer des négociations directes avec Nkunda mais, évidemment, par la porte de derrière. En effet, depuis mardi dernier, on a vu le gouverneur du Nord-Kivu solliciter une rencontre auprès de Laurent Nkunda dans son maquis. Pourtant, cela aurait été impensable il y a encore quelques jours à peine, et ce tant pour le CNDP que pour les autorités congolaises. Au même moment, on a vu débarquer à Goma les deux ministres des Affaires étrangères du Congo et du Rwanda pour des discussions portant sur la rébellion du CNDP et la présence des FDLR au Nord-Kivu. 

Cela signifie que Kinshasa veut jouer sur deux terrains à la fois. D'un côté, on engage des contacts préliminaires de bas niveau avec Nkunda et de l'autre on cherche à offrir des gages concernant le règlement du problème des FDLR en échange d'un arrêt du soutien de Kigali au CNDP. Bref, Kinshasa cherche à revisiter "diplomatiquement" (ou stratégiquement) l'Accord de Nairobi; c'est encore la thèse de la dimension internationale du conflit qu'on veut regonfler. On peut espérer que la diplomatie rwandaise ne commettra pas une nouvelle bourde qui pourrait de encore une fois fragiliser la position du CNDP dans ses négociations avec le gouvernement congolais; comme ce fut le cas avec ledit accord de Nairobi où le Rwanda s’engageait à ne pas soutenir le CNDP et à fermer ses frontières pour empêcher le ravitaillement et le renforcement de ce mouvement rebelle. 

Bref, le CNDP doit demeurer une affaire congolo-congolaise et le Rwanda ne devrait pas y mettre son nez.


obsac.com

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