Le nouveau Mahamat Nouri est arrivé

Publié le par WALDAR

Le nouveau Mahamat Nouri est arrivé  ou le sacrifice du temps politique au profit du temps médiatique

 

Présenté par RFI lors de son entrée en rébellion en mai 2005 comme étant un proche de Deby du fait de sa longue collaboration avec ce régime, Mahamat Nouri est redevenu le temps d’une interview, un an plus tard, un parent de Hissein Habré pour la radio mondiale.

RFI a envoyé, pour la première fois, dans les maquis de la rébellion, un journaliste pour un reportage, ce simple fait n’est pas anodin, cela signifie que le journaliste a une mission bien précise et que par conséquent il convient de bien préparer sa communication.
Force est de constater que le patron de l’UFDD  n’a aucune idée de ce que communiquer veut dire.
- Faut-il emboucher toutes les trompettes vicieusement tendues ?
- Faut il bondir et saisir toutes les balles lancées dans votre direction ?
- Faut-il accepter de répondre sans conditions à n’importe quelle interview dont 60% vous entraîne dans des considérations secondaires et le reste est constitué de peaux de banane sur lesquelles vous voltigez allègrement.

Constat.

Après 16ans de collaboration intense et docile avec le régime de Deby, les relations Hissein Habré - Mahamat Nouri n’ont plus aucune importance au regard des enjeux de l’heure.

Mahamat Nouri a été la seule personne qui a occupé un poste de ministre sans interruption depuis l’arrivée d’Idriss Deby, de 1990 à 2005, et ambassadeur de 2005 à mai 2006. Seize années de collaboration, cela signifie que M. Nouri a travaillé plus pour Deby que pour Habré ; comment expliquer cette longévité ?
Malgré cette présence en continu, Mahamat Nouri n’était pas une personnalité importante dans le système Déby.
Comment alors justifier le fait que Deby scrupuleusement, veillait à sa reconduction dans tous les gouvernements et ce 16 années durant, comme s’il était là pour tout autre chose, comme s’il devait être là pour une partition dont seul un esprit aussi retors que celui de Deby, connaisse les notes, peut-être qu’un jour, il en dira plus.

Pendant ses 16 années de participation, Mahamat Nouri a été écrasé et s’est écrasé, privilégiant avant tout ses intérêts individuels et ses actes n’ont jamais obéi à une vision politique quelconque, qui a toujours du mal à prendre forme et sans véritable considération pour son ethnie ou plus généralement pour ce que subissent les autres tchadiens. C’est cet aspect qui explique sa collaboration sincère et non feinte, comme le croit naïvement certains, dans un régime comme celui de Deby.

Veillant avant tout à ses intérêts, il n’a jamais pipé mot sur les multiples tracasseries, humiliations, enlèvements, exécutions, viols au sein de sa propre ethnie.
C’est en étant ministre que la garde présidentielle a fait irruption jusqu’à dans sa chambre à coucher pour récupérer son propre neveu pour le mettre en prison lui reprochant d’avoir mortellement poignardé lors d’une bagarre, un lycéen Zaghawa.
Après moult interventions et le paiement d’un dia incroyablement élevée, le neveu selon les exigences posées, devait s’exiler, il a atterri à Dakar.
Il était toujours ministre quand Deby le convoque et lui demande de s’expliquer sur une demande qu’il a introduit pour solliciter l’attribution d’un second pistolet. «C’est pour ma deuxième maison » répond-il. Absolument surréaliste et incroyable dans un pays comme le Tchad où même les élèves sont armés.

L’histoire de la brouille entre Hissein Habré et Nouri trouve son fondement « dans la très haute idée de la notion d’Etat et de la Nation tchadienne » selon les propres termes de Nouri, que lui-même reconnaît à Hissein Habré.

Rappel : Monsieur Nouri dirigeait la compagnie Air-Tchad, le gouvernement avait sollicité un financement de la Banque Mondiale et dans ce cadre donné son accord pour un audit indépendant de la gestion de Nouri, condition exigée par la Banque mondiale.
Résultats catastrophiques : plusieurs grosses opérations fictives, les conditions incroyables dans les opérations Hadj (pèlerinage), épinglés aussi les opérations de fret de la compagnie surtout celles vers l’Arabie saoudite, …etc., …etc.
Conclusion des experts, l’équipe dirigeante a failli et doit par conséquent sauter. Opération délicate, Mahamat Nouri était un baron du régime, un des hommes les plus influents du système, un intouchable. C’est la raison pour laquelle, plusieurs portes de sorties très honorables lui furent proposées, il les a toutes rejetées.
 
L’audit de sa gestion, la nécessité de redresser la compagnie nationale, ce n’était pas son problème. Le cabinet d’audit, ayant à faire à un baron du régime qui ne les  ménageait guère, a étendu ses investigations pour déterminer le degré d’implication des collaborateurs de Monsieur Nouri dans sa mauvaise gestion. C’est ainsi que la majorité de ceux-ci, n’a pas été reconduite et qu’une nouvelle équipe fut installée.
Ces faits sont connus de beaucoup de cadres Tchadiens qui ont, participé à ces négociations, le Tchad, sous le régime de Habré, n’était pas encore un pays pétrolier et ne pouvait donc ignorer les institutions internationales.
Le problème Nouri était tout simplement une question de bonne gouvernance.

« La roue de l’histoire tourne » a dit M Nouri, faisant allusion aux propos de Hissein Habré, notamment en ce qui concerne les réticences de certains barons de son régime par rapport à la politique de réconciliation nationale, par rapport aussi à la place qu’il faut donner «aux ennemis d’hier», par rapport enfin aux actions d’obstructions contre les nouveaux venus, menées contre sa volonté, par ces mêmes barons « la roue de l’histoire tourne et nos frères, ennemis d’hier, vont apporter leur contribution à l’édification de la nation tchadienne mais aussi à la reconstruction de notre pays, ceux qui ne veulent pas l’accepter……. ».

Les propos de cette interview  de Nouri sont intéressants en ce qu’ils mettent en lumière, les multiples difficultés auxquelles, devait faire face le régime de Hissein Habré, en plus des problèmes suscités par la France et la Libye, s’y sont ajoutés les problèmes internes aux hommes du système avec dans le lot, un certain Deby, très réticent à la politique de réconciliation nationale.
Passons sur la soi disant démission de l’Unir, interrogés plusieurs anciens de l’Unir ont affirmé, n’en avoir jamais entendu parler, la démission suppose un acte positif et officiel. Hier, c’était Abderaman Nahar, aujourd’hui Nouri, rien de nouveau sous le ciel tchadien des opportunistes. Hommes politiques tchadiens, de grâce, essayez d’exister par vous-même.

RFI avait interrogé, il y a quelques années, l’ancien président tchadien Goukouni Weddeye  sur  ses relations avec Hissein Habré, sa réponse fut « Hissein et moi avons vécu beaucoup de choses ensembles, nous avons lutté ensemble, nous avons dormi sur la même natte tant de fois, mais nous avons eu aussi des divergences politiques qui nous ont amené à nous affronter. Aujourd’hui, nous sommes tous loin de notre pays, et je peux dire que rien ne m’oppose à Hissein ».
Quelle dignité et quel courage, de la part de l’ancien président qui, profondément ancré dans ses valeurs ancestrales, n’a pas accepté de brûler et partant d’insulter son propre passé face à un micro tendu par une main si hostile dans un passé récent et qui le demeure encore… à l’égard de M. Nouri, l’ironie est bien là.

Passons à la partie de l’interview qui concerne les activités de l’UFDD et ce que nous pouvons  en retenir.

Première peau de banane du journaliste de RFI concernant la stratégie de harcèlement des rebelles, de laquelle, le journaliste déduit que les forces de l’UFDD n’ont pas la capacité de remporter une victoire sur Deby actuellement, M Nouri confirme et chose inattendue, nous apprend qu’il se prépare avec 3000 hommes à une longue lutte armée, bonjour la démobilisation et les multiples interrogations par rapport à cet énorme potentiel militaire et humain dont il dispose.

Deuxième peau de banane, les relations avec le Soudan et l’Arabie saoudite (après la campagne lancée par Deby, on pouvait s’y attendre), déplorons le manque de courage politique par rapport à ses relations avec le Soudan, qu’on nous comprenne bien, il ne s’agit pas de dire « le Soudan me donne ceci ou cela… » mais de situer diplomatiquement les bonnes relations sans plus, eu égard aux relations séculaires entre les peuples Tchadiens et Soudanais etc.., plutôt que l’attitude fuyarde adoptée qui a dû bien décevoir les Soudanais. Quand à l’Arabie saoudite, en quoi est ce honteux d’y avoir des amis, pays d’une grande importance et qui est courtisée par le monde entier.
Constatons que rien n’a été dit sur le régime de Deby, si on considère que M Nouri mène une guerre que celle-ci exige un management spécial qui suppose qu’à chaque occasion offerte en matière d’information, la cible n ° 1 ne soit pas épargnée.

Hissein Habré a fait tout ce qu’il a pu pour son pays confronté à des situations difficiles et complexes. Idriss Deby, son successeur à mener ce pays en 16 ans dans l’ornière et pratiquement à la case départ des années 80.
Aujourd’hui, les deux ex de Habré se font face, confrontés à des challenges et animés tous les deux par leur soif de pouvoir.
L’un défend vaille que vaille son pouvoir avec un seul mot à la bouche « je vais tous les cramer », l’autre fait face à d’énormes défis dans la mesure où les forces de la rébellion ne l’ont pas attendu pour commencer leur combat contre Deby. Pour la plupart, comme les Al jinedi, les Tolli, les Erdimi, et tant d’autres, ils étaient au maquis avant lui.

Après avoir bien parlé, Mahamat Nouri s’est brusquement rappelé certains principes, « moi, je ne parle pas des absents » s’est il presque défendu.
Comme disait, le grand poète Khalil Gibran « Vous parlez lorsque vous cessez d’être en paix avec vos pensées ».
Sous le régime de Habré, Mahamat Nouri, apprend-on , n’était responsable de rien, avec Deby et malgré 16 ans de participation gouvernementale, il n’est toujours responsable de rien, ce qui d’ailleurs, fait rigoler les caïds du clan Deby.

Aujourd’hui, enfin, M Nouri sera responsable de quelque chose. Dieu Tout Puissant vient de vous donner M Nouri, l’occasion de nous émerveiller, ne commettez surtout pas d’erreurs, vous. 

AMINE.

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dadi 14/12/2009 16:58


mahamt nouri est un homme qu'il faut mais aussi un homme à la place qu'il faut