Affaire Hissène Habré ou affaire Me Seye ?

Publié le par WALDAR

 

Le Président Hissène Habré «refusera d'apporter sa caution à une mascarade politico-judiciaire quelconque». Telle est l'attitude courageuse de l'ancien chef de l'Etat tchadien qui vient de déposer une plainte contre le Sénégal à la Cour de justice de la Cedeao. A la vérité, il est indéniable que le Sénégal ne s'est jamais autant discrédité que dans ce dossier.

Le Président Hissène Habré «refusera d'apporter sa caution à une mascarade politico-judiciaire quelconque». Telle est l'attitude courageuse de l'ancien chef de l'Etat tchadien qui vient de déposer une plainte contre le Sénégal à la Cour de justice de la Cedeao. A la vérité, il est indéniable que le Sénégal ne s'est jamais autant discrédité que dans ce dossier.
L'affaire Habré aura révélé au monde entier l'image monstrueuse d'un Etat où toutes les lois sont violées, où toutes les violations sont légalisées. Elle aura démasqué une catégorie de Sénégalais sans foi ni loi, d'individus pires que des charognards qui ne pensent qu'à s'engraisser de la souffrance d'autrui. Elle aura surtout démontré le délabrement moral de certains de nos concitoyens qui se sont départis de toutes les valeurs traditionnelles, morales et religieuses.
Il est significatif que ce soit au moment précis où tous les Sénégalais réclament à cor et à cri la réouverture du procès de l'assassinat de Maître Sèye que le gouvernement sénégalais vient nous tympaniser pour faire de la diversion avec l'affaire Habré. Triste Etat qui amnistie et enrichit des criminels cependant qu'il cherche à s'enrichir sur le dos de ses hôtes innocents en exécutant les basses besognes des puissances occidentales !

Tristes individus qui acceptent que des Blancs qui ont pillé, asservi et massacré nos pères viennent aujourd'hui leur proposer quelques poignées d'euros en échange de la vie de leur frère noir ! Ô moments douloureux de la nouvelle traite des nègres ! Qu'on ne se voile pas la face ! L'affaire Habré est une vaste opération d'escroquerie montée par un Etat en banqueroute et par tout ce que le pays compte de journalistes corrompus, de magistrats véreux, d'avocaillons pourris, de droits-de-l'hommistes immoraux et amoraux. Il suffit de considérer les sommes exorbitantes qui ont été réclamées en vue du procès pour se rendre compte de l'insoutenable légèreté de cette parodie de justice. Qui a jamais entendu un Etat réclamer 18 milliards de francs pour juger une personne ? Qui a jamais entendu parler de voyages d'études et de formations de magistrats en vue d'un procès ? Et tenez-vous bien que tout cela doit se passer en Belgique ! Ah cette Belgique avec tous les crimes qu'elle a commis en Afrique, malgré tous les génocides qu'elle a perpétrés au Congo et au Rwanda, en dépit de l'assassinat ignoble de Patrice Lumumba découpé en morceaux et jeté dans de l'acide, cette Belgique, dis-je, se permet de donner des leçons de justice à l'Afrique ! Tout cela est dégueulasse et ne prouve qu'une seule chose : nous autres les Nègres, nous nous comportons comme la dernière race de l'humanité car nous n'avons aucun respect pour nous-mêmes.

On pourrait se demander pourquoi cette générosité subite des Occidentaux ! Pour quelle raison verseraient-ils de l'argent au Sénégal en vue du procès d'un chef d'Etat noir. En vérité, ce qui intéresse les Européens, c'est moins la justice que l'exploitation des immenses gisements d'hydrocarbures que recèle le pays du Président Habré. Il leur faut donc tout faire pour remettre à Idriss Déby le cadeau royal que constitue la tête de Habré. De la sorte, ils auront le monopole sur l'exploitation du pétrole tchadien. L'arche de Zoé est suffisamment révélatrice du mépris de la France envers l'Afrique. Des criminels français arrêtés et condamnés au Tchad pour enlèvement d'enfants ont été prétendument transférés en France puis graciés sur la «demande» de Sarkozy. Or, quelque temps auparavant, celui-ci avait déclaré publiquement : «Je ramènerai en France mes compatriotes condamnés au Tchad quoi qu'ils aient pu faire.»
C'est pourquoi la plainte déposée par le Président Habré est à saluer pour sa pertinence. Le grief essentiel de l'ancien Président tchadien porte sur la violation du principe de séparation des pouvoirs. Voila en effet un Exécutif qui désavoue des magistrats ayant par deux fois rendu des décisions de justice favorables à Habré, qui fait pression sur des députés pour modifier la Constitution, qui réussit, après un premier rejet des parlementaires, à imposer par un forcing  la violation du principe de non-rétroactivité de la loi pénale. Un Etat qui a tenté d'expulser illégalement du pays un réfugié politique, un Etat qui, conscient de l'énormité de sa forfaiture, a senti le besoin urgent de s'abriter par lâcheté derrière l'Union africaine. Il convient d'ailleurs de lever une équivoque insidieusement entretenue par les autorités sénégalaises. Jamais l'Union Africaine n'a confié un quelconque mandat au Sénégal dans l'affaire Habré. C'est bien plutôt le Sénégal qui a rédigé une motion qu'il est allé faire valider en catimini auprès de l'Union Africaine pour que les chefs d'Etat, à défaut de l'autoriser à juger Habré, ferment au moins les yeux sur sa démarche qui n'honore point l'Afrique.


A tous ces affairistes qui se cachent derrière les associations de droits de l'homme, je voudrais poser une seule question. Si, sous Habré, il y a eu génocide et crimes contre l'humanité, quelle est la part de responsabilité de celui qui était son principal collaborateur, celui qui était le chef suprême de la police et de la sécurité, je veux parler de l'actuel Président Idriss Déby ? Personne ne répondra à cette grave question. Et pourtant, comble de ridicule : c'est ce même Idriss Déby qui veut offrir 2 milliards de francs au Sénégal pour que Habré soit jugé ! Quelle farce macabre ! C'est encore Idriss Déby qui vient de condamner à mort par contumace Hissène Habré ! C'est toujours Idriss Déby qui vient de faire raser au bulldozer tous les biens meubles et immeubles appartenant à son ancien patron et à la famille de celui-ci ! Je ne parlerai maintenant ni du pillage des ressources publiques, ni des manipulations intempestives de la Constitution, ni des liquidations physiques d'opposants politiques qui sont les exercices quotidiens de l'actuel Président tchadien.
Aux autorités sénégalaises je voudrais poser cette seule question : Pourquoi voulez-vous juger Habré pour la énième fois alors que vous refusez de rouvrir le procès de l'assassinat de Maître Sèye ?

Enfin, j'invite les Africains à faire preuve de dignité ! Qu'ils regardent autour d'eux ! Est-ce que Ariel Sharon, le meurtrier de Sabra et Chatila, a été jugé ? Est-ce que le gouvernement français, principal responsable du génocide rwandais, a été jugé ? Est ce que George W. Bush qui a sur la conscience plus d'un million d'Irakiens massacrés, des milliers d'Afghans exterminés, des centaines de détenus torturés à Guantanamo, est-ce que Georges Bush sera jugé ? Non, car seuls les Nègres méritent d'être jugés avec la complicité d'autres Nègres de service.
En définitive,le gouvernement sénégalais devrait avoir des préoccupations autres que de faire le sale boulot des Blancs à l'heure où le pays est plongé dans une pauvreté extrême, où l'économie nationale est en ruines, où  l'école sénégalaise a été saccagée par l'incompétence et le népotisme. S'agissant des opportunistes qui veulent construire leur fortune sur l'affaire Habré, je leur conseille d'aller chercher du travail pour gagner honnêtement leur vie à la sueur de leur front. Quant aux Tchadiens revanchards, qu'ils se tournent vers Idriss Déby pour lui demander des comptes de sa gestion quand il était le chef tout-puissant de la police tchadienne et pour exiger qu'il fasse la lumière sur la disparition des opposants tchadiens, maintenant qu'il est à la tête du Tchad par le bon vouloir de la France.


Oumar SANKHARE - Réseau des Universitaires du Parti Socialiste

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