Kouchner : la fin d’une icône ?

Publié le par Waldar

Est-on en train de mettre à bas l’icône Kouchner, l’un des personnages préférés des Français ? Isolé de la gauche, depuis qu’il a accepté les propositions de Sarkozy d’occuper le Ministère des affaires étrangères, Bernard Kouchner qui, du temps de l’Ile de lumière et des boat peoples a affronté des tempêtes, n’aurait sans doute pas imaginé affronter pareil grain. Comment lui, le créateur de Médecins sans frontières et l’inventeur du droit d’ingérence, l’homme qui, au milieu d’une classe politique décriée, en incarnait la face la plus lumineuse, est-il coupable de ce que l’accuse Pierre Péan dans un livre à charge qui n’est pas sans parti pris ?

Deux problèmes d’éthique

Deux choses en ressortent qui, toutes deux, posent de sérieux problèmes d’éthique : Selon le journaliste, Bernard Kouchner a mené ces activités pour deux sociétés privées, Africa Steps et Iméda, gérées par deux de ses proches, alors qu'il présidait en même temps un groupement d'intérêt public, Esther, consacré à la coopération internationale hospitalière. Que nous dit Bernard Kouchner : « J’ai toujours agi dans la légalité et la transparence, déclaré mes revenus, payé mes impôts. Je n’ai jamais signé un seul contrat avec un Etat africain. Jamais. J’ai été un des consultants d’une entreprise française – Imeda – dans un domaine que je connais : celui de la médecine et de la santé publique ».

4,6 millions d’euros, cela fait cher l’étude !

Les deux sociétés ont vendu pour près de 4,6 millions d'euros de contrats de conseil sur la réforme des systèmes de santé au Gabon et au Congo. 4,6 millions d’euros pour une étude des systèmes de santé de ces deux pays, cela fait cher l’étude ! Et l’on ne peut que s’interroger sur les contreparties d’une telle somme, s’agissant de deux des dictatures, celle d’Omar Bongo et celle de Denis Sassou Nguesso, installé par un coup d’état en 1997. Certes Kouchner n'est pas directement actionnaire de la société Imeda mais il en a été l’un des consultants et sans doute le plus prestigieux. D’autant dès le mois de décembre 2006, « alors qu'il soutient Ségolène Royal, il annonce qu'il n'hésiterait pas à participer à un gouvernement d'union nationale si Sarkozy était élu président ! Bernard Kouchner, début avril 2007, espérait donc être ministre, quel que soit le vainqueur de l'élection », explique Péan.

Christine Ockrent à l’audiovisuel extérieur :« Conflits d’intérêts », selon les syndicats

L’autre problème c’est le risque de conflit d’intérêts entre le ministre des affaires étrangères et son épouse, Christine Ockrent, qui s’est retrouvée nommée responsable de l’audiovisuel extérieur de la France…En son temps la CFDT-Médias avait déclaré que « Christine Ockrent ne saurait être un dirigeant d'un service public de l'audiovisuel placé sous la tutelle de son compagnon". Le choix de la journaliste "pose un gros problème d'image et de crédibilité du contenu de cet audiovisuel extérieur", juge Alain Girard, du SNJ, qui s'inquiète d'un "conflit d'intérêt". Personne ne nie les qualités professionnelles de la journaliste, mais peut-être du fait de ses talents, pouvait-elle trouver un autre point de chute moins problématique ?

Françafrique : après les promesses de rupture, la continuité

En se rangeant aux côtés de Sarkozy, il y a toujours un prix à payer. Et Bernard Kouchner, soucieux de terminer brillamment sa carrière risque fort de la voir durablement ternie. Pendant la campagne des élections présidentielles en 2007, le candidat Nicolas Sarkozy a multiplié les annonces de rupture avec la politique africaine de ses prédécesseurs, dénonçant le soutien aux dictatures, la diplomatie secrète, le clientélisme, ou encore les détournements de l’aide au développement, bref la « Françafrique ».Pourtant, au regard des actes posés depuis sa prise de fonction à l’Elysée, le président français n’a pas tenu ses promesses : perpétuation de relations clientélistes, discours essentialiste de Dakar sur l’ « homme africain », soutien à des dictateurs (Bongo, Khadafi…), défense de l’affairisme français (Bolloré, Bouygues…), intervention militaire au Tchad, rôle joué par certains émissaires officieux, la politique africaine de Nicolas Sarkozy s’inscrit plus dans une continuité que dans une rupture.

Nouvel obs.com

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