Hissène Habré, la loi Ezzan et la vengeance de Kadhafi

Publié le par Waldar

La loi Ezzan, votée par l’Assemblée nationale en janvier et promulguée par le chef de l’Etat en février 2005, dispose en ses articles 1 et 2 que ‘sont amnistiés tous les crimes en relation avec les élections générales ou locales ou à motivations politiques… commis au Sénégal ou à l’étranger entre le 1er janvier 1983 et le 31 décembre 2004’. Or les supposés crimes pour lesquels le gouvernement sénégalais s’acharne à poursuivre Hissène Habré n’auraient pu être commis que dans l’exercice de ses fonctions éminemment politiques de président de la République du Tchad, pays étranger, entre 1982 et 1990, période qui est largement couverte par la loi. Dès lors se pose une difficulté juridique ! Le gardien de la Constitution qui s’est personnellement investi pour cette loi, qui a fait fi de l’invalidation de l’article 2 par le Conseil constitutionnel pour promulguer cette loi, qui a bravé l’indignation de toute la nation pour rendre effective cette loi, le gardien de la Constitution, dis-je, osera-t-il violer sa propre législation en poursuivant Hissène Habré ? A la vérité, l’affaire Me Sèye et la persécution de Habré auront été les deux pages les plus sombres de l’histoire du gouvernement issu de l’alternance.


Dans le premier cas, toutes les ruses, tous les artifices, tous les stratagèmes ont été utilisés par l’Etat sénégalais pour protéger des assassins avérés en étouffant leurs crimes par une loi scélérate d’amnistie décriée par l’ensemble du peuple sénégalais. Dans le second, le chef du pouvoir exécutif aura agi non seulement comme le chef du pouvoir judiciaire, en désavouant les magistrats après que ceux-ci eurent prononcé leurs décisions de justice, mais encore comme le chef du pouvoir législatif en imposant aux députés qui y étaient hostiles la modification de notre Loi fondamentale. Quel recul pour le Sénégal qui, naguère phare de la démocratie en Afrique, est devenu aujourd’hui une république bananière et, pire encore, une monarchie ubuesque !


Mais il y a plus grave ! Toute cette affaire Habré n’a qu’une seule explication. Un bouffon revanchard et sanguinaire brûle, depuis deux décennies, de se venger d’Hissène Habré qui l’a humilié, en lui infligeant une cinglante défaite et en le boutant hors du Tchad qui l’attire toujours à cause de ses immenses gisements de pétrole. Aujourd’hui que ce dictateur raciste a été, de façon irresponsable, élu à la présidence de l’Union africaine, il a désormais la latitude de perpétrer des représailles sur son tombeur nègre. Et pour atteindre son sinistre dessein, il est prêt à distribuer généreusement ses pétrodollars. Or, précisément, le pays où Hissène Habré s’est réfugié est tombé dans une terrible banqueroute consécutive à une économie saccagée par l’incompétence, l’improvisation, le pillage, les détournements, la corruption, la gabegie, la prévarication ! Me croiriez-vous si je vous disais que, jusqu'à ce jour, lundi 9 février, l’Etat du Sénégal se trouve dans l’incapacité de payer les salaires de l’Université ? Du reste, une grève de 48 heures vient d’être décrétée pour dénoncer cette forfaiture du gouvernent sénégalais. Quand un Etat n’arrive plus à honorer ses engagements financiers, il devient le jouet des puissances d’argent.

A cet égard, il est significatif que le gouvernement sénégalais qui, il y a seulement une semaine, se plaignait publiquement de ne pas pouvoir juger Hissène Habré faute d’avoir reçu les 18 milliards qui lui avait été promis contre une quarantaine qu’il réclamait, vienne, au lendemain de l’intronisation de l’ennemi juré de l’ancien président tchadien, déclarer qu’il est maintenant prêt pour le procès ! Et pourtant, l’ouverture de ce procès survient juste après l’offensive des autorités israéliennes soutenues par les puissances occidentales contre les Palestiniens de Gaza qui ont été sauvagement bombardés, durant plus de trois semaines, avec son lot de destructions, de blessés et de morts. Personne n’a bronché ! Après Jenine, Naplouse, Deir Yassine, Sabra et Chatila, Qana ! Le Sénégal qui préside l’Oci s’est contenté d’une timide déclaration qui contraste tragiquement avec le zèle inouï déployé pour livrer un ancien chef d’Etat africain à la justice des Blancs !


Que dire encore de ce ‘Boucher’ américain qui, impunément, durant 8 ans, s’est rendu responsable du massacre d’un million d’Irakiens, de centaines de milliers d’Afghans, de milliers de détenus de la prison de Guantanamo? Hélas, tout leur est permis parce qu’ils sont de la race des Blancs ! Ainsi, chaque jour qui passe nous fortifie dans la conviction que nous les Nègres, nous constituons la dernière race de l’humanité. Car celui qui ne se respecte pas, ne saurait aspirer au respect d’autrui.


Le procès de Habré qu’exigent les Européens et les Libyens est tellement scandaleux que le Sénégal s’est vu dans l’obligation de chercher un alibi, en se réfugiant lâchement derrière un prétendu mandat de l’Union africaine. Il s’agit là d’une contrevérité flagrante. La preuve en est que l’avant-dernier sommet de l’Union africaine tenu à Sharm El Sheikh, en Egypte, avait violemment fustigé les mandats d’arrêt internationaux qui, curieusement, ne sont lancés que contre les gouvernants nègres. Naturellement, cette déclaration a été soigneusement tue par une certaine presse corrompue.


Ce qui est révoltant dans cette affaire, c’est l’indignité de cette meute de dirigeants, de droits-de-l’hommistes, d’avocats, de magistrats, de journalistes, de prétendues victimes qui, pour la plupart, n’ont jamais mis les pieds au Tchad, mais qui aboient comme des chiens enragés autour de Habré pour recevoir à la figure quelques poignées d’euros, de dinars ou de dollars. Comment comprendre que des Nègres puissent accepter d’être financés pour ce sale boulot par une Ong américaine après tous les crimes perpétrés par l’Amérique à travers le monde ? Comment comprendre qu’un dictateur arabe qui considère les Nègres comme des esclaves, puisse manipuler nos dirigeants à ce point ? Comment comprendre surtout que des Etats européens qui ont colonisé et asservi les Africains, qui ont pillé et exterminé les Africains, puissent venir aujourd’hui imposer leur justice aux Africains ?


Tous les observateurs savent qu’on ne peut rien attendre de cette mascarade judiciaire qui se prépare. Quelle valeur peut avoir un procès où l’on juge Hissène Habré sans son principal collaborateur, Idriss Déby ? Si des crimes ont été commis par le président Habré, où était alors le chef de la police et de la sécurité, Idriss Déby ? S’est-on demandé à la suite de quels massacres le pouvoir est tombé entre les mains d’Idriss Déby ?

Par ailleurs, tout le monde sait maintenant à quoi s’en tenir avec la justice sénégalaise, cette justice qui est rendue non pas au Palais de justice, mais au Palais de la République. En atteste le récent scandale de la Cour d’appel relatif à la forclusion patente et flagrante, déclarée et avouée des listes électorales de la coalition présidentielle. En témoigne surtout le fameux protocole de ‘Rebeuss’ !


Que Hissène Habré soit persuadé qu’il bénéficie du soutien de tout le Sénégal et de toute l’Afrique. C’est lui qui a refusé la partition du Tchad par la France et la Libye. C’est lui qui a su préserver l’intégrité de son pays.


C’est lui qui s’est dressé contre l’impérialisme français et l’expansionnisme libyen. A ce titre, il restera dans l’histoire le héros martyr de ce continent où les hommes sont encore malheureusement aveuglés par les biens matériels éphémères de ce bas monde, au détriment de leur dignité. Mais aucun pouvoir n’est éternel si ce n’est celui de Dieu, le Juge suprême. Et les Ecritures saintes nous rappellent à juste titre cette terrible sentence : ‘Quiconque a tué par l’épée périra par l’épée’.


Oumar SANKHARE Réseau des Universitaires du Parti socialiste

source:walf fadjri

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