: Le partage de pouvoir au Zimbabwe : un mirage africain

Publié le par Waldar

Morgan Tsvangirai, le chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a enfin récupéré son dû en devenant Premier ministre du Zimbabwe le 11 février dernier. Durant une décennie, il a subi mauvais traitements, emprisonnement et torture entre les mains de l'État. Maintenant, il reçoit le cadeau empoisonné d'une économie effondrée et hérite de l'impossible tâche de gouverner aux côtés de son bourreau, Robert Mugabe, qui demeure président. Ce partage du pouvoir a été salué comme « une solution africaine à un problème africain ». En fait, il s’agit d’une preuve de l’échec du leadership et des niveaux effroyablement faibles de responsabilité et de transparence démocratiques en Afrique.

Le MDC est né au cours de la campagne de 1999, lorsque M. Mugabe, dirigeant du Zimbabwe depuis 1980, allait perdre un référendum constitutionnel qui lui aurait permis de s’agripper davantage au pouvoir. Depuis lors, M. Mugabe a fait taire la presse, aboli la liberté de réunion, interdit la plupart des reporters étrangers et déclenché des vagues de violence contre l'opposition dans lesquelles des milliers de personnes ont péri. Au cours de la dernière décennie, le Zimbabwe a tenu quatre élections législatives et deux élections présidentielles. Chacun de ces scrutins a été truqué en faveur de l'occupant actuel du trône présidentiel, valant à Harare l’opprobre de l'Occident.

En revanche, la plupart des observateurs électoraux africains ont ignoré le trucage du vote manigancé par M. Mugabe. Abandonné par ses pairs africains, M. Tsvangirai s’est tourné vers le soutien de l'Occident. Cela s'est avéré être une erreur. Comme l’a récemment déclaré Simon Badza, analyste politique à l'Université du Zimbabwe à la BBC, M. Tsvangirai « a eu très peu d'options. Il a été de plus en plus perçu comme n'ayant aucun respect pour des solutions africaines aux problèmes africains. Il ne pourrait pas continuer à défier la SADC [la Communauté de Développement de l'Afrique Australe], une institution régionale ».

Des solutions africaines devraient être les bienvenues quand elles permettent véritablement aux Africains de résoudre leurs propres problèmes. La libéralisation du commerce régional, par exemple, a le potentiel d'accroître le bien-être du peuple africain. Dans sa forme la plus pernicieuse, cependant, la notion de « solutions africaines » peut désigner le pire type de relativisme, qui considère que les normes de bonne conduite ne sont pas applicables sur le continent africain.

Lorsque M. Mugabe a perdu le scrutin parlementaire de 2008 et a refusé d'abandonner le pouvoir, la plupart des dirigeants africains ont ignoré les résultats des élections et ont appelé plutôt à un partage du pouvoir. Dans un premier accord conclu en septembre dernier, M. Mugabe devait garder son titre de président et M. Tsvangirai devait devenir le nouveau Premier ministre. Les portefeuilles ministériels devaient être partagés sur une base équitable. Et lorsque ces conditions généreuses étaient insuffisantes pour M. Mugabe, la SADC a forcé le MDC à partager avec le parti ZANU-PF de M. Mugabe le contrôle du ministère des affaires intérieures du Zimbabwe qui supervise les forces de police et le dispositif électoral. Le MDC a fini par céder.

Le Zimbabwe brûle depuis une décennie. Il possède la seconde plus forte hyperinflation dans l'histoire et la plus courte espérance de vie dans le monde. Les services publics sont inexistants. Le choléra et la faim hantent le pays. Tout au long de ces 10 dernières années, la SADC a ignoré ses propres traités et ses engagements en matière de bonne gouvernance et de responsabilité et transparence démocratiques. Elle a tourné en caricature la soi-disant renaissance africaine louée par l'Afrique du Sud de Thabo Mbeki et la nouvelle génération de dirigeants africains saluée par Bill Clinton.


Peu de dirigeants africains contemporains doivent leurs mandats à des élections libres et équitables. Dès lors, il n'est pas surprenant qu'ils n'aient pas envie de condamner M. Mugabe. L'Occident doit reconnaître ce manque fondamental la liberté politique et de responsabilité en Afrique. Cela est particulièrement important d’autant plus que des dizaines de milliards de dollars ont été promis à l'Afrique dans le cadre d'une nouvelle impulsion au développement africain adopté au sommet du G8 en 2005 à Gleneagles, en Écosse. Les partisans de l'aide voient que le plus grand danger qui menace les décaissements futurs de l'aide ne provient pas de son échec manifeste à induire la croissance économique en Afrique, mais de la perception par le public qu'elle est détournée et gaspillée.

C'est pour cette raison que certains avocats de l’aide ont tenté de maquiller la performance démocratique de l’Afrique. Le Professeur de l’Université Columbia Jeffrey Sachs, par exemple, estime que la pauvreté dans le monde peut être jugulée par des aides à hauteur de 150 milliards de dollars par an. Dans une interview en 2004, il soutenait que « l'idée que l’échec de l'Afrique est dû à la mauvaise gouvernance africaine est un des grands mythes de notre temps ». Pourtant, loin d'être un mythe, les actions de la SADC en direction du Zimbabwe montrent que la mauvaise gouvernance en Afrique est tolérée et parfois même encouragée. L’accord de partage du pouvoir au Zimbabwe n'est pas une solution, mais une illusion.

 

Marian Tupy est un analyste politique au Cato Institute au Centre pour la liberté et la Prospérité Mondiale.

Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org.

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