Des crises africaines graves mais circonscrites

Publié le par Waldar

L’Afrique est régulièrement agitée par des crises douloureuses et compliquées, dont on oublie parfois les causes profondes. Tour d’horizon des points chauds du continent



Douloureuses et compliquées, les crises africaines constituent un rappel lancinant de l’instabilité de ce continent. À force d’en suivre les rebondissements, on en oublie les causes profondes. La Croix propose un tour d’horizon de ces points chauds très localisés, rappelant, en creux, que la majeure partie de l’Afrique échappe à la violence extrême.

RD-Congo : des richesses minières convoitées

Théâtre, entre 1996 et 2003, de ce qu’on a appelé la « première guerre mondiale africaine », l’est de la République démocratique du Congo (RDC) reste, aujourd’hui encore, un lieu d’affrontements.

Situées à 1 500 kilomètres de la capitale, Kinshasa, les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ont servi de porte d’entrée à des millions de réfugiés hutus rwandais en 1994. Parmi eux, des génocidaires qui installèrent des bases dans le Congo oriental, à partir desquelles ils lancèrent des attaques contre le Rwanda.

Cette attitude réveilla des tensions ethniques latentes. Des Banyamulenges, un groupe congolais apparenté aux Tutsis, lancent en 1996 une rébellion contre Kinshasa et s’allient aux opposants à Mobutu, alors président depuis 1965. Soutenu par le Rwanda et l’Ouganda, Laurent-Désiré Kabila prend le pouvoir en mai 1997. Mais il congédie bientôt ses parrains rwandais, ce qui déclenche une nouvelle guerre en août 1998, aboutissant à l’émergence de groupes rebelles soutenus par les pays voisins, au Kivu mais aussi dans d’autres provinces, notamment en Ituri, près de l’Ouganda.

Après cinq ans de guerre ayant fait 3,9 millions de morts directs et indirects, un accord de paix aboutit à un partage du pouvoir à compter de 2003, puis à des élections démocratiques. Présidé par Joseph Kabila, fils du président assassiné en 2001, l’ex-Zaïre reste instable, malgré la plus importante mission de paix de l’ONU en Afrique.

La présence de rebelles hutus rwandais au Kivu, alliés à l’armée congolaise, a suscité des offensives de rebelles tutsis congolais soutenus par le Rwanda. Dans un retournement spectaculaire, Joseph Kabila a accepté en janvier que l’armée rwandaise pourchasse sur son propre territoire congolais les rebelles hutus. Cette opération actuellement en cours divise la classe politique congolaise.

La RDC mène aussi une offensive conjointe avec l’armée ougandaise contre les rebelles ougandais de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) présents sur son territoire. En arrière-fond de ces conflits : le riche sous-sol de l’est du Congo qui attise les convoitises des pays voisins et des grandes puissances.

Somalie : le terrain d’une guerre à distance

Bien qu’elle soit dotée depuis 2004 d’un gouvernement légal, après quinze années sans pouvoir central, la Somalie reste l’un des États les plus instables du continent.

Ce pays de la Corne de l’Afrique a attiré récemment l’attention médiatique en raison des captures de navires au large de ses côtes par des pirates. Ayant pris le pouvoir en 1969 à la suite d’un coup d’État, Mohamed Siyad Barre voit son pays affaibli par la guerre de l’Ogaden (province éthiopienne peuplée à majorité de Somalis), frappé de famine et morcelé.

Sa destitution en 1991 déclenche une guerre civile doublée d’une crise humanitaire. Les Nations unies, puis les États-Unis lancent en 1992 une opération militaire « humanitaire » qui tourne au fiasco.

S’ensuit une période de chaos, marquée notamment par la déclaration d’autonomie de la province du Puntland. Fragmenté en clans, le pays est livré aux « seigneurs de la guerre », riches commerçants disposant de milices.

Au milieu des années 1990, la cause de l’Ogaden est reprise à son compte par un mouvement islamiste, Al-Ittihad Al-Islamiya (Union islamique). Cela conduit l’Éthiopie à soutenir les milices somaliennes combattant les islamistes. Éthiopie et Érythrée étant alors en guerre, cette dernière prend le parti des islamistes.

Un processus de paix permet la formation d’un Parlement de transition siégeant à Nairobi (Kenya), qui élit en 2004 à la présidence Abdullahi Yusuf Ahmed, un ancien chef de guerre pro-éthiopien.

En 2006, les islamistes de l’Union des tribunaux islamiques conquièrent Mogadiscio, ce qui déclenche une offensive éthiopienne, soutenue par les États-Unis. Après deux ans d’occupation, l’armée éthiopienne quitte le pays début 2009, et Charif Cheikh Ahmed, ancien dirigeant de l’Union des tribunaux islamiques, est élu à la présidence.

Entre-temps, des islamistes extrémistes, toujours soutenus par l’Érythrée, se sont renforcés et ils continuent de harceler les forces gouvernementales et les soldats de la paix de l’Union africaine.

Soudan : un nœud de conflits sur fond de pétrole

En janvier 2005 était signé l’Accord de paix global (CPA) entre le gouvernement central du Soudan et l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), mettant fin à vingt et une années de guerre entre Nord et Sud. L’accord prévoyait un partage du pouvoir et des richesses pétrolières, ainsi que l’organisation d’un référendum d’autodétermination du Sud en 2011.

Pendant ce temps, un autre conflit battait son plein dans l’ouest du pays, au Darfour. À l’exemple des Sudistes, les rebelles darfouriens réclament plus d’autonomie pour leur région, qu’ils estiment marginalisée, et un partage équitable des ressources, surtout pétrolières – le sous-sol du Darfour recèlerait du pétrole, non encore exploité.

La violence de la répression menée par l’armée soudanaise et par ses supplétifs a entraîné une crise humanitaire majeure : 300 000 victimes civiles, directes et indirectes, et deux millions de déplacés et réfugiés.

Le Tchad, frontalier du Darfour, est bientôt entraîné dans le conflit : il accueille des centaines de milliers de réfugiés et soutient l’une des principales factions rebelles du Darfour. De son côté, le Soudan héberge et appuie des groupes rebelles tchadiens, qui manquent par deux fois de renverser le dictateur Idriss Deby, sauvé par la France.

Alors qu’une force de l’ONU se met difficilement en place au Darfour, le processus de paix ne connaît pas d’avancées décisives et des affrontements ponctuels se poursuivent, dans un contexte de grande insécurité. Objet d’une enquête pour « génocide », le conflit au Darfour pourrait entraîner un mandat d’arrêt contre le président soudanais Omar El Béchir, qui doit être annoncé mercredi 4 mars par la Cour pénale internationale.

Zimbabwe : nationalisme et folie despotique

« Le Titanic en train de sombrer. » C’était la comparaison qu’avait employée en 2007 le président zambien Levy Mwanawasa pour décrire son voisin, le Zimbabwe. Déjà grave à l’époque, la situation de l’ancien grenier à blé de l’Afrique australe s’est encore dégradée depuis lors : violences politiques à grande échelle, famine, épidémies. C’est l’effondrement du secteur agricole, découlant d’une redistribution ratée des terres, qui a entraîné le pays dans une spirale désastreuse.

En 1996, 4 500 fermiers blancs possédaient encore le tiers des terres cultivables de l’ex-Rhodésie, exploitant blé, arachides et tabac. Leur expropriation brutale en 2000 a été suivie d’une distribution des terres à des barons du régime et à des fermiers noirs sans compétences suffisantes.

Les penchants violents du régime de Robert Mugabe, dont l’armée avait tué 20 000 civils d’ethnie ndébélée entre 1982 et 1985, ne feront que s’aggraver à mesure que l’effondrement économique et le mécontentement populaire se renforceront.

Réélu en 2002 lors d’un scrutin truqué, Mugabe rase trois ans plus tard plusieurs bidonvilles acquis à l’opposition. Insensible aux sanctions internationales, sa répression s’abat sur les opposants politiques, les fermiers blancs, les syndicalistes, les magistrats, les journalistes. Les manifestations de 2005 sont matées dans le sang.

La fraude entourant les élections présidentielle et législatives du 29 mars 2008 ne suffit pas à contrer le vote massif en faveur de l’opposition. Instaurant un climat de terreur, Robert Mugabe remporte un second tour boycotté par l’opposition, mais concède la victoire du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) aux législatives. Après des mois de négociations, l’opposant Morgan Tsvangirai prend ses fonctions de premier ministre d’un pays à reconstruire.

Laurent d’ERSU
la croix



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velocite13 04/03/2009 19:07

SI VRAI heroin.over-blog.fr