Bissau: le président tué par des militaires après un attentat contre le chef de l'armée

Publié le par Waldar

 

 Le président de Guinée-Bissau a été tué par des militaires lundi à Bissau quelques heures après l'assassinat du chef d'état-major de l'armée, plongeant dans la confusion ce petit pays pauvre d'Afrique de l'Ouest déjà fragilisé par le trafic de drogues.

Face aux condamnations et aux appels au calme de la communauté internationale, l'armée bissau-guinéenne a affirmé qu'il ne s'agissait pas d'un coup d'Etat et qu'elle respecterait "l'ordre constitutionnel".

Le calme a régné lundi à Bissau. Dans la soirée un important dispositif militaire a été déployé autour de plusieurs points stratégiques de la ville, notamment les casernes, la principale route menant à la capitale et près de la base aérienne, près de l'aéroport, à 8 km du centre-ville.

Le président Vieira a été tué par balles lundi vers 04H00 (locales et GMT) à la suite d'un attentat à la bombe qui a coûté la vie peu auparavant au général Batista Tagmé Na Waié dans son quartier général.

Les deux assassinats ont suscité des lectures divergentes.

"La situation semble encore confuse, mais apparemment tout ceci a été organisé par l'armée. C'est un coup d'Etat", a déclaré le président de la Commission de l'Union africaine (UA) Jean Ping.

"Les informations faisant état d'un coup d'Etat sont des conjectures", a pourtant assuré le secrétaire exécutif de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) Domingos Simoes Pereira.

Le principal porte-parole de l'armée a offert lundi diverses versions.

"Le président Vieira a été tué par l'armée au moment où il tentait de fuir sa maison attaquée par un groupe de militaires proches du chef d'état-major Tagmé Na Waié", a d'abord déclaré le capitaine de frégate José Zamora Induta.

Le capitaine a accusé Vieira d'avoir été "l'un des principaux responsables de la mort de Tagmé", avant de revenir sur ses déclarations.

"Nous n'accepterons pas que des gens interprètent cela comme un coup d'Etat. Ce n'est pas un coup d'Etat, je le répète", a-t-il insisté: "Le président a été tué par un groupe de gens que nous ne connaissons pas."

L'état-major a assuré que "l'armée (respecterait) l'ordre constitutionnel et la démocratie". Un groupe comprenant les chefs d'état-major des trois corps d'armée (air, mer, terre) a rencontré le gouvernement de Carlos Gomes Junior.

"En ce moment, l'ordre constitutionnel est respecté avec une transition assurée par le président de l'Assemblée nationale" Raimundo Pereira, a déclaré en début de soirée le secrétaire d'Etat portugais aux Affaires étrangères Joao Gomes Cravinho.


Selon la Constitution, le président de l'Assemblée nationale assure l'intérim et organisera une présidentielle dans les 60 jours.

Le gouvernement a décrété un deuil de sept jours et demandé au parquet de "former une commission d'enquête" sur ces décès.

Joao Bernardo Vieira (dit "Nino"), 69 ans, a passé quasiment 23 ans à la tête de cette ex-colonie portugaise située entre le Sénégal et la Guinée. Il avait été réélu à la présidence en 2005, six ans après la fin d'une guerre civile de 11 mois (1998-99) qui l'avait chassé du pouvoir.

Ces derniers mois, le chef des armées et le président nourrissaient une profonde défiance réciproque. Début janvier, le premier avait affirmé avoir échappé à une tentative d'assassinat accusant le clan présidentiel d'avoir voulu le "liquider".

La communauté internationale a condamné ces violences, notamment les responsables africains qui s'alarment de la multiplication des coups de force sur le continent. "Consterné", le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé "au calme" et au maintien de "l'ordre constitutionnel".

Le Conseil de paix et de sécurité de l'UA a été convoqué pour une réunion extraordinaire mardi. La CPLP, réunie en urgence à Lisbonne, a dépêché dès lundi soir une délégation qui sera suivie mardi d'une mission ministérielle de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

 


AFP

 

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