Le président soudanais se fabrique un culte de la personnalité

Publié le par Waldar

Omar El Béchir affiche ses soutiens au Soudan, alors que la Cour pénale internationale doit rendre sa décision mercredi 4 mars sur la demande de mandat d’arrêt contre lui pour son rôle présumé dans les violences au Darfour

Après huit mois d’enquête, les juges de la Cour pénale internationale (CPI) devraient annoncer mercredi 4 mars s’ils décident d’inculper le président Omar El Béchir notamment pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Darfour où sévit une guerre civile depuis six ans.

Le président soudanais a affirmé mardi 3 mars que la décision de la CPI d’émettre ou non un mandat d’arrêt à son encontre n’aurait « aucune valeur ». Mais cette épée de Damoclès qui pèse sur le chef de l’État soudanais a déjà marqué le pays d’une nouvelle donne : l’apparition d’un culte de la personnalité.

Jusqu’alors très discrète, voire absente des murs décatis de la ville, l’effigie d’Omar El Béchir a commencé à pousser ici et là dans la cité des deux Nils. Quand on arrive à Khartoum, une allée d’affiches à la gloire du président, qualifié de « martyr », enturbanné ou en képi vous accompagnent de l’aéroport jusqu’aux abords du centre-ville.

Une série de portraits savamment disposés de part et d’autre de la route et sponsorisés par les grandes entreprises du pays. Banques, assurances ou encore syndicats de travailleurs y défendent le chef de l’État en anglais d’un côté, en français (mais le texte a été produit par un traducteur automatique) de l’autre.

France et Grande-Bretagne ont envisagé de proposer à Béchir un troc

Les messages diffusés, en substance : le président Omar El Béchir est victime d’un complot international ; Luis Moreno Ocampo, le procureur de la CPI, est un méchant ; laissez-nous tranquilles ; Omar El Béchir est la seule solution valable pour sortir le pays des multiples crises qui le secouent.

On retrouve le même genre de « publicités » éparses dans d’autres endroits de la ville, aux abords des ministères, de certaines universités, mais aussi sur le pare-brise des taxis, la devanture de petits magasins, dans les journaux tous les jours et bien sûr 24 heures sur 24 ou presque à la télévision. Voilà pour la propagande. Le régime a su mettre en place une atmosphère et l’entretenir.

Politiquement aussi, le régime a su se défendre. Dès le 14 juillet dernier, le jour même de la demande de mandat d’arrêt international lancé par le procureur Ocampo, Khartoum a trouvé des alliés au moins de façade. L’Union africaine et la Ligue arabe qui, sans porter dans leur cœur le président soudanais, commencent à s’inquiéter de ce qu’ils perçoivent comme une nouvelle manie de vouloir condamner à l’avenir des chefs d’États africains et aussi arabes.

La France et la Grande-Bretagne ont, selon de bonnes sources, envisagé de proposer à Omar El Béchir un troc digne du souk d’Omdurman. Qu’il livre son ministre des affaires humanitaires, Mohammed Ahmed Haroun, et son ancien chef de milices djandjawids, Ali Qushaib, tous deux sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour crimes contre l’humanité ; en échange la procédure en cours aurait pu être gelée pour un an.

Omar El Béchir s’est fait plaisir

Mais, sans avoir eu besoin de céder quoi que ce soit, le président Béchir a déjà gagné six mois. Le régime jouant aussi parfaitement d’un calendrier et d’événements extérieurs favorables. Les vacances d’été en Europe, le Ramadan, le Congo en ébullition, les élections américaines, les fêtes de fin d’année, Gaza, l’investiture de Barack Obama, le procès Bemba… tous ces événements ont fait oublier un peu, beaucoup, le Soudan.

Enfin, il y a eu les pseudo-pourparlers de paix de Doha, où Khalil Ibrahim, chef du groupe rebelle du Mouvement justice et égalité, et Nafi Al Nafi, éminence grise du régime de Khartoum, ont signé une déclaration d’intention qui s’est soldée par une trentaine de morts sur le terrain 48 heures plus tard. Qu’importe, le Soudan a gagné deux semaines de plus. La CPI ne pouvant pas rendre dignement sa décision au lendemain de ce genre de signature affirmant une volonté de paix.

La décision sera donc rendue mercredi 4 mars. La veille, Omar El Béchir s’est fait plaisir une dernière fois devant les caméras de la presse locale et internationale et les yeux de bon nombre d’ambassadeurs, notamment occidentaux, invités à l’inauguration du barrage de Méroé.

Le plus gros barrage jamais construit sur le Nil depuis Nasser et qui devrait couvrir la majeure partie des besoins du pays en électricité. Une réussite politique et technologique de taille à laquelle la Chine mais aussi l’Allemagne ou encore la France via Alstom ont participé ces sept dernières années. Le temps depuis lequel dure le conflit du Darfour.

Stéphane AUBOUARD, à Khartoum
la croix

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