Colères et misères des communautés riveraines du pipeline

Publié le par Waldar

Plus d’une centaine de leaders d’opinion, des chefs de village et ressortissants des villages de la région du Centre traversés par le pipeline, se sont retrouvés jeudi 5 mars dans la ville phare du département de la Lékié, pour en évaluer les dégâts et les promesses non tenues.

Les Enjeux du rendez-vous d’Obala

Le Centre comporte le plus grand nombre de villages traversés par le pipeline (un peu plus de 100 sur 242 au total). A la fin de la construction pipeline Tchad Cameroun en 2003, Cotco a affirmé que tous les problèmes sociaux et autres revendications étaient réglés. Cinq ans après, l’on se rend bien compte qu’ils en existent davantage. « Le projet de pipeline a suscité beaucoup d’espoirs. Le grand pari était d’arriver à transformer ce projet commercial en un projet de développement bénéfique aux populations de manière palpable et visible ; le moins étant que les communautés ne tombent pas à un niveau de pauvreté supérieur à celui qui était le leur avant le projet. Avec ce qui se passe dans nos plantations de cacaoyères, lorsqu’on sait que des centaines de personnes ont été déplacées, les champs ont été détruits et mêmes des espaces sacrés, on comprend que le tracé du pipeline n’a pas été le miracle espéré. Beaucoup d’espoirs ont été déçus », clament les chefs traditionnels présents dans la salle.
Après une série de descentes sur le terrain, la Fondation camerounaise d’actions rationalisées et de formation sur l’environnement (Focarfe) a ramené et mis sur la table de négociation plus de 400 cas. A cause de la très grande attente des populations mais aussi parce que certaines choses n’ont pas été faites comme elles ont été promises, la rencontre d’Obala a pris les allures d’un tribunal du peuple. Les enjeux ont porté sur la nécessité de donner des informations crédibles aux communautés qui en sont les principales victimes et qui subissent au quotidien les affres du pipeline. « Les communautés ont besoin d’une information vitale ; parce que lorsqu’il y a absence d’informations, la nature ayant horreur du vide, l’information généralement biaisée se fabrique par elle-même. Ce qui peut avoir des conséquences parfois néfastes dues aux frustrations qui naissent ici et là », explique Honoré Ndoumbé.
Selon lui, les 400 plaintes ont été soumises à une plate forme au sein de laquelle, on retrouve : le constructeur Cotco, la banque mondiale et surtout le Cpsp, l’organe étatique en charge de cette question. Cela a débouché sur des règlements, des traitements qui ont permis de régler un certain nombre de situations même si on peut déplorer le très long délai de traitement. « L’autre déficit important repose sur la communication. La plate forme se tenant à Yaoundé autour d’un petit nombre d’experts, les populations qui sont les principales concernées n’en savent pas grande chose sur: le traitement, le sort réservé aux revendications émises. Cette absence d’information peut déboucher sur des frustrations pouvant entraîner éventuellement des actes de déresponsabilisations » commente Ndoumbé Nkotto.

Plaidoyer pour la création de la redevance pétrolière


Au-delà de l’information sur le bilan social, les communautés attendent des recettes concrètent de règlement de leurs problèmes d’hier et d’aujourd’hui. Pour les participants, la plateforme du bilan social doit s’améliorer en efficacité. Ils ont demandé que leurs doléance, complaintes, avis, suggestions à la base, soient bien transmis, pour irriguer la nouvelle stratégie de la plateforme. « Laisser des individus affectés dans leurs revenus, moyens d’existence et autres, sans espoir ni idéal serait nourrir des frustrations dont la paix sociale n’a absolument pas besoin » commente le représentant du maire d’Obala. Il en ressort des échanges que les compensations payées ou non, à leur juste valeur ou non, sont de toutes les façons pour presque tous les villages, un souvenir qui n’a pas laissé beaucoup de traces visibles. Et pourtant, le pétrole quant à lui, coule et coulera encore longtemps, générant des revenus non négligeables. N’en est-on pas à 60 milliards Fcfa à ce jour ? C’est en chœur que les représentants des communautés souhaitent qu’un pourcentage à définir de cette rente pétrolière, transitant par les villages soit alloué en espèces ou en nature, dans le modèle des redevances forestières et minières. « C’est un pourcentage qui doit être défini par l’Etat. La redevance forestière, c’est 50%. La redevance minière c’est 25%. Au Tchad, dans la région productrice, il y a 5%. L’Etat peut donc dire 10% du transit. Si on enlève 10%, cela ferait que sur 60 milliards, on aura 6 milliards qui auraient été alloués aux populations ; pas seulement en espèces sonnantes et trébuchantes mais par des ouvrages, des infrastructures préférentielles et spécifiques à ses zones » soutient le coordinateur de la Focarfe.
 

Par Souley ONOHIOLO à Obala

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