La nouvelle vie des condamnés de L'Arche de Zoé

Publié le par Waldar

Le Tchad exige toujours le paiement des 6 millions d'euros dus aux parents des 103 enfants enlevés en octobre 2007.

Ils furent, bien avant que médias et gouvernants ne se penchent sur le sort de Florence Cassez, les plus célèbres bénéficiaires de la procédure de transfèrement. Quatorze mois après avoir été condamnés à huit ans de travaux forcés pour avoir enlevé 103 enfants dans l'est du Tchad, Éric Breteau, Émilie Lelouch, Nadia Mérimi, Dominique Aubry, Alain Péligat et Philippe Van Winkelberg ont tant bien que mal repris une vie normale sur le sol français. Autorisés à purger leur peine de ce côté de la Méditerranée, les six membres de L'Arche de Zoé ont en effet été graciés le 31 mars 2008. Loin des médias, ils tentent aujourd'hui de se faire oublier - alors que le Tchad persiste à exiger le paiement des dommages et intérêts dus aux petites victimes.

Fondateur de l'association, Éric Breteau exerce depuis plusieurs mois la profession d'ambulancier, tout comme sa compagne Émilie Lelouch, en un lieu que son ­entourage s'efforce de tenir secret. «Tous deux gagnent un salaire, paient des charges et tentent de retrouver une vie normale, lâche leur avocate, Me Céline Lorenzon, qui souligne avec une pointe ­d'aga­cement : «Ils ne doivent rien à personne.» Selon l'éditeur Plon, l'ouvrage qu'il a publié peu après sa sortie de prison s'est vendu à moins de 10 000 exemplaires - ce qui est considéré comme «plutôt décevant» compte tenu de la médiatisation qui avait entouré l'affaire.

 

Vices de forme

 

Contrairement à ce qu'il avait un temps laissé entendre, Breteau ne s'est par ailleurs pas relancé dans l'humanitaire. Mis en examen dans le cadre de la procédure instruite en France, il est soumis à un contrôle judiciaire qui lui interdit d'exercer une activité associative. «Pour autant, l'homme reste un humanitaire dans l'âme et il n'a pas renoncé à ses convictions sur les insuffisances des ONG traditionnelles», précise Me Lorenzon.

Dans les mois qui ont suivi leur libération, les membres de L'Arche de Zoé ont, pour la plupart, vu leurs relations se distendre notablement. «Nadia Mérimi, si elle n'en veut à personne, n'a plus aucun contact avec les autres condamnés», note ainsi son avocat, Me Mario Stasi. La jeune infirmière, qui avait été très choquée par sa détention à N'Djamena, a mis plusieurs semaines à se «retaper» avant de retrouver du travail, à l'automne 2008, dans un établissement de la région parisienne. «Autour d'elle, personne ne lui parle du Tchad et elle fait ce qu'elle peut pour passer à autre chose - même si elle s'inquiète encore beaucoup pour les 103 enfants», relate Me Stasi.

S'ils se jugent aujourd'hui tirés d'affaire, les six condamnés de L'Arche de Zoé demeurent, en principe, visés par une condamnation à verser quelque 4,12 milliards de francs CFA, soit six millions d'euros, aux parties civiles tchadiennes. «Dans la mesure où ils refusent de payer spontanément cette somme, mon gouver­nement a récemment avancé 1,5 mil­liard de francs CFA aux familles, relate le ministre tchadien de la Justice, Jean Alingué. Désormais, nous attendons donc que le ministère français de la Justice veille à ce que nous soyons remboursés, comme je l'ai récemment écrit au garde des Sceaux - qui ne m'a jusqu'à présent pas répondu.»

Côté français, l'entourage de Rachida Dati souligne depuis un an que l'État n'est en rien concerné par ce différend civil tandis que les avocats des condamnés pointent les vices de forme qui émaillent l'arrêt rendu de la cour criminelle. «Les noms des parties civiles n'y figurent même pas, si bien que nous ne saurions pas à qui verser ces sommes si jamais nous en disposions», indique ainsi Mario Stasi. De son côté, Me Lorenzon fait valoir que la justice tchadienne est en mesure de se «rembourser», au moins partiellement, en vendant le petit avion et le matériel qui, à l'automne 2007, ont été saisis à Abéché puis confisqués définitivement.

lefigaro

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