Françafrique : Sarkozy fait le grand écart

Publié le par Waldar

liberation: La rupture, quelle rupture ? Avant son élection, Nicolas Sarkozy avait promis de tordre le cou à la «Françafrique» pour instaurer avec les anciennes colonies du continent noir une relation transparente et guidée par la seule défense des intérêts économiques. Mais, sitôt élu, il prononçait le discours de Dakar stigmatisant une Afrique à l’arrêt et se rendait chez «papa» Bongo, président du Gabon et fils aîné de la Françafrique.

Rénovation. Lors d’une mini-tournée de deux jours sur le continent, qui l’a mené de la république démocratique du Congo au Niger, l’escale de Brazzaville, l’ancienne capitale de la «France libre», était l’occasion d’évoquer une fois encore la nécessaire rénovation des liens entre la France et ses anciennes colonies. Mais comment changer sans rompre avec le passé ? Depuis des années, Paris a du mal à résoudre l’équation. A Brazzaville, l’exercice tenait même du grand écart. Fidèle allié de Paris, Denis Sassou-Nguesso est un ami personnel de Nicolas Sarkozy. Les deux hommes se connaissent depuis l’époque où Charles Pasqua régnait en maître dans les Hauts-de-Seine. Mais le président congolais est aussi l’une des figures de la Françafrique. Sassou-Nguesso est tout sauf un modèle de bonne gouvernance : il est soupçonné par les ONG d’avoir détourné à son seul profit la manne pétrolière - avec l’aide active de compagnies françaises -, laissant le Congo dans un état de pauvreté avancé.

A Brazzaville, Sarkozy a plaidé devant les parlementaires pour la tenue d’élections «régulières et transparentes» et pour le renforcement de la démocratie, gage - a-t-il dit - de «stabilité» et de «prospérité». Il a également tenu à rencontrer l’opposition congolaise et l’a fait savoir. Une première pour un chef d’Etat français. «Chirac ne l’avait jamais fait et Sassou-Nguesso lui-même n’a jamais daigné nous recevoir», notait Guy-Romain Kinfoussia, l’un des participants.

Lors de cette réunion d’une demi-heure, Sarkozy a incité l’opposition congolaise à ne pas boycotter les élections prévues en juillet, citant en exemple le Sénégal, où le parti au pouvoir vient de subir une défaite cinglante lors des municipales.

Hommage. A «Brazza», il a lancé : «La France ne soutient aucun candidat !» Mais, dans le même souffle, le président français a rendu un hommage appuyé à son homologue congolais pour avoir rétabli la «stabilité» dans son pays. La rénovation des liens entre la France et l’Afrique pourrait-elle aller jusqu’au refus de reconnaître les résultats d’une élection si elle est manifestement biaisée ? L’entourage de Nicolas Sarkozy dit exclure toute «ingérence» dans les affaires intérieures d’un pays.

Vendredi, à Niamey au Niger, lors de la dernière étape de son périple africain, Nicolas Sarkozy a souhaité que la France «reprenne toute sa place en Afrique sur de nouvelles bases». Mais il faudra plus qu’une rencontre avec l’opposition au Congo pour signer l’arrêt de mort de la Françafrique.

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