Arche de Zoé: L'Audois Dominique Aubry : « Je veux oublier ceux qui m'ont trompé »

Publié le par Waldar



midilibre: Il y a un an, les six naufragés humanitaires de l'Arche de Zoé sortaient des prisons françaises où ils étaient détenus depuis leur extradition du Tchad, le 28 décembre 2007. Condamnés à 8 ans de travaux forcés pour enlèvement d'enfants par la cour criminelle de N'Djamena, ils avaient vu cette peine transformée en 8 ans de prison en France. L'Arche de Zoé avait tenté d'expatrier vers la France 103 orphelins de la province soudanaise du Darfour, ravagée par la guerre. L'origine des enfants a ensuite été remise en cause. Le 31 mars 2008, le président tchadien, qui venait de mater une rébellion fort du soutien de Paris, amnistiait les six Français. Parmi eux, le pompier audois Dominique Aubry.

Un an après, Dominique Aubry a retrouvé ses marques dans sa villa de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse
(Aude)... et ses réflexes. Chaque fois que la sirène du centre de secours retentit, le pompier volontaire bondit sur son portable même les jours où il n'est pas d'astreinte. Pompier, il le fut pendant 23 ans au service de l'armée de l'air, pompier il le restera jusqu'à sa mort... Une vie au service des autres, la passion de l'action humanitaire chevillée au corps. C'est elle qui l'a fait rencontrer Eric Breteau en décembre 2003, au milieu du chaos qu'était le nord de Sumatra après le tsunami ; c'est encore elle qui l'a conduit à s'embarquer avec ce même Breteau dans l'aventure de l'Arche de Zoé, en août 2007.

Pompier, pourtant, il faillit ne plus l'être après le naufrage de l'Arche lorsqu'il écopa de huit années de réclusion criminelle. « Je craignais que, malgré l'amnistie, la peine soit inscrite sur mon casier judiciaire. Si ça avait été le cas, je pouvais mettre une croix sur mon métier », explique-t-il.

Mais cette peine qu'il n'effectuera pas, elle lui est insupportable. Il la porte comme une tache indélébile, honteuse, comme le fardeau d'une injustice : « Je suis allé au Tchad pour servir et j'en suis revenu condamné comme un criminel. » Aubry n'a toujours pas compris ce qui lui était arrivé : « Un an après, je ne sais rien du fond de l'affaire. Je ne connaîtrai jamais la vérité. » Il est convaincu que Breteau l'a trompé le jour où il lui a affirmé qu'il était officier chez les pompiers, alors qu'il n'était que simple caporal ; qu'Émilie Lelouch l'a également trompé. Il en est convaincu depuis le jour, où, au fond de sa cellule à Fresne, il a découvert le reportage de Marie-Agnès Peleran sur France 3 où l'on voit la compagne de Breteau tenter de persuader la mère d'un "orphelin" de lui confier son enfant.

Il est persuadé que la journaliste l'a trompé elle aussi, en ne lui confiant pas ses doutes sur le couple Breteau-Lelouch. « Elle savait que j'étais tenu à l'écart, que mon job de logisticien m'occupait trop pour que je sache comment on recrutait les gosses », râle-t-il.

Mais Aubry est convaincu que d'autres l'ont également mené en bateau. Qui ? Ceux qui ont mis un Transall de l'armée de l'air française à la disposition de Breteau pour transporter l'équipe de N'Djamena à Abéché, au nord du pays. « Il n'y avait que nous et l'équipage à bord de l'avion », se souvient-il, « fallait bien que Breteau ait des appuis au plus haut niveau. » Des noms, le pompier audois se refuse à en avancer.

Un an après la fin judiciaire du fiasco, Aubry veut oublier. Tout juste s'il a eu deux ou trois contacts téléphoniques avec l'infirmière Nadia Merimi qui, comme lui, a très vite pris ses distances avec le reste de l'équipe. « Quand le juge d'instruction m'a entendu comme témoin assisté au palais de justice de Paris dans le cadre du volet français de l'affaire, on m'a dit que Péligat, l'autre logisticien était dans le couloir. J'ai demandé à sortir par une porte dérobée pour ne pas le rencontrer. »

Les souvenirs, pourtant, ont du mal à disparaître. Comment oublier ce moment où, lorsque le convoi a été arrêté par la police tchadienne, il s'est retrouvé seul face à une foule hostile ? Comment oublier la violence des matons de la prison de N'Djamena, surtout le soir quand ils étaient imbibés d'alcool ? La parodie de procès, la détention en France... ? Les seules choses que Dominique Aubry veut retenir, c'est sa sortie de la prison de Caen le 31 mars 2008, les effusions avec les membres du comité de soutien de sa ville natale, le baiser de Fabienne, l'amie d'enfance perdue de vue... Cette photo où on la voit à son bras, parue le lendemain à la une de Ouest France. Le 13 décembre dernier, Fabienne est devenue la femme de Dominique Aubry. La galère a tout de même eu du bon.

Jean-Pierre LACAN
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Ahmat 01/04/2009 01:25

Ton poisson est très gros. Mais l'espoir fait vivre, il moura naturellement ou assassiné comme son fils.