Le Tchad, une poudrière prête à exploser(france24)

Publié le par Waldar

À l'heure où les rebelles s'apprêtent à lancer, comme chaque année à cette époque, une nouvelle offensive d'envergure, la situation humanitaire dans l'est du Tchad, secoué par des crises successives, ne cesse de se détériorer.

Cette tribune a été rédigée par Daniela Kroslak, directrice adjointe du programme Afrique de l’International Crisis Group, basée à Nairobi, au Kenya.


Alors que tous les regards sont braqués sur le Soudan après l’inculpation du président Omar el-Béchir par la Cour pénale internationale (CPI), la situation au Tchad voisin menace de dégénérer. L’est du pays subit depuis des années les conséquences de plusieurs conflits intimement liés : celui qui oppose le président tchadien Idriss Déby Itno aux groupes armés, celui du Darfour et celui entre N'Djamena et Khartoum.

 

Le bilan de ces crises est lourd pour l’est du Tchad : 167 000 déplacés internes auxquels s’ajoutent 265 000 réfugiés soudanais qui vivent maintenant dans des camps installés dans une région où les ressources naturelles se raréfient. Déby s’est toujours arrangé pour présenter la situation comme le résultat de la crise du Darfour, faisant ainsi l’impasse sur les origines locales du problème. Car si la crise au Soudan voisin a bien exacerbé les tensions, le conflit de l’est du pays est essentiellement tchadien. Dans sa lutte pour conserver un pouvoir disputé par des mouvements d’opposition armés, Déby a capitalisé sur les animosités ethniques existantes et progressivement monté les groupes ethniques les uns contre les autres.

 
Expulsion des ONG
 
La situation pourrait s’aggraver dans les semaines qui viennent. Après l’expulsion par les autorités soudanaises de 13 organisations non gouvernementales internationales consécutive à l’inculpation d'El-Béchir par la CPI, d'aucuns craignent que des milliers de nouveaux réfugiés essaient de fuir la violence et la misère. En outre, deux mois avant la saison des pluies, les rebelles tchadiens se préparent à lancer leur attaque annuelle de grande envergure. Les civils en feront alors à nouveau les frais.

 
Si la communauté internationale a déployé deux missions de maintien de la paix dans la région depuis un an, principalement pour éviter un effet de contagion de la crise du Darfour, celles-ci n’ont pas pu véritablement améliorer la situation sécuritaire. Ce n’est pas la mission des Nations unies, qui a pris le relais de la force européenne le 15 mars dernier, qui va changer les choses. Vu la faiblesse de son mandat, et sachant que la force ne sera complètement déployée que vers la fin de l’année 2009, elle ne sera sans aucun doute pas en mesure de protéger efficacement les populations, surtout avec un effectif réduit, pour l’instant, à quelques 2 200 soldats.

 
L'urgence d'une conférence de paix 
 
En focalisant toute son attention sur le volet humanitaire de la crise et ses liens avec la tragédie du Darfour et non sur les causes profondes de la crise tchadienne, la communauté internationale a embrassé le discours d’Idriss Déby Itno et a laissé libre cours aux rebelles tchadiens d’attiser les sources locales de tensions.

 
Pour enfin mettre un terme à la crise, il est urgent d’organiser une conférence de paix spécialement dédiée à l’est du Tchad et qui inclurait tous ses protagonistes : gouvernement, chefs coutumiers, sultans, représentants des communautés et des organisations non gouvernementales, rebelles et partis d’opposition. Ensemble, ces différents acteurs devraient se pencher sur les racines de la crise et tenter d’y apporter des solutions. Cette conférence devrait être soutenue par le gouvernement, mais aussi par la communauté internationale qui devrait mettre un terme à sa politique de l’autruche et apporter une aide diplomatique, mais aussi financière. La France en particulier, qui a contribué à renforcer Déby sans aider les Tchadiens à trouver une solution à la crise, a un rôle important à jouer et doit faire pression sur le gouvernement tchadien pour qu’il collabore à l’organisation de cette conférence.



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