Enlèvement des deux humanitaires du Darfour…ET SI C’ETAIT DEBY ?

Publié le par Waldar

Le 04 Avril dernier, deux humanitaires - une française et une canadienne -  auraient été kidnappées en plein centre du Darfour par de prétendus rebelles venus de nulle part. De mystérieux et bien étranges hors la loi dont les curieuses exigences ont forcé l’opinion internationale à tourner les yeux vers Idriss Deby qui – comme  Zorro – tente de les libérer. Un peu trop facilement !


Il y a quelques semaines, une fantomatique bande de prétendus kidnappeurs du Darfour - se prévalant d’un pseudo mouvement dit
des "Aigles de la liberté d'Afrique" - annonçait de manière un peu trop fracassante avoir pris en otage, quelque part  à l’Ouest du Soudan,  deux jeunes humanitaires blanches : la Française Claire Dubois et la Canadienne Stéphanie Joidon, travaillant pour le compte de l'ONG Aide médicale internationale. Des humanitaires que leurs bourreaux ont immédiatement menacé de tuer si leurs exigences n’étaient pas satisfaites. Mais de pathétiques kidnappées qui – dans le plus pur classicisme des histoires du genre – ont tout de même pu déclarer en substance à une agence de presse bénéficiant, selon toutes les apparences, de l’exclusivité de l’enlèvement : « nous sommes bien traitées, on ne nous fait aucun mal, nous voulons juste rentrer chez nous ».

 

 Au demeurant, rien que de très banal, que ce kidnapping, aux yeux des observateurs  de tout acabit habitués aux étourdissantes prises d'otages qui rythment le train train quotidien au Darfour où pullulent  et grenouillent d’incalculables groupuscules rebelles, plus mystérieux les uns que les autres, et tous clamant à la cantonade être plus ou moins opposés au régime du président  El Béchir. Alors que  toutes ces hordes de guérilleros du désert sont beaucoup plus opposées entre elles-mêmes pour le contrôle des richesses minières de la région, sont pour la majorité, entretenues par Deby.

 En tout cas, avec ce nouveau rapt, la menace d’exécuter les otages s’est assortie d’une condition aussi troublante que fantasque : l'organisation par la France d’un nouveau procès contre les sociétaires de l'Arche de Zoé !

Personne n’a oublié cette scabreuse et scandaleuse affaire d’escroquerie de l’humanitaire ayant vu, entre la fin de l’année 2007 et le début 2008, une bande de petits filous venus tout droit de France, qui avaient tenté d’embarquer – d’un seul coup - en direction du pays de Ségolène Royale, 103 enfants de quatre à sept ans, rassemblés à la va vite dans plusieurs camps de réfugiés à la lisière de la frontière Tchad- Soudan.

 

DES ENFANTS QUE L’ON DESTINAIT A DE SOMBRS RESEAUX.

 

 Des enfants qui, selon toute vraisemblance, étaient destinés à la juteuse maffia des adoptions d’enfants en Europe, quand ce n’aurait été en direction des réseaux pédophiles ou ceux des  trafics d’organes.

 

L’affaire avait fait un bruit d’enfer tant au Tchad qu’en France, mais – contre toute attente -  avait connu un épilogue des plus rocambolesques avec – dans un premier temps – la condamnation prononcée par la justice Tchadienne  aux travaux forcés (assortie de quelques milliards de FRANCS CFA de dommages et intérêts alloués aux petites victimes) à l’encontre du sieur Eric Breteau et ses comparses.

 Mais dans la foulée, le président de la république Française en personne ­ - Nicolas Sarkozy – est entré dans la danse en exigeant – avec des éclairs dans les yeux - l’application de prétendus accords judiciaires Franco-Tchadiens grâce auxquels les truands de l’Arche de Zoé se sont vus – dans un deuxième temps –  transférés devant la justice Française, où leur « peine» avait gentiment été ramenée à … huit ans d’emprisonnement. Evidemment sans être détenus, et  sans plus aucune évocation des dommages et intérêts !

Au même moment, l’Elysée avait obligé Idriss Deby à gracier les condamnés qui, depuis lors, ont tranquillement continué à vaquer à d’autres arnaques.

 Mais les avocats du barreau de N’djamena des pauvres bambins tchadiens ayant échappé aux réseaux pédophiles n’ont pas oublié les dommages et intérêts.

C’est ainsi que depuis le mois de Mars, le bataillon d’avocats Tchadiens qui avait vaillamment défendu la cause des malheureux petits devant la justice Tchadienne a bruyamment défrayé la chronique en exigeant des autorités judiciaires Françaises la régularisation des dommages et intérêts ayant été alloués par le président du tribunal de N’djamena…

 Comme réponse, Eric Breteau aura persiflé de sa douce France que « les avocats tchadiens n’auraient rien à exiger dans la mesure où les enfants en question ne seraient pas … tchadiens

 Une répartie qui a donné toute la mesure  de la mesquinerie de Eric Breteau qui – après avoir tremblé sans arrêt  au moment où il se trouvait en prison au Tchad, et n’ayant dû du son salut qu’à l’interventionnisme maladif – et dans le cas d’espèce  bien intempestif -  de Nicolas Sarkozy, est à l’aise aujourd’hui, bien au chaud en France, dans son rôle de fier à bras loin, très loin, du lieu d’un forfait qu’il s’imagine déjà impuni.

 

Mais revenons à l’enlèvement actuel : au moment où les kidnappeurs des deux humanitaires du Darfour ont exigé la tenue d’un nouveau procès, nombreux avaient été les observateurs et autres spécialistes des problèmes Tchado-Soudanais à avoir pensé que ces lâches preneurs de femmes en otage ne pourraient être que des envoyés des sbires de Deby.

 

DE BIEN CURIEUX KIDNAPPEURS.

 

 C’est ainsi que l’initiative - trop empressée - de Idriss Deby quant à négocier avec des bandits vivant on ne sait trop où, mais prétendant opérer au Soudan  aura  laissé l’impression d’être cousue de fil blanc.

 

En tout cas la communauté internationale en serait donc à se réjouir aujourd’hui de la nouvelle de la libération  - rendue publique le 22 Avril dernier - des deux femmes subséquemment, prétend- on avec emphase, à la mission de bons offices entreprise par le président tchadien Idriss Deby pour obtenir la libération  des deux dames. Mais ce dénouement, pour heureux qu’il soit, constitue pour l’heure, à tort ou à raison, le sujet d’une grave controverse au sein de l’opinion internationale.

 

En effet, en milieu de semaine dernière, on apprenait qu’une délégation De la bande des auteurs du double enlèvement était en train de rencontrer en terrain neutre un haut responsable du gouvernement tchadien pour les besoins de  négociations devant conduire à cette libération.

 "Le Tchad prend très au sérieux cette négociation", affirmait alors le plus sérieusement du monde l’un des porte parole des kidnappeurs interrogé par un journaliste de l’Agence Reuters, avant de préciser, en roulant des yeux, que ce n’était pas le cas du Soudan 

 

Conséquence : il ne serait pas tout à fait bête de se demander, après coup, comment des preneurs d’otages vivant au Soudan, et certainement de nationalité soudanaise, peuvent avoir enfourché le cheval d’une revendication qui -  en principe -  devrait être celle des Tchadiens !

 

  DES SOUDANAIS DEFENDANT DES INTERETS TCHADIENS ?

 

De même,  l’on pourrait être aujourd’hui surpris de la contestation par Eric Breteau de la nationalité des 103 enfants - acteurs principaux de  l’affaire dite de l’Arche de Zoé -  présentés pour l’heure comme des Darfouris ; le chef de l’équipe de l’Arche de Zoé ayant carrément  affirmé, en réponse à la revendication des preneurs d’otages qu’en fait "Il n'existe pas la moindre preuve de l'identité tchadienne de ces enfants"  et qu’il espère qu'un vrai procès pourra faire toute la lumière".

 

On pourrait, au détour de tout ce cinéma, avoir toutes les raisons d’être encore plus perplexe du fait que ce soient des Soudanais qui revendiquent  - à partir du Soudan - la réouverture du "dossier des criminels de l'Arche de Zoé" et un nouveau "jugement devant un tribunal juste", en affirmant, avec l’air le plus sinistre du monde, que "Si le gouvernement français n'est pas sérieux dans les négociations avec nous et n'accède pas à notre requête, nous tuerons les deux travailleurs humanitaires".

 Mais la plus grosse surprise résidera dans le fait que, nonobstant toutes les bonnes dispositions affichées par le gouvernement Soudanais quant à  faire "tous les efforts possibles" dans le sens de parvenir à la libération des deux otages, c’est à la proposition de médiation du gouvernement d’Idriss Deby que les preneurs d’otages se sont – curieusement - montrés plus réceptifs.

Et du coup, ce dernier développement vient mettre en évidence non seulement les imbrications  complexes d’une prise d’otages qui pourrait, au bout du compte,  se révéler n’avoir été au mieux qu’une mise en scène, au pire, un coup monté.  Mais dans un cas comme dans l’autre, une connexion – apparemment obscène - mais décidément criminelle donne plus que l’impression d’exister entre le Tchadien Deby et les bandes de hors-la loi à sa solde qui sèment la terreur à l’Ouest du Soudan.

 

Coup monté et connexion criminelle

 

Car il ne serait pas nécessaire de sortir de la NASA pour comprendre qu’il  apparaît de plus en plus clairement que le régime Deby pourrait avoir monté cette odieuse prise d’otages, en se servant des hordes de criminels à sa solde qui écument les terres torrides du Darfour pour y semer la terreur.

Une terreur que l’on s’empresse souvent d’imputer trop vite et trop facilement au régime du président Omar Hassan El Béchir du Soudan, ennemi "très intime" de l’autocrate tchadien.

Quoi qu’il en soit, on n’a pas besoin d’être l’idiot du village pour penser que Deby peut avoir monté tout ce cirque  pour faire payer à la France sa duplicité de l’année dernière – dans la conduite de cette procédure - , dans la logique d’obtenir  malicieusement le paiement par la France de la  rançon qui pourrait éventuellement être versée  pour la libération des humanitaires otages, et dont une partie seulement sera prélevée pour payer la commission des preneurs d’otages  des "Aigles de la liberté d'Afrique". Avec au bout du compte aussi le désir de  démontrer ainsi par l’absurde  aux occidentaux, et  à la France surtout, que Deby peut toujours faire figure d’ élément crédible en matière de négociation dans les situations les plus désespérées, et mériter pour cette occurrence un nécessaire retour d’ascenseur en terme de soutien dans le cas où il serait agressé.

 

Il s’agit pourtant d’un procédé qui pourrait se révéler  à double tranchant dans la mesure où il est de plus en plus impossible de voiler les yeux de la communauté internationale sur les menées machiavéliques du régime tchadien qui est prêt à tous les coups tordus, y compris les plus vils, pour se donner une once de crédit à la face du monde, ou pour déstabiliser son homologue soudanais.

Ce n’est en effet pas le fruit du hasard en fait si en "contrepartie" de la libération des otages, le Tchad  s’est spontanément – trop spontanément même - porté garant de la transaction, non sans s’engager à apporter sa  protection aux "Aigles de la liberté d'Afrique" du Soudan, et paradoxalement dans un contexte international où la tendance est plutôt au châtiment des preneurs d’otages.

Et c’est à juste titre que des observateurs très avisés affirment que les"Aigles de la liberté d'Afrique" pourraient très certainement être, et n’être rien d’autre, qu’une création de N’Djamena qui ne se refuserait jamais le plaisir  de disposer d’un pion supplémentaire sur place au Darfour pour nuire encore et toujours plus à Omar El Béchir, soit par des actions armées, soit par des prises d’otages - certaines seront soldées par des assassinats - que l’on imputera hargneusement au régime Soudanais en les brandissant comme des représailles contre la décision de la Cour pénale internationale (CPI) de lancer un mandat d'arrêt international contre le président soudanais.

Mais jusqu’où faudra-t-il que Deby mène le monde en bateau pour que la communauté internationale lui dise ouvertement : halte ?

 

 

Par A.K de Ndjamena-matin

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