quatre colonnes fortes, environ, d'une centaine de véhicules, et renforcées par une cinquième formation au sein de laquelle avait pris place le commandement rebelle direction N'djamena

Publié le par Waldar

Les groupes rebelles de retour au Tchad



D
epuis plusieurs semaines, les rebelles tchadiens faisaient chauffer leurs moteurs sur leurs bases du Soudan, le long de la frontière avec le Tchad, n'attendant plus qu'un ordre pour se mettre en mouvement. Juste avant que la saison des pluies ne fige dans la boue l'immense terrain d'opération sablonneux entre Tchad et Soudan, ces rebelles opposés au président tchadien, Idriss Déby, et soutenus par Khartoum, ont entamé une nouvelle offensive au Tchad. Mercredi 6 mai, environ 400 véhicules tout-terrain chargés d'hommes en armes progressaient dans l'est du Tchad après avoir commencé à s'y infiltrer lundi.

Cette attaque n'est pas une surprise. Depuis plusieurs semaines, l'imminence de l'opération avait été annoncée par des responsables rebelles de l'Union des forces de la résistance (UFR), regroupement des huit principaux mouvements armés tchadiens constitué en janvier après d'âpres discussions.

Alors que la rivalité entre les chefs de ces groupes a sérieusement handicapé leurs coalitions dans le passé, l'UFR est désormais théoriquement unifiée, avec des unités "brassées" et un commandement confié à Timan Erdimi, un parent du président Déby, qui a exercé naguère avec son frère Tom de hautes responsabilités au Tchad.

Un accord de réconciliation de la dernière chance entre le Tchad et le Soudan avait été signé le 3 mai à Doha (Qatar), le quatrième du genre. Il est resté lettre morte comme les textes précédents. Quelques heures plus tard, quatre colonnes fortes, environ, d'une centaine de véhicules, et renforcées par une cinquième formation au sein de laquelle avait pris place le commandement rebelle, avançaient lentement à l'intérieur du Tchad, déployés entre l'est et le sud-est.

A N'Djamena, Mahamat Hissène, le ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, déclarait mardi à la radio nationale : "Alors que l'encre de l'accord de Doha n'a même pas séché, le régime de Khartoum vient de lancer plusieurs colonnes armées contre notre pays". Chaque véhicule, équipé de bidons de 200 litres d'essence, d'armes et de nourriture, peut emporter environ dix hommes.

Depuis que des groupes tchadiens rebelles ont commencé à être soutenus par le Soudan, en 2003, tandis que le Tchad appuyait dans le même temps des rebelles du Darfour, une région du Soudan en proie à des violences, les deux pays ont été au bord de la guerre ouverte sans toutefois passer à des affrontements directs.

ATTAQUES DE L'AVIATION

Les risques de percée des rebelles tchadiens sont réels. Si leurs colonnes ne sont pas clouées au sol par les hélicoptères et les avions tchadiens pilotés par des équipages étrangers, ils pourraient à nouveau atteindre N'Djamena et y porter la guerre. A l'inverse, ils pourraient également déclencher des combats dans des villes sur la route, comme Mongo.

Mais les rebelles soudanais du Darfour, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), soutenu par le Tchad, qui avait lancé en mai 2008 une attaque au Soudan qui l'avait amené jusqu'à Khartoum, menacent de rééditer le rezzou ("razzia"). Ils se sont considérablement renforcés au cours des derniers mois. A N'Djamena comme à Khartoum, on redoute autant une offensive terrestre qu'une éventuelle tentative de coup d'état qui l'accompagnerait.

Dans la soirée, des aéronefs tchadiens auraient, selon plusieurs sources, attaqué les colonnes rebelles dispersées dans la région de Goz-Beïda, l'une des grandes concentrations humanitaires du Tchad avec Abéché. Une mission des Nations unies, la Minurcat, est en cours de déploiement dans l'est du pays. Elle doit succéder à l'Eufor, la force européenne dont le mandat a pris fin en mars.

Jean-Philippe Rémy
le monde

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