Journée de l’Afrique : Un continent malmené

Publié le par Waldar

Le 25 Mai prochain, le continent africain fêtera sa journée. Dans certains pays comme chez nous au Mali, la Journée de l’Afrique est chômée et payée. Dans d’autres, comme chez nos voisins du Sénégal, tout le monde vaque à ses occupations quotidiennes. Mais dans tous les pays africains, c’est un grand moment de discours. Presque cinquante ans après la décolonisation, le contient africain est plus que jamais malmené par des maux de toutes sortes : guerres, famines, épidémies etc. A cela s’ajoutent la mal gouvernance, le recyclage des dictatures et l’étouffement de la démocratie.

Au commencement était ce livre quasi prémonitoire, « L’Afrique noire est mal partie », publié à l’orée des Indépendances. Son auteur, Réné Dumond, avait été qualifié d’oiseau de mauvais augure et quelques excités l’avaient accusé d’être le père fondateur de l’afro-pessimisme. Cinquante ans après, ils seraient très peu nombreux ceux qui oseraient encore jeté la pierre à Réné Dumond. En effet, non seulement il est loisible de se rendre compte que notre contient était mal parti mais on peut se demander pour quelle destination il a pris son ticket. Car malgré les immenses richesses dont la nature a doté le continent africain, tous les maux semblent s’y être donnés rendez-vous : maladies en tous genres qui déciment femmes et enfants (Sida, paludisme etc.) ; guerres et leurs cohortes de morts et de réfugiés ; pauvreté ; sous développement ; corruption endémique ; dictatures indéboulonnables ; démocratie malmenée.

A l’occasion de la fête de l’Afrique, nous dressons un tableau non exhaustif de la situation du continent. Où nous verrons des régimes basés sur la terreur et qui ne jouent même plus à l’hypocrisie (comme le Tchad), où nous verrons des pays dont le gestion constitue une véritable déception (comme le Sénégal), où nous verrons des pays qui constituent la fierté des démocrates (comme le Ghana), où nous verrons la généralisation de ce qui est en passe de devenir un sport sur le continent à savoir le tripatouillage des constitutions (comme au Niger) ; où nous verrons le retour en force des coups d’Etat (comme en Mauritanie).

 Le retour du pouvoir kaki
Ceux qui pensaient qu’avec l’avènement de la démocratie sur le continent africain les coups d’Etat n’allaient plus être de saison ont dû déchanter. Rien que l’année dernière, nous avons enregistré pas moins de quatre coups d’Etats. Il y’a deux qui ont été parfaitement identifiés comme tels : celui de la Mauritanie intervenu en août 2008 contre un régime régulièrement élu à la suite d’élections jugées comme exemplaires par l’ensemble de la communauté internationale ; et celui intervenu en Guinée en décembre à la suite de la mort du président Conté, ce pays étant en passe de se spécialiser dans les coups d’Etat contre les morts Il y a deux autres renversements de régimes plus ou moins inclassables mais qui ont tous les deux abouti aux mêmes conséquences : la fuite du président malgache face à une contestation populaire menée par les opposants et les militaires ; et la tragédie survenue en Guinée Bissau qui a vu l’assassinat en une nuit du président de la République et du chef d’Etat major général des armées. Dans tous ces cas, il est prévu d’organiser des élections qui devraient permettre le retour à une vie constitutionnelle normale ; normale jusqu’à ce que les militaires estiment que la démocratie est en danger.

 Sénégal : Wade, regrets éternels
Quand il accédait au pouvoir en 2000 à la suite d’élections propres, le monde entier avait salué la maturité de la démocratie sénégalaise et plus encore la persévérance d’un homme : Me Abdoulaye Wade. Eternel opposant, l’avocat au crâne dégarni accédait ainsi au pouvoir au nom du Sopi. Ayant une consommation immodérée pour les Premiers ministres, 6 en 9 ans, le président sénégalais s’adonne aussi à un sport qu’il affectionne : couper les têtes qui dépassent. Il a poursuivi de sa vindicte jusqu’en prison son fils spirituel et ancien Premier ministre Idrissa Seck. Macky Sall, son directeur de campagne en 2007, ancien Premier ministre et ancien président de l’Assemblée a également subi l’ire du « vieux ». Il en fut quitte d’une grosse frayeur et d’un raccourcissement de son mandat à la tête de l’Assemblée nationale. Mais c’est certainement sa propension à changer les textes qui a beaucoup dérouté les Sénégalais, y compris parmi ses partisans : il a changé la durée du mandat présidentiel de 7 à 5 ans ; changé le règlement intérieur de l’Assemblée national qui fait de son pays le seul au monde où le président de cette institution est élu pour un an ; changé la Constitution dernière pour créer le poste de vice-président. Sûr que les Sénégalais dans leur immense majorité regrettent aujourd’hui les agissements d’un homme en qui ils avaient cru ; sûr que les regrets qu’ils nourrissent aujourd’hui n’auraient pas été comparables à ceux qu’ils auraient eu si Wade n’avait pas accédé au pouvoir.

 Ghana, Afrique du Sud, le Mali : des valeurs sûres


Lors des dernières présidentielles du Ghana, tous les observateurs ont été agréablement surpris par la maturité de la classe politique de ce pays. Le parti du président sortant, John Kuffor qui a épuisé ses deux mandats constitutionnels, a été battu d’une courte tête (50,2%) par l’opposition et a reconnu sa défaite. Inimaginable sous d’autres cieux pour un parti au pouvoir qui aurait tout entrepris pour rester. Le pays de Kwamé N’Krumah venait de vivre sa deuxième alternance démocratique au sommet de l’Etat.

Un autre pays qui a donné une leçon au reste du continent est sans nul doute l’Afrique du Sud. Nombreux sont les Africains qui se demandent encore comment le président Tabo M’Beki a pu perdre la tête de l’ANC avant d’être poussé à la démission, sans problème. L’élection de Jacob Zuma le 06 mai dernier à la tête du plus puissant pays africain constitue la preuve qu’avec un peu de discipline, la démocratie peut bien prospérer sur le continent.

Il y a des pays qui constituent également des valeurs sûres dans le lent processus de démocratisation du continent. On peut citer le Mali, le Bénin, le Botswana, le Mozambique, le Cap-Vert etc. Malgré quelques difficultés dans la marche, aucun de ces pays n’a enregistré des actes qu’on peut considérer comme reculs.

 Les régimes de la terreur : Tchad, Zimbabwe, Kenya etc.


Depuis que Idriss Déby a chassé du pouvoir Hissein Habré, on peut affirmer qu’il n’a pas connu le repos. Presque tous les ans, il est confronté à des mouvements rebelles qui manquent de le renverser. L’homme s’est endurci et se voit mourir au pouvoir, surtout depuis que le pétrole a jailli du sous-sol de son pays. C’est ainsi qu’il a déverrouillé la Constitution, avec l’objectif, malgré les discours qu’il tient sur la compétition électorale, de s’éterniser au pouvoir et de ne jamais passer la main. Ayant de ce fait bouché la voie à toute alternance pacifique, le président tchadien ne dort plus que d’un œil face aux mouvements rebelles qui ont décidé de le bouter hors de N’Djaména. Deby est également connu pour être un expert dans l’art de casser de l’opposant. Tous ceux qui n’ont pas pu s’exiler sont aujourd’hui six pieds sous terre pour les corps qu’on a pu retrouver ou purement et simplement portés disparus. Cela ne l’émeut guère tant qu’il garde son fauteuil présidentiel.

Au Zimbabwe, Robert Mugabé a montré ce dont il était capable pour conserver un pouvoir qu’il estime lui appartenir. Héros de la lutte de l’indépendance, le vieux Bob refuse de se faire à l’idée qu’avec la démocratie il peut perdre le pouvoir à travers des élections. Les dernières élections générales qu’il a perdues ont exacerbé son instinct meurtrier. Il a fallu trouver des mécanismes tortueux pour qu’il accepte de lâcher un peu de lest : permettre à l’opposition de diriger un gouvernement qu’elle ne contrôle pas ; interdiction de lorgner du côté de son fauteuil.

Au Kenya également, on ne lâche pas le pouvoir sur un coup…d’élections. Même battu à plate couture, le pouvoir a préféré organisé une vraie chasse à l’opposant avec des centaines de morts et des centaines de milliers de réfugiés.

 Le tripatouillage constitutionnel : le nouveau sport tentant.
L’avènement de la démocratie sur le continent au début de la décennie 90 avait rencontré un immense enthousiasme populaire. Et comme il s’est souvent avec violences dans certains pays, les vieux présidents accrochés au pouvoir depuis des lustres ont trouvé la parade : consentir à ouvrir l’espace politique et associatif histoire de soulever légèrement le couvercle. Mais ils ont tôt fait de reprendre la main. C’est ainsi qu’ils sont en train de revenir sur tout ce qu’ils avaient accepté volontairement au moment où la rue grondait notamment la limitation des mandats présidentiels. Sur tout le continent africain, les présidents en place oeuvrent pour ne jamais abandonner la place. Il y a eu le Gabon, le Cameroun, le Tchad, le Burkina Faso, l’Algérie etc. L’actualité sur ce sujet est dominé aujourd’hui par le cas du Niger. Le désenchantement ambiant permet aux présidents de tenter les coups les osés. Un manifestant tué ou un opposant emprisonné ne constitue pas des éléments qui peuvent les empêcher d’aller au bout de la tentation.

 La résistance des dinosaures : Bongo, Biya, Moubarak etc.


A part l’Asie où on compte un seul pays, la Corée du Nord, dirigé par un président à vie, il faut venir en Afrique pour rencontrer ces animaux politiques d’un autre âge. Véritables dinosaures, ils ont résisté à toutes les bourrasques : les émeutes, les tentatives de coup d’Etat et même la démocratie. Parmi eux, il y a quelques beaux spécimens : Omar Bongo Ondingba avec ses 42 ans au pouvoir ; Robert Mugabé avec ses 29 ans ; Paul Biya avec ses 25 ans de pouvoir sans partage ; Hosni Moubarak avec ses 22 ans, sans oublier le tunisien Ben Ali ou encore l’algérien Bouteflika qui rôde dans les allées du pouvoir depuis l’indépendance de son pays.

 On ne peut terminer ce tableau sans parler de la Côte d’Ivoire. Depuis la mort du vieux Houphouët Boigny, notre voisin du sud n’a pas connu la paix. Le pouvoir contesté de son successeur Bédié a vite été renversé par les militaires conduits par Robert Gueï. Celui qui s’était présenté comme étant le balayeur de la maison a été balayé par la rue suite à des élections cahoteuses qui devaient lui permettre de rester au pouvoir. Laurent Gbagbo qui est au pouvoir est en bute depuis 2002 à une crise politico-militaire qui a mis le pays sens dessous-dessous. Après plusieurs médiations de sortie de crise, c’est le président Blaise Compaoré qui a semble-t-il trouvé la bonne clé pour débloquer une situation qui a fini de mettre le pays par terre. Et si tout va bien, à la fin de cette année, il y aura des élections générales qui verront la participation de tous les acteurs politiques qui le souhaitent.

Elhadj Tiégoum Boubèye Maïga

maliweb

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