Sida : des erreurs de diagnostic par milliers en Afrique

Publié le par Waldar

Sida : des erreurs de diagnostic par milliers

Au Kenya et en Ouganda, une étude met en doute la fiabilité de nombreux tests de dépistage du VIH.

courrierinternational: Des centaines, voire des milliers de Kenyans et d’Ougandais ont probablement été déclarés à tort porteurs du virus du sida à cause de tests de dépistage erronés car trop rapidement réalisés. Ceux-ci s’effectuent en quinze minutes dans des centres de dépistage volontaire. Telles sont les conclusions inquiétantes d’une étude concernant 6 255 personnes en Ouganda et au Kenya.

Cette étude, dont les conclusions ont été publiées dans un récent numéro de l’East African Medical Journal, a évalué trois examens de dépistage du VIH : le Determine des laboratoires Abbott, ainsi que l’Uni-Gold et le Capillus, tous deux de l’irlandais Trinity Biotech. L’équipe de chercheurs à l’origine de l’étude était dirigée par un éminent spécialiste kényan du sida, le Pr Omu Anzala, et comptait des experts du Virus Research Institute en Ouganda, du Joint Clinical Research Centre de Kampala, de la Kenya Aids Vaccine Initiative (Kavi) et de l’International Aids Vaccine Initiative (IAVI).

Ces tests peu coûteux sont très utilisés dans les pays pauvres. Chaque dépistage revient à environ 1 dollar [0,74 euro], contre près de 40 dollars lorsqu’on utilise le test PCR (ou ACP, amplification en chaîne par polymérisation), considéré comme le fleuron du dépistage. Le risque de mauvais diagnostic du VIH avec ces tests rapides est d’autant plus grand que l’examen n’est effectué qu’une fois, sans examen de contrôle. Or cette pratique serait extrêmement répandue, en particulier dans les centres de dépistage hors établissements médicaux, qui sont souvent gérés par du personnel non médical.

Menée sur des hommes âgés de 18 à 60 ans originaires de villages et bidonvilles d’Ouganda et du Kenya, l’étude ougando-kényane confirme que ces tests rapides posent de sérieux problèmes de qualité et de fiabilité. A Masaka, en Ouganda, lorsqu’il était utilisé seul, le test Determine n’a permis d’identifier que 45,7 % des ­séropositifs. Quand les 6 255 personnes ont subi deux tests différents, 131 d’entre elles ont présenté des “résultats contradictoires”, l’un les déclarant séropositives, l’autre séronégatives.

Les autorités ne souhaitent pas interdire ces examens

Selon Peter Cherutich, directeur adjoint des services médicaux du ministère de la Santé en charge de la prévention du VIH au NASCOP, le Conseil kényan de surveillance du sida, environ 2 à 2,5 millions de Kényans se rendent dans des centres de dépistage volontaire chaque année. Tout en reconnaissant les défauts de ces tests rapides, le Dr Cherutich est formel : ces méthodes de dépistage sont les plus adéquates pour un pays comme le Kenya. “Les tests rapides sont bon marché, faciles à réaliser et n’ont pas besoin de conditionnement particulier, notamment de réfrigération, insiste Peter Cherutich. Dans notre contexte, où le VIH-sida est une urgence nationale, nous devons choisir la méthode de dépistage qui est à la fois la plus rentable, la plus efficace et la plus facile à déployer sur tout le territoire national.”

Pourtant, en raison de leur manque de fiabilité, les tests rapides ne sont plus utilisés dans les pays occidentaux. Mais “ils ont donné à la lutte contre le sida un coup d’accélérateur, continue le Dr Cherutich. Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre des tests PCR pour tout le monde.” Le Pr Omu Anzala et son équipe acquiescent, mais seulement à une condition : que les tests rapides soient toujours complétés par un examen de contrôle avant de déclarer quiconque séronégatif ou séro­positif. Le Conseil national kényan de surveillance du sida estime à 1,3 mil­­lion le nombre de Kényans séropositifs. Dans toute l’Afrique de l’Est, ­environ 5 millions de personnes seraient porteuses du virus. ­Nom­bre d’entre elles ont été dé­pistées dans des centres de dépistage volontaire.

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