Bongo "a bien servi la France mais n'avait pas le souci de ses citoyens"

Publié le par Waldar

C'est l'avis d'Eva Joly, ancienne juge et nouvelle députée européenne verte... A l'annonce de la mort du président gabonais, les hommages à "l'ami de la France" côtoient en effet les évocations d'un passé moins reluisant et des soupçons de corruption et de clientélisme.

Le président Nicolas Sarkozy a exprimé lundi "beaucoup de tristesse et d'émotion" après l'annonce du décès du président gabonais Omar Bongo, assurant que la France était "dans cette épreuve aux côtés du Gabon, de ses institutions et de son peuple". 

"C'est un grand et fidèle ami de la France qui nous a quittés, une haute figure de l'Afrique et un chef d'Etat qui avait su gagner l'estime et le respect de l'ensemble de ses pairs, notamment par ses nombreuses initiatives en faveur de la paix sur le continent africain", déclare un communiqué de l'Elysée. 

Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a affirmé lundi que la France "perd un ami". "Je déplore également une perte pour l'Afrique, continent où M. Bongo Ondimba, unanimement respecté par ses pairs, avait oeuvré avec détermination et courage à la paix et la stabilité", indique un communiqué.

L'ancien président de la République Jacques Chirac et son épouse Bernadette ont salué lundi la mémoire du président Bongo, qui "aura réussi à s'imposer comme un sage" contribuant "à la paix et à la stabilité de l'ensemble du continent" africain.

Le président français Jacques Chirac et son homologue gabonais, le 15 février 2007 à Cannes, lors d'un sommet franco-africain.

REUTERS/Pool/Files

Le président français Jacques Chirac et son homologue gabonais, le 15 février 2007 à Cannes, lors d'un sommet franco-africain.

"A la tête de la République du Gabon, Omar Bongo n'aura eu de cesse pendant plus de quarante ans d'oeuvrer au développement économique et social de son pays, comme de l'Afrique entière", selon un communiqué des époux Chirac.

Le secrétaire d'Etat à la Coopération, Alain Joyandet, a affirmé lundi qu'Omar Bongo était un "ami fidèle de la France" qui "a joué un rôle très important en Afrique".

"Il a été de tous les conflits en tant que médiateur, très souvent à la demande de la France, à la demande de l'Europe, en Centrafrique, au Congo Brazzaville, au Tchad. C'était quelqu'un de très écouté en Afrique", a-t-il dit dans une déclaration à l'AFP.


En revanche, pour Eva Joly, nouvelle députée européenne verte, "c'était un président qui n'avait pas le souci de ses citoyens. Il a bien servi les intérêts de la France et des hommes politiques français".

"La manne pétrolière n'a pas profité" aux Gabonais, a estimé l'ancienne juge française. Le Gabon, a-t-elle dénoncé, "c'est un PIB égal au Portugal" qui "construit cinq kilomètres de routes par an" et qui a "le taux de mortalité infantile parmi les plus élevés au monde".

"La France a une grande dette envers le Gabon pour avoir maintenu au pouvoir pendant toutes ces années M. Bongo", a ajouté l'ancienne magistrate, qui a instruit la tentaculaire affaire Elf et ses ramifications gabonaises.

Le député vert Noël Mamère a affirmé pour sa part qu'"on ne va pas pleurer sur une crapule de plus qui disparaît de la planète". Tous ceux qui sont attachés à la démocratie ne pleureront pas la mort du président Bongo", a-t-il ajouté sur France Inter.

Selon lui, Omar Bongo "était le symbole de tout ce que nous dénonçons depuis 30 ans, c'est-à-dire la Françafrique, ces relations incestueuses, mafieuses entre quelques gouvernements africains et la France, de gauche comme de droite d'ailleurs". Avec lui, "c'est un pan de l'histoire de la Françafrique qui s'effondre".

l'express

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