Bongo :“ Cet homme m’a sauvé plusieurs fois des griffes d’Idriss Déby."

Publié le par Waldar

Omar Bongo, ou l’art de diviser pour mieux régner

Le messager:Pour s’imposer parmi ses pairs, le défunt président gabonais n’a pas souvent hésité à déstabiliser leur pouvoir politique pour après, jouer les médiateurs.

“ Cet homme m’a sauvé plusieurs fois des griffes d’Idris Déby. Je souhaite qu’il soit rapidement rétabli pour me permettre d’aller le remercier, cette fois-ci, de vive voix ”. Malheureusement, le vœu de l’opposant tchadien Ngarlejy Yorongar, émis dans les colonnes du Messager no 2874 du 12 juin 2009, ne se réalisera pas. Son mentor, Omar Bongo, souffrant au moment de cet entretien, ne s’est pas relevé de la maladie qui le rongeait et le tenait cloué dans une clinique barcelonaise depuis mai dernier. Mais cette anecdote trahit le jeu parfois trouble que le défunt président gabonais a souvent joué, hors des frontières du Gabon, dans d’autres pays. Au-delà de l’image policée de “ médiateur et de faiseur de paix ” (dixit Le Monde du 10 juin 2009), Omar Bongo Ondimba, s’avère être un véritable déstabilisateur de régimes africains au service d’intérêts français. En tout cas, son rôle reste ambigu dans plusieurs pays de la sous-région.
Ainsi en est-il de la Centrafrique. “ C’est grâce à cet homme si la paix revient peu à peu en République centrafricaine et en Afrique centrale. Si le Dialogue politique inclusif se tient aujourd’hui, c’est en majorité grâce au président Bongo. Le président François Bozize a beaucoup de respect pour lui. Et tous, nous sommes heureux d’avoir un homme d’une telle dimension en Afrique centrale ”, se réjouissait le 8 décembre 2008, Cyriaque Ghonda, ministre centrafricain chargé de la Communication et du dialogue politique inclusif. Acteur majeur de cette large concertation nationale visant à panser les plaies de la division, Omar Bongo n’en est pas moins celui qui a manœuvré en coulisses pour la chute du régime d’Ange Félix Patassé (démocratiquement élu) et l’avènement de François Bozizé au pouvoir en Centrafrique.

Le pyromane qui joue au sapeur-pompier ?
Craint et respecté, Omar Bongo Ondimba apparaît en effet comme un faiseur de roi. Au Congo-Brazza, il n’hésite pas à voler au secours de son ami et beau-frère, Denis Sassou Nguesso, qu’il aide à retrouver le fauteuil présidentiel que lui avait démocratiquement enlevé Pascal Lissouba, sacrifié au nom des intérêts supérieurs de la Françafrique. Ici encore le “ sage ” de Libreville viendra jouer les exorcistes pour chasser les démons de la guerre civile qui déchire le pays après ce coup de force. Le pyromane qui joue au sapeur-pompier ? “ je pense que dans la gestion de ces situations, il agissait comme agent relais des intérêts politico-économiques de la France. Il s’agit en fait d’un réalisme politique cynique où il tire avantage de ses propres turpitudes en laissant croire qu’il lutte pour la bonne cause ” ; répond le professeur Eric Mathias Owona Nguini.
Une chose est sûre. Omar Bongo a su imposer sa personnalité dans la résolution des crises sur le continent noir. Avec des succès mitigés ou des intentions plus ou moins avouables, mais toujours enveloppées de voiles de suspicion, on l’a vu, en dehors du Congo-Brazza et de la Centrafrique, son bâton de pèlerin à la main, aller prêcher l’amour et la réconciliation au Tchad, au Zaïre (qui deviendra plus tard République démocratique du Congo après le départ forcé de Mobutu) ou en Côte d’Ivoire…

Déstabilisateur…
Son rôle de déstabilisateur de régimes africains, Omar Bongo l’a pris au sérieux très tôt, en fait au lendemain de son accession à la magistrature suprême. En 1967, le Gabon sert ainsi de base arrière militaire à la France (qui aide les sécessionnistes) lors de la guerre du Biafra qui fera près de deux millions de morts. “ Chaque nuit, des pilotes mercenaires transportent de Libreville au Biafra une vingtaine de tonnes d'armes et de munitions de fabrication française et allemande. De bonne source, on précise que ces envois sont effectués via Abidjan, en Côte d'Ivoire [...]. Les avions sont pilotés par des équipages français et l'entretien est aussi assuré par des Français ”, rapporte une dépêche d'Associated Press le 16 octobre 1967. “ Pour diversifier les sources d'approvisionnement et intensifier les livraisons, les deux piliers africains du soutien au Biafra, les présidents gabonais et ivoirien Bongo et Houphouët-Boigny, organisent "une coopération secrète avec la France, l'Afrique du Sud, le Portugal [encore en pleine guerre coloniale] et la Rhodésie, pour l'envoi de matériel de guerre au Biafra ”, écrit pour sa part Le Nouvel Observateur du 19 janvier 1970).
De même, le régime d’Omar Bongo participe en 1976 à une opération de déstabilisation du pouvoir béninois tenu par Mathieu Kérékou dont la France et ses alliés ne supportent pas le parti pris pour le marxisme. Plus que tout, Omar Bongo s’avèrera donc être l’un des bras séculiers de la France sur le continent noir. Il n’a en effet cessé, durant ses quarante-deux années de règne, de jouer ses chevaliers servants, avec un zèle obséquieux, prêt à déjouer toutes les “ tentatives de subversion ”. Un pan sombre de sa vie si souvent ignoré ou occulté. Sans doute par convenance.
 

Par Frédéric BOUNGOU

Commenter cet article