La République « Dynastique » ou la dernière perversion de la démocratie en Afrique

Publié le par Waldar

Depuis son avènement la démocratie en Afrique a connu, tantôt des avancées, tantôt des régressions, dont les dernières, en date, sont celles qui se produisent actuellement, à savoir, d’une part la modification des constitutions afin que des détenteurs du pouvoir s’y éternisent, d’autre part l’accession « démocratiquement » à celui-ci de leurs fils, donnant ainsi naissance, en quelque sorte, à des Républiques « dynastiques ».Clairement, le peuple en appelle à la classe politique, nous voulons un programme clair et surtout, surtout, nous sommes une démocratie et entendons le rester.

 

De son avènement en 1945 à nos jours, la démocratie  en Afrique a connu, tantôt des avancées, tantôt des régressions,  dont les dernières, en date, sont celles qui se produisent  actuellement, à savoir, d’une part la modification des constitutions afin que des détenteurs du pouvoir s’y éternisent, d’autre part l’accession « démocratiquement » à celui-ci de leurs fils, donnant ainsi naissance, en quelque sorte, à des Républiques « dynastiques ».

 

I – Les anciens combattants et l’avènement de la démocratie en Afrique noire.

Les Camerounais ne le savent pas suffisamment, les anciens combattants de la guerre de 1939-1945, ont été à l’origine des bouleversements politiques qu’a connus le continent africain dès 1944 (nous parlons ici des colonies françaises, du Togo et du Cameroun). En effet, ceux-ci ont vu mourir, à leurs côtés, de manière pas toujours glorieuse, les demi-Dieux qu’étaient, jusqu’à lors, les Blancs, se sont mêlés à eux, ont connu ensemble la peur, la faim, le découragement, la traîtrise, etc. Le gouvernement français a ainsi rapidement compris qu’une fois ces soldats « indigènes » démobilisés, c’est-à-dire rendus à la vie civile, ceux-ci allaient se mettre à contaminer le reste de leurs congénères, à leur inoculer la fin de la soumission aux Blancs, en un mot, à semer la révolte auprès des leurs, si les conditions de domination des « indigènes » n’étaient pas revues.

 

Charles de Gaulle, alors en dissidence avec le gouvernement légal de la France, avait installé le sien à Brazzaville, capitale de l’Afrique Equatoriale Française et du Cameroun, AEF, et qui dirigeait les fameuses Forces Françaises Libres, FFL, avait alors eu l’idée d’organiser des journées de concertation entre administrateurs français des colonies, au sujet du devenir des populations des territoires sous domination française en Afrique noire. Du 30 janvier au 8 février 1944, s’était ainsi tenue la fameuse « Conférence de Brazzaville », à l’issue de laquelle il avait été décidé de revoir, en l’assouplissant, la domination que la France exerçait sur les « indigènes » d’Afrique. Six mois plus tard, à savoir le 07 août 1944, René Pleven, ministre des colonies de Charles de Gaulle, en application aux résolutions de Brazzaville, signait un décret introduisant le droit syndical en Afrique noire. A partir de cette date, les « indigènes » que nous étions, étaient désormais autorisés à créer des syndicats, à réclamer de meilleures conditions de travail, à organiser des grèves, etc. C’était l’avènement de la démocratie en Afrique noire, au Togo et au Cameroun.

 

II – Le tout premier scrutin de l’Afrique sous domination française : 21 octobre 1945.

Peu de temps après, à savoir le 21 octobre 1945, s’est déroulé le tout premier scrutin de l’histoire de l’Afrique noire, du Togo et du Cameroun, sous domination française. Il s’est agi d’élire les députés de l’Assemblée constituante française chargée de rédiger une nouvelle constitution pour la France. Au Cameroun, les deux élus ont été, Louis-Paul Aujoulat, pour les Blancs, et Alexandre Douala Manga Bell, pour les « indigènes ». Ce dernier avait battu Fouda André, autre candidat « indigène », inamovible maire de Yaoundé par la suite, lors de ce scrutin. Avaient été également élus, en Afrique de l’Ouest, Félix Houphouët-Boigny, pour la Côte d’Ivoire, et Lamine Gueye pour le Sénégal. Tous deux joueront un rôle essentiel pour l’émancipation des « indigènes » dans les colonies françaises d’Afrique noire. Le 11 avril 1946, Félix Houphouët-Boigny a déposé une proposition de loi finalement adoptée par l’Assemblée nationale française à Paris, abolissant le travail forcé, les corvées de portage, en un mot, le régime de l’indigénat en Afrique noire, véritable calamité pour les populations africaines jusque-là.

 

Un mois plus tard, à savoir le 7 mai 1946, c’est au tour de Lamine Gueye de déposer une autre proposition de loi également adoptée, octroyant la citoyenneté française aux « indigènes » d’Afrique noire. A la faveur de ces deux lois et du décret de René Pleven, la démocratie a été véritablement instaurée en Afrique noire sous domination française, au Togo et au Cameroun.

 

III – Les 15 années de véritable démocratie en Afrique noire, de 1945 aux indépendances
       en 1960.

Pendant quinze petites années, à savoir de 1945 à 1960, l’Afrique noire, ironie du sort, aura connu, sous domination française, une authentique démocratie, dont ce qu’elle vit, actuellement, n’est à peine qu’une pâle copie, une vague ressemblance. En d’autres termes, les peuples africains ont vécu, sous les Français qui les maintenaient en servitude, un âge d’or de la démocratie qu’ils ne parviennent toujours pas, actuellement, à retrouver. D’abord, les hommes politiques de toute cette période, quoique disposant de peu de diplômes universitaires comme ceux d’aujourd’hui, étaient, de par le fait qu’ils se frottaient aux hommes politiques français tant au Parlement à Paris que dans les assemblées territoriales localement, infiniment plus compétents, politiquement, et plus performants, que ceux d’aujourd’hui. Il n’est que de lire les documents que rédigeaient ces titulaires parfois du CEPE, uniquement, et les comparer à ceux, par exemple, des diplômés de l’ENAM qui siègent à Ngoa-Ekele à ce jour. Il n’y a pas match. Pour tout dire, le Cameroun a régressé politiquement. Les André-Marie Mbida, Paul Soppo Priso, Okala Charles, Marcel Eyidi Bebey, Charles Assale, Daniel Kemajou, Ruben Um Nyobè, Ouandié Ernest, Abel Kingué, Félix Roland Moumié, Germain Tsala Mekongo, Richard Manga Mado, Blaise Manga Bilé, Pierre Ninekan, Pierre Kotouo, Gaston Medou, Paul Amougou Nguélé, Mahondé, etc, dépassent de très très très loin, politiquement, la quasi-totalité des députés actuels du Cameroun.

 


Ensuite, l’Afrique était soumise à des régimes parlementaires à partir de 1957, à travers lesquels la population contrôlait, véritablement, les gouvernements. C’est ainsi que, par exemple, le projet de statut du Cameroun déposé par le Haut-commissaire Pierre Messmer à l’Assemblée Territoriale du Cameroun, ATCMA, au début du mois de janvier 1957, avait connu, très exactement, soixante (60) amendements, de la part des élus du scrutin du 23 décembre 1956. Si comparaison était raison, il faudrait rappeler le projet de modification de la constitution de Paul Biya pour s’éterniser au pouvoir n’a connu aucun, nous insistons sur AUCUN amendement de la part des députés camerounais. 60 amendements, en 1957, de la part d’individus détenteurs de CEPE, 0, en 2008, de la part de diplômés de l’ENAM.
Enfin, le débat d’idées était effectif, à la différence de la politique des motions de soutien au Cameroun à ce jour. Il n’est que de lire le journal des débats parlementaires des années 50, et celui des débats d’aujourd’hui, pour s’en convaincre.

 

IV – Les indépendances en 1960 et la fin de la démocratie en Afrique.

Mais, cet âge d’or de la démocratie, finalement, n’était pas du tout du goût de Paris. La raison ? Ces « indigènes » formés à l’école du parlementarisme français, leur posaient d’insolubles problèmes, dont le plus grand a été la manière dont un grand nombre d’entre eux sont parvenus à acculer la France, à l’obliger à accorder, contre son gré, l’indépendance aux pays africains. Tout ce qu’il était resté à la France à faire n’était que de vider cette indépendance de son contenu, par des accords de « coopération », véritables traités inégaux, avec ses protégés et obligés hissés au pouvoir un peu partout en Afrique noire. Dans le cas du Cameroun, ceux-ci ont été signés avec Ahmadou Ahidjo le 31 décembre 1958, condition pour que ce dernier soit maintenu au pouvoir jusqu’à la proclamation de l’indépendance le 1er janvier 1960, et au-delà. C’était ça, ou un limogeage en bonne et due forme comme André-Marie Mbida venait d’en être victime, dix mois auparavant, à savoir le 11 février 1958. A travers ces fameux « accords de coopération », Ahmadou Ahidjo avait cédé, à la France, le pétrole camerounais découvert en 1954 à Logbaba, dans la banlieue de Douala.

 

C’est ce qui explique le fait que Ahmadou Ahidjo se soit mis à chanter aux Camerounais, pendant plus de dix ans – 1960-1970 - que leur pays n’avait pas de pétrole, et, lorsque la France a, enfin, décidé d’entamer son exploitation, il a déclaré aux Camerounais que le produit de la vente de ce pétrole était placé dans un compte « hors budget ».  Au lendemain de la proclamation de l’indépendance au Cameroun (le 1er janvier 1960), au Togo (27 avril 1960) et dans ses anciennes colonies d’Afrique (tout au long du mois d’août 1960), le gouvernement français s’est retrouvé confronté à la fronde de l’élite africaine de l’époque qui dénonçait énergiquement la tromperie des « indépendances » vidées de leur contenu à travers les accords de « coopération » signés avant l’indépendance, autrement dit, entre un gouvernement suzerain, celui de Paris, et des gouvernements vassaux, ceux d’Afrique. Pour y mettre fin, Paris a alors ordonné à ses protégés africains au pouvoir de fermer la bouche à tous ces contestataires en abolissant, purement et simplement, la démocratie en Afrique noire, et en instaurant des dictatures sanglantes au besoin - tel avait été le cas pour le Cameroun – pendant que la police française se chargerait de traquer les exilés politiques africains sur le sol français. C’est ainsi que, tandis que les exilés politiques russes, polonais, tchèques, roumains, grecs, portugais, espagnols, chiliens, argentins, brésiliens, péruviens, etc, étaient chouchoutés en France, ceux d’Afrique étaient persécutés de manière impitoyable par les autorités françaises. Les dirigeants africains, pour leur part (probablement aidés par les « conseillers techniques » français si nombreux dans les ministères au début de l’indépendance faute, par la France, de n’avoir pas formé de cadres africains), ont inventé les  théories les plus alambiquées, dont celle de « l’unité nationale » pour développer le pays, sous-entendu, une multitude de partis politiques, de syndicats, de journaux, etc, constituaient une entrave grave au progrès de la nation. L’Afrique noire, de cette manière, a sombré, pendant près de trente années – 1960 environ à 1990 – dans la terrible nuit de la dictature et de la terreur policière, afin que les Africains ne puissent pas remettre en cause le maintien de l’exploitation économique de leurs pays par la France, malgré la proclamation de l’indépendance, c’est-à-dire, la fin de la colonisation. 

 

V – La résistance des peuples africains à la dictature.

Pendant ces trente années, les Africains, loin s’en faut, n’ont guère abandonné la lutte pour leur liberté, et pour l’amélioration de leurs conditions de vie. Dans tous les pays, ils ont véritablement donné du fil à retordre à leurs dirigeants : tracts, grèves sauvages, émeutes spontanées, dénonciations diverses, maquis, etc Chez nous, au Cameroun, Ahmadou Ahidjo n’a guère connu de répit. Du début de sa dictature à son départ du pouvoir, il n’a eu de cesse de pourchasser les Camerounais qui ne se résignaient nullement à accepter son pacte antipatriotique du 31 décembre 1958 avec la France et joliment dénommé « accords de coopération franco-camerounais ». Paul Biya en lui succédant, est venu trouver cette situation. Au Sénégal, au Mali, au Dahomey (Bénin), en Haute-Volta (Burkina Faso), en Côte d’Ivoire, au Togo, partout, c’était la même contestation qui régnait et qui ne s’estompait pas, malgré les arrestations, les massacres de populations, etc.

 

 

VI – La pluralité de candidatures au sein du parti unique ou le genoux à terre des dictateurs
        africains.

Au regard de cette situation, Félix Houphouët-Boigny, en Côte d’Ivoire, a eu, le premier, l’idée d’apporter une réponse autre que policière à cette contestation. Le problème étant politique, et la voie de la répression qui durait depuis 1960 ayant manifestement échoué, il ne restait plus qu’à trouver une solution politique. C’est ainsi que lui est venue l’idée d’introduire des primaires au sein du parti unique, autrement dit, la pluralité de candidatures au sein du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire, PDCI. Ceci se passe au tout début des années 1980. Lorsque Paul Biya est désigné président de la République le 04 novembre 1982 par Ahmadou Ahidjo, la solution d’Houphouët-Boigny, en Côte d’Ivoire, lui semble être une bonne solution à importer au Cameroun. Lors de sa première visite à Paris au mois de février 1983, il déclare au sortir de son entretien avec François Mitterrand, sur le perron de l’Elysée que « c’est au sein de l’UNC, c’est-à-dire du parti unique, que doivent se manifester les courants de pensée ». Pendant le  mois d’avril et le mois de mai 1983, il se heurte, ainsi, à Ahmadou Ahidjo pour qui, organiser des primaires au sein du parti unique n’était rien d’autre qu’une hérésie. Mais, dans le même temps, il est totalement opposé à l’instauration d’une véritable démocratie au Cameroun. Celle-ci lui fait peur. Il y voit, en ce temps-là, une menace grave pour son pouvoir. Devant la forte pression qu’exercent sur lui les Camerounais au sujet de l’instauration du multipartisme ou, à défaut, de créer un autre parti politique à la place de l’UNC vomi par la population, il trouve l’astuce qui consistera à changer de dénomination à l’UNC. Il le fait lors du congrès de Bamenda, au mois de mars 1985. L’UNC devient le RDPC, Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais, ainsi que le stipulent les statuts du RDPC en leur article 1. Il ne crée donc pas de parti politique, il ne se contente que de rebaptiser celui qu’Ahmadou Ahidjo avait créé à Garoua le 1er mai 1958.

 

VII – 20 juin 1990 : François Mitterrand ou le retour de la démocratie en Afrique.

1990. Lors du sommet France-Afrique de La Baule, en France, François Mitterrand, pour des raisons qui lui sont propres, somme les chefs d’Etats de l’Afrique francophone de ramener la démocratie dans leurs pays respectifs. Paul Biya, ne se fait pas prier. Il organise, aussitôt, un congrès du Rdpc. En clôture de celui-ci, il se lance, en guise de réponse/justification à François Mitterrand, dans sa fameuse tirade : « la démocratie c’est la séparation des pouvoirs : en sommes-nous si éloignés ? la démocratie, c’est la liberté de la presse : en sommes-nous si éloignés ? », etc. Puis de conclure : « attendez-vous à une éventuelle concurrence ». Dans la foulée, au Cameroun, des lois instaurant la démocratie sont votées au mois de décembre 1990. Au lendemain de la St Sylvestre, la démocratie est enfin de retour au Cameroun, tout comme dans la quasi-totalité des anciennes colonies françaises d’Afrique noire. Les persécutions politiques prennent fin, tant dans les pays africains, que sur le sol français. Mais, pour être juste, il importe de signaler que celles-ci avaient considérablement diminué, en France, avec l’élection de François Mitterrand le 10 mai 1981 comme président de la République. Lorsque François Mitterrand somme les chefs d’Etats africains de ramener la démocratie dans leurs pays respectifs, un homme politique français, Jacques Chirac, apporte son soutien à ces derniers. Il déclare, sans état d’âme, que « la démocratie est un luxe en Afrique noire, c’est plutôt de développement dont ont besoin les peuples africains ».

 

VIII – Mai 1995 : Jacques Chirac ou la nouvelle marche arrière de la démocratie en Afrique.

En 1995, ce Jacques Chirac est élu président de la République française. Les chefs d’Etats africains poussent, unanimement, un immense OUF ! de soulagement. Un anti-démocrate pur et dur pour l’Afrique est de retour à l’Elysée. C’est une ère nouvelle qui s’ouvre à eux. Ils vont l’exploiter au maximum. En 1996, tout juste une année après l’arrivée au pouvoir de Jacques Chirac, Paul Biya prolonge la durée du mandat présidentiel, le fait passer de cinq (5) à sept (7) ans. Ceci lui permet de gagner quatre années supplémentaires, en organisant deux élections, là où il en fallait trois. 2 X 7 = 14, au lieu de 3 X 5 = 15. Autrement dit, en deux scrutins, il obtient un bonus d’un mandat supplémentaire. Les thuriféraires du Rdpc applaudissent chaudement. Hors du Cameroun, les homologues de Paul Biya ne sont pas en reste. Idriss Deby Itno, le voisin du Tchad, au pouvoir depuis 1990, fait adopter une constitution limitant le nombre de mandats présidentiels auxquels  peut postuler un individu à deux (2). Il est élu, pour la première fois, en 1996. Il est réélu, pour la seconde fois, en 2001.

 

IX – Juillet 2003 : Omar Bongo ou l’inauguration des modifications constitutionnelles dans le but de s’éterniser au pouvoir.

Mitterrand ne trônant plus à l’Elysée, c’est l’occasion de rappeler que, quand on aime, on ne compte pas. Au mois de juillet 2003, Omar Bongo inaugure la politique néfaste pour l’Afrique de la suppression du verrou de la limitation du nombre de mandats présidentiels auxquels peut prétendre un individu. Moins d’une année plus tard, à savoir le 26 mai 2004, Idriss Deby Itno lui emboîte allègrement le pas. Cette idée lumineuse pour les chefs d’Etats africains, avec la bénédiction de Jacques Chirac, va faire tache d’huile. Au Cameroun, Paul Biya lui emboîte le pas en 2008. Abdelaziz Bouteflika a suivi, cette année-ci, et, actuellement, c’est au tour de Mamadou Tanja de s’y mettre. Au Sénégal, Abdoulaye Wade a déjà tenté, à plusieurs reprises, de manipuler la constitution pour prolonger son séjour à la tête de l’Etat. Il n’a toutefois pas encore eu le courage d’introduire, franchement, au Parlement, un projet de révision constitutionnelle dans ce sens. Peut-être est-ce dû au fait qu’il réfléchit sur la manière de céder le pouvoir à son fils, Etienne Eyadéma, au Togo voisin, y étant parvenu…

 

X – Félix Houphouët-Boigny et l’inauguration du pouvoir dynastique en Afrique noire.

En fait, cette idée de se faire succéder au pouvoir par son fils lorsqu’on est président de la République avait commencé avec Félix Houphouët Boigny. Aimé Henri Konan Bédié, ce que peu de Camerounais savent, est, en fait, un fils adultérin du premier président ivoirien. Celui-ci, dès la sortie de l’université, a été pris en charge, politiquement, par son père. Ambassadeur aux Etats Unis 1961-1966, ministre des finances, 1966-1977, président de l’Assemblée nationale, 1980-1993, et enfin président de la République. L’expérience de Konan Bédié s’étant soldée par un succès, il ne restait plus aux autres chefs d’Etats africains qu’à s’en inspirer. Le premier à lui emboîter le pas a été, tout naturellement, Gnassingbé Eyadema. Au mois de décembre 2002, se sentant gravement malade, il procède à un amendement de la constitution du Togo afin d’abaisser l’âge minimum requis pour être élu président de la République. Initialement fixé à 45 ans, il le ramène à 35 ans, l’âge de son fils, Faure, à l’époque, qu’il a déjà fait ministre. La suite, on la connaît. Le second chef d’Etat qui désire emboîter le pas à Félix Houphouët-Boigny a été Omar Bongo du Gabon. Très tôt, il a nommé son fils Ali au gouvernement, malgré la loi gabonaise qui limite l’âge minimum pour être nommé ministre à 40 ans. Ali n’en a que 32. Il le désigne, par la suite, vic-président du PDG, Parti Démocratique du Gabon. A ce jour, il est engagé dans la course au pouvoir pour succéder à son père. Au Sénégal, Abdoulaye Wade a, également, déjà engagé les manœuvres pour se faire succéder par son fils Karim. A n’en pas douter, d’autres chefs d’Etats suivent, avec le plus vif intérêts, ces différents cas…

 

XI – La nouvelle résistance des peuples africains face à la forme nouvelle de dictature.

Tout comme les peuples africains ont résisté, avec succès, à la dictature pendant plus de trente ans, 1960-1990, ils sont de nouveau en train d’opposer une forte résistance, d’une part au désir des chefs d’Etats africains de s’éterniser au pouvoir en se servant des constituions de leurs pays pour cela, d’autre part, à celui de se faire succéder par leurs enfants. En Côte d’Ivoire, le rejet de la combine sordide de Félix Houphouët-Boigny s’est soldée par un coup d’Etat qui a emporté le régime d’Henri Konan Bédié en 1999. Au Togo, pour que Faure Eyadéma puisse conserver le pouvoir, il a dû faire parler la poudre à canon. Bilan : 150 morts, selon le gouvernement, et 500, selon l’opposition. Au Sénégal, Karim Wade vient de se payer une raclée politique qu’il n’est pas prêt d’oublier. Un reportage d’un organe de presse sénégalais : « La liste menée par Karim Wade a été battue à plate couture à Dakar, l’incompétent prince héritier perdant même dans le quartier chic qui est le sien et où lui, son père et sa mère ont voté. Pour faire bonne mesure, presque partout dans le pays, dans les grandes agglomérations tout comme dans les minuscules villages, les gens ont voté contre le parti du Président. Clairement, le peuple en appelle à la classe politique, nous voulons qu’on cesse de nous prendre pour des idiots, nous voulons des politiciens compétents, nous voulons un programme clair et surtout, surtout, nous sommes une démocratie et entendons le rester.


 

 

Enoh Meyomesse
écrivain et homme politique
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icicemac

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