Quel retour possible pour les déplacés du Tchad ?

Publié le par Waldar

Plus de deux ans après que des conflits internes aient causé des déplacements de population massifs à l’est du Tchad, environ 165 000 Tchadiens sont toujours déplacés à l’intérieur de leur pays et regroupés dans des sites. Ces déplacés ont été forcés de fuir leur lieu de résidence en raison des tensions interethniques et de la violence qui sévissent dans la région. Aujourd’hui encore, ils restent extrêmement dépendants de l’assistance humanitaire et témoignent aujourd’hui de la précarité de leur situation.

Site d’Aradib, 20 000 déplacés

Ce groupe de femmes vivant sur le site de déplacés d’Aradib, près de Koukou, ne veut pas trop s’en éloigner. Pourtant, grâce au travail des agences onusiennes ainsi que celui d’Oxfam International, elles bénéficient d’un accès à l’eau sur le site. « Lorsqu’une femme s’éloigne un peu du site à la recherche d’eau ou de bois, elle peut avoir des ennuis avec des hommes armés », explique l’une d’entre elles. Plus de 9000 femmes vivent dans le site d’Aradib et la plupart d’entre elles sont chefs de famille et doivent garder plusieurs enfants toutes seules.

La plupart des déplacés, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, aspirent à rentrer chez eux, mais ils sont tous d’accord pour dire qu’ils ne le feront pas à n’importe quel prix. « Nous aimerions retourner dans nos villages. Certaines personnes ont d’ailleurs tenté de le faire, mais elles ont ensuite dû revenir puisque des hommes armés sont toujours là. Nous ne sommes pas assez protégés pour rentrer », affirme l’une des femmes.

Le banditisme et la criminalité à l’Est du Tchad sont parmi les principales menaces qui pèsent sur les populations civiles, en plus des problèmes liés à la faible présence de l’Etat mais aussi du manque de contrôle des armes. « Le commissariat de police le plus proche est situé à 4 heures de route de notre village d’origine. Il est impossible qu’ils arrivent à temps pour nous protéger » ajoute une autre femme.

L’Etat Tchadien n’a pas les moyens d’assurer la protection des populations au sein d’un territoire aussi vaste et, de plus, en concentrant ses forces sur le contrôle de la frontière pour empêcher toute incursion des forces rebelles, certaines régions ne bénéficient pas de la protection des forces tchadiennes.

Le mandat ainsi que les ressources exclusivement militaires de l’EUFOR n’étaient absolument pas adaptés à toutes les régions, et encore moins à la nécessité de lutter contre des criminels isolés ou des petits groupes de bandes armées qui s’attaquent aux commerçants, aux femmes, aux fermiers ou encore aux ONGs. Dans la mesure où la mission des Nations Unies, la MINURCAT bénéficie globalement du même mandat et manque également d’équipement pour couvrir un territoire plus large, son action risque de rencontrer les mêmes limites que celle de l’EUFOR.

Site d’Habile, 33 500 déplacés

Le site d’Habile constitue le lieu d’habitation temporaire de plus de 33 500 Tchadiens déplacés, qui furent forcés de fuir leur lieu d’habitation à cause des attaques ciblées et des conflits ethniques qui eurent lieu en 2007. Bien qu’ils considèrent tous leur ville d’origine comme leur maison et le lieu où ils aspirent à retourner, la plupart d’entre eux souligne que les responsables de ces attaques sévissent toujours dans les villages avoisinants, et ce depuis deux ans.

« La situation s’est améliorée ces deux dernières années mais les gens qui nous ont attaqué, ceux qui nous ont forcé à nous enfuir, sont toujours là, et ils sont toujours armés » explique l’une des femmes du site PDI d’Habile, près de Koukou. Toutefois, certains déplacés ont décidé de retourner dans leurs villages le temps de la saison des moissons, plutôt que de ne faire reposer leurs moyens de subsistance que sur l’assistance humanitaire. Pourtant, le niveau d’insécurité reste très élevé, et certaines régions demeurent extrêmement dangereuses.

“Certaines personnes vivant sur le site sont retournées dans leurs villages, surtout pour cultiver leurs champs, puis ensuite elles sont revenues sur le site. Elles disent qu’il y a toujours des gens armés dans la région » confirme un déplacé. Le manque d’information de qualité à propos de la sécurité dans les villages décourage le retour des déplacés, ce qui fait que plusieurs de ces villages sont toujours abandonnés.

Selon un sondage récent de l’UNHCR et de l’UNFPA, seuls 30% des personnes interrogées connaissaient l’état de la sécurité de leur région d’origine. De ce fait, la source d’information principale émane des rumeurs qui circulent sur les marchés ou bien des témoignages de ceux qui se sont aventurés à rentrer pour quelques temps.

Site de Gouroukoun, 17 500 déplacés

Plus de 17 500 personnes vivent dans le site de Gouroukoun, près de Goz Beida, l’une des principales bases humanitaires du Sud-Est du Tchad. Les déplacements de population massifs tels que ceux qui eurent lieu en 2006 et 2007 ont modifié les mécanismes de survie dans l’Est du Tchad. Les populations tchadiennes déplacées se sont majoritairement rassemblées dans des sites en fonction de leurs villages d’origine afin de préserver leurs structures traditionnelles et le lien avec leurs chefs.

“Nous savons que tout le monde parle de rentrer maintenant. Mais cela ne se fera qu’à condition que la sécurité soit assurée. S’il n’y a pas de sécurité, nous ne rentrerons pas. Nous avons besoin de protection et que les tribus soient désarmées, nous avons besoin de reconstruire nos maisons et nos écoles, et de mesures qui viendraient compenser nos pertes » affirme l’un des leaders du site de Gouroukoun.

Dans le but d’assurer la protection et d’atténuer la pression sur les ressources naturelles autour de Goz Beida, le gouvernement du Tchad, au travers d’une initiative menée par le gouverner du Dar Sila, a présenté son projet de « Villagisation » pour les populations déplacées, un programme qui s’inscrit sur le long terme. Il vise à réinstaller les déplacés en provenance des régions les plus isolées dans de nouveaux villages situés à proximité des principales villes, où le gouvernement sera à même de garantir leur sécurité et où il pourra plus facilement intervenir pour garantir leurs besoins fondamentaux.

Le gouvernement du Tchad reconnaît qu’il manque des capacités techniques pour assurer l’assistance directe nécessaire à la réinstallation, notamment en matière d’eau, de santé d’éducation, et a donc fait appel à l’assistance technique des ONGs afin de garantir l’accès à ces services.

Toutefois, ce projet n’a pas été débattu avec les déplacés et la communauté humanitaire craint que les autorités nationales n’accélèrent le processus de retour, ce qui entraînerait une mauvaise organisation du projet et en accentuerait la dangerosité, tant du point de vue des infrastructures que du point de vue de la gestion des ressources naturelles. De plus, le dialogue intercommunautaire doit être fortement renforcé par le gouvernement ainsi que les autorités traditionnelles dans la mesure où la région où devrait débuter le projet de « Villagisation » est également peuplée de groupes ethniques extrêmement divers.

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