VIVEMENT UNE SUITE A LA GREVE DU 8 FEVRIER CAR SEULES LES LUTTES DES TRAVAILLEURS ET LA MOBILISATION DES MASSES LABORIEUSES PEUVENT OUVRIR LA VOIE VERS UN AVENIR MEILLEUR !

Publié le par Waldar

VIVEMENT UNE SUITE A LA GREVE DU 8 FEVRIER

CAR SEULES LES LUTTES DES TRAVAILLEURS

ET LA MOBILISATION DES MASSES LABORIEUSES

PEUVENT OUVRIR LA VOIE VERS UN AVENIR MEILLEUR !

 

            Le lundi 8 février dernier, l’UST, l’Union des Syndicats Tchadiens, a appelé à un arrêt de travail dans les secteurs publics pour protester contre la dégradation constante des conditions de vie du monde du travail et des couches populaires. Quoiqu’elle n’ait été annoncée que comme un avertissement au gouvernement et limitée par ailleurs à un seul jour, cette grève a connu un franc succès : les principaux secteurs publics n’ont pas ouvert ou ont fonctionné au ralenti ce jour-là.

 

            Dans le climat de morosité politique actuel, caractérisé  notamment par le face à face stérile entre, d’un côté, le dictateur Déby et, de l’autre, ses anciens compagnons ou sous-fifres devenus dirigeants de l’opposition parlementaire ou armée, par son objectif, à savoir le refus de voir les conditions de vie des masses populaires se dégrader continuellement, cette grève était non seulement juste mais constituait également un événement politique et social d’une importance majeure. En effet, contrairement à ce qui se fait habituellement, ce que l’UST a mis en avant ce jour-là, ce n’étaient pas les revendications de telle ou telle corporation défendant légitimement ses propres intérêts, mais un problème fondamental, beaucoup plus important et plus profond : celui de la cherté de la vie, dont souffre notamment la majorité opprimée et pauvre du pays.

 

Mais, paradoxalement, alors que, quelques jours auparavant, au mois de janvier, la nomination d’un Timan Erdimi à la tête de la coalition de l’opposition armée avait fait couler tant d’encre et de salive et suscité plusieurs commentaires, pour la plupart étonnamment élogieux et dithyrambiques, cette grève a été totalement passée sous silence. Malgré la crise sociale actuelle et ses conséquences désastreuses sur la vie de millions de gens,  personne n’a daigné saisir la portée politique réelle de cet événement et en parler de façon solidaire. Même ceux qui prétendent combattre la dictature de Déby n’ont pas pris la moindre initiative dans ce sens ! C’est à croire que l’irruption des travailleurs sur la scène politique et sociale n’est pas quelque chose d’important pour nos opposants et leurs comparses, notamment les animateurs du village numérique tchadien où foisonnent tant de charlatans qui, à longueur d’articles, nous abreuvent d’élucubrations, de délires, de chimères et autres propos dont la principale caractéristique est d’être loin, très loin des préoccupations essentielles des masses opprimées !

 

Alors, à chacun sa solidarité et vive la grève organisée par l’UST !

 

En effet, dans le contexte politique et social actuel, les travailleurs ont toutes les raisons du monde de ne pas accepter les conditions de vie qui leur sont imposées !  Depuis des décennies, alors que ce sont eux qui créent les richesses, ils ne reçoivent qu’un salaire de misère dont, souvent, dépend la vie de plus d’une dizaine de personnes. Même avec un revenu, ils n’arrivent pas à faire face à leurs différents problèmes et ceux de leurs familles : alimentation, logement, éducation, santé, culture, habillement, loisirs et autres. Ils vivent dans la misère, les maladies, sont écrasés de dettes, malgré, souvent, l’apport de  leurs femmes, leurs enfants, leurs frères ou sœurs, obligés de faire de petits boulots pour subvenir aux différents besoins familiaux.

 

    Ces dernières années, cette situation s’est dangereusement détériorée au fur et à mesure que le système capitaliste s’enlise dans ses propres contradictions. Les différentes crises de l’économie capitaliste qui, en 1994, ont entraîné la dévaluation du franc cfa, diminuant ainsi de moitié le pouvoir d’achat des masses laborieuses, ont eu aussi pour effet un formidable renchérissement de pratiquement tous les produits de première nécessité : le riz, le maïs, le mil, la viande, le poisson, mais aussi les médicaments, les fournitures scolaires, le transport, le loyer, les matériaux de construction, les engrais, etc, ont vu leurs prix augmenter vertigineusement, voire, pour certains, doubler ou même tripler.

 

Mais le pouvoir d’achat des travailleurs n’a pas connu la même hausse que celle de l’inflation. Bien au contraire ! Pendant des années, sous l’instigation du Fonds Monétaire International, les salaires ont été bloqués et, dans certains cas, diminués. L’Etat a également massivement licencié dans la fonction publique. Il s’est aussi progressivement désengagé des principaux services essentiels pour la vie des masses laborieuses, tels que l’Education, la Santé, l’Electricité, l’Eau, les Travaux Publics, la Poste, la Télécommunication, etc : il en a laissé certains à l’abandon et privatisé d’autres. Parallèlement à cela,  pour le patronat, il a, par contre, concocté un code de travail fort avantageux lui permettant non seulement de bénéficier d’énormes dégrèvements fiscaux, de licencier à sa guise, mais aussi d’imposer des bas salaires,  la précarité et des difficiles conditions de travail à la classe ouvrière.

 

C’est toute cette politique, favorisant les intérêts des plus riches au détriment de ceux des plus démunis, qui est à l’origine des difficultés énormes et multiples rencontrées de nos jours par les masses laborieuses dans leur existence quotidienne. Alors que le pays n’a jamais été aussi riche qu’aujourd’hui, grâce à l’argent du pétrole notamment, les conditions de vie des pauvres sont, paradoxalement, des plus désastreuses : dans les villes comme dans les campagnes, même avec un salaire, bien de familles ont du mal à manger deux fois par jour ;  rares sont celles qui ont accès au confort élémentaire, à l’eau potable, à l’électricité, aux soins, à des conditions d’études ou de logement dignes de notre époque, tandis qu’en même temps les moyens colossaux dont dispose l’Etat servent à enrichir les marchands d’armes et autres engins de mort pour protéger la dictature ou, par le biais des détournements des fonds publics, à engraisser une coterie, une minorité de parasites, politiciens corrompus et hommes d’affaires liés par différents bouts au pouvoir, qui s’empiffrent et se vautrent dans un luxe insolent.

 

Ce qui est à l’origine de la cherté de la vie, ce n’est donc ni un manque de moyens de l’Etat, ni une quelconque raréfaction des produits de première nécessité. Le pays est de loin plus riche qu’avant comme l’illustrent les nombreux signes extérieurs de richesses – belles voitures, somptueuses villas, train de vie - qu’exhibe la bourgeoisie tchadienne. Sur les marchés, il y aussi plus de riz,  plus de mil, plus de viande et autres denrées indispensables à la vie qu’autrefois. Par contre, ce qui a changé, c’est tout simplement le fait que ces produits sont aujourd’hui hors de portée des bourses des travailleurs et des couches populaires à cause de la mauvaise répartition des richesses, conséquence du fonctionnement normal du capitalisme qui veut que, forts du soutien de l’Etat à leur service, les riches soient de plus en plus riches et que les pauvres s’enfoncent de plus en plus dans la misère, suivant la dialectique de l’accumulation à un pôle et la paupérisation à un autre.

 

 Aussi les travailleurs qui, à leur manière, ont protesté le 8 février dernier contre cette politique du gouvernement ont–ils eu bien raison de le faire ! Ils ont eu raison de clairement signifier au dictateur Déby et à ses larbins de ministres qu’ils ne pourraient continuer à subir sans réagir les conséquences désastreuses de leur politique sur la vie des millions d’opprimés et d’exclus du pays ! Ils ont eu mille fois raison d’exprimer à ceux qui dirigent leur refus de faire les frais de la crise du capitalisme, ce système dont ces derniers sont les serviteurs et les profiteurs !

 

            Cependant, il ne suffirait évidemment pas d’une journée de grève, même générale et réussie, pour faire plier le dictateur Déby et le patronat, pour les obliger à prendre en considération les aspirations des travailleurs et de l’ensemble des opprimés victimes de la cherté de la vie ! Le pouvoir a d’ailleurs accusé l’avertissement que lui avait lancé l’UST avec beaucoup de mépris : interrogé, le 31 mars dernier, sur la question de la cherté de la vie, Youssouf Saleh, le premier serviteur du dictateur, s’est juste contenté de dire que les bas salaires avaient été augmentés l’année dernière, balayant ainsi, d’un revers dédaigneux de la main, les revendications des travailleurs, comme si la grève du 8 février n’avait justement pas  signifié que ces mesures-là sont insuffisantes face à la gravité de la situation. Par conséquent,  la journée du 8 février, qui n’a été qu’un avertissement, ne devrait pas rester sans suite.

 

Mais, pour que les luttes futures soient efficaces et de taille à imposer au dictateur Déby les revendications essentielles et vitales des populations opprimées, il faudrait que les travailleurs tirent les leçons des expériences passées. En effet, depuis la chute du régime sanguinaire d’Hissein Habré et la prise du pouvoir par son ancien chef d’état-major pour continuer la même politique dictatoriale sous de nouvelles formes, nombreuses sont les grèves qui ont éclaté dans le pays. Certaines ont duré des mois, d’autres, des semaines ou des jours. Toutes étaient justes et légitimes. Les travailleurs avaient bien raison de les faire. Pour la plupart, ces grèves ont fait reculer la dictature sur tel ou tel point ou lui en ont imposé d’autres. Elles ont surtout servi de terrains de bataille où se sont formés de véritables militants syndicalistes, combatifs, riches de nombreuses expériences, qui pourront être utiles demain si les masses laborieuses se mettent en branle et cherchent une issue à leur situation.

 

Cependant, même si ces grèves ont été ponctuées de victoires ici et là, globalement elles n’ont pas fondamentalement changé les conditions de vie des travailleurs. Elles n’ont pas non plus fait mal au pouvoir et aux tenants de l’ordre établi, plus à cause de la stratégie utilisée par les différentes centrales syndicales que par manque de détermination ou d’abnégation de la part des travailleurs en lutte.

 

En effet, quelles qu’aient été leur légitimité et leur dureté, ces grèves avaient toutes la particularité d’être isolées, éclatées. Elles engageaient une fois les travailleurs de l‘Education, une autre, ceux de la Santé, une troisième, ceux du Transport, sans chercher à entraîner les autres secteurs ou les salariés du privé, ni à offrir une perspective d’ensemble du monde du travail au-delà des chapelles syndicales. Celles-ci n’ont jamais organisé une riposte collective de l’ensemble de la classe ouvrière face aux attaques du pouvoir et du patronat. C’est pourquoi, malgré la combativité des travailleurs, ces luttes n’ont abouti qu’à des miettes qui n’ont pas coûté cher à l’Etat et aux couches privilégiées et, de ce fait, n’ont pas non plus résolu quelques-uns des problèmes fondamentaux des masses opprimées.

 

Cette stratégie de grèves isolées conviendrait peut-être à certains dirigeants syndicaux parce qu’elle flatterait leur orgueil en leur donnant l’illusion d’être des gens importants, considérés comme des interlocuteurs du gouvernement et du patronat, invités à s’asseoir autour d’une table pour négocier avec ceux-ci. Mais les travailleurs et l’ensemble des masses laborieuses n’y gagnent rien ! Aussi, dans l’avenir, si l’on veut voir satisfaites les exigences de vie, les revendications des travailleurs et des couches populaires, faudrait-il sortir de cette stratégie fondée sur la logique d’une grève dans un secteur donné suivie d’une négociation avec les tenants du pouvoir. Même dans les pays riche, comme en France, par exemple, cette politique-là a failli depuis longtemps : elle ne sert qu’à accompagner la colère des travailleurs,  à la canaliser, pour des résultats souvent insignifiants, voire à l’endiguer, à l’empêcher d’aller plus loin que le cadre fixé par les organisations syndicales, quitte, parfois,  à s’opposer à la volonté des travailleurs en lutte et, ainsi, à trahir ces derniers!

 

Comme tous les réactionnaires de la planète, Déby et son gouvernement ne comprennent que le langage de la force. Ils ne changeront de politique et ne tiendront compte des revendications populaires que forcés et contraints. Or le rapport des forces entre eux et le monde du travail ne peut pas être changé par des négociations secteur par secteur, entreprise par entreprise. Pour changer la donne, il faudrait une mobilisation générale de toute la classe ouvrière. Par conséquent, si le succès de la grève du 8 février et les actions de protestation contre la vie chère qui avaient précédé celle-ci sont l’expression d’une situation générale de ras le bol, de colère populaire, qui ne demande qu’à exploser, la seule perspective, capable de faire plier la dictature et l’amener à satisfaire les revendications populaires, à respecter le droit à la vie des masses opprimées, est celle d’un mouvement d’ensemble, d’une mobilisation générale de tous les travailleurs du pays, du public et du privé, qui unifierait les salariés de l’Education Nationale et ceux de la SONASUT, ceux de la Santé et ceux de la Coton Tchad, ceux de l’Energie et ceux du Transport, ceux des Banques et ceux du Bâtiment, ceux de la Poste et Télécommunication  et ceux du Commerce, ceux du Pétrole et des Mines et ceux de l’Information et de l’Audiovisuel, ceux des Assurances et ceux de la Culture, mais aussi les actifs et les chômeurs, les précaires et les retraités, les licenciés, etc,  dans une riposte collective contre la politique du pouvoir, car, quels que soient les secteurs d’activité, la catégorie et le statut des uns des autres, tous les travailleurs ont les mêmes intérêts et les mêmes ennemis, en l’occurrence, l’Etat, au-dessus duquel trône Déby, et le patronat !

 

Cette mobilisation générale de la classe ouvrière aurait intérêt à se transformer en un vaste et profond « tous ensemble » en s’ouvrant à d’autres catégories de la population qui, à un niveau ou à un autre, souffrent des mêmes problèmes que les travailleurs : aux associations des femmes, des jeunes, des étudiants, des élèves, des consommateurs, de défense de droits de l’homme, des journalistes, aux associations culturelles, à celles des artisans, des petits commerçants, des paysans pauvres et d’autres. A part le MPS et ses alliés, bien sûr, mais aussi les autres partis qui font allégeance à la dictature, comme ceux du CNDP dont les dirigeants sont au gouvernement, les organisations ou les militants politiques qui le désireraient pourraient aussi participer à cette mobilisation, à condition, toutefois, qu’ils se mettent au service des luttes et des revendications des masses laborieuses et non qu’ils en prennent la tête : c’est aux travailleurs et les autres couches opprimées de diriger eux-mêmes leurs combats en choisissant et contrôlant leurs propres représentants.  Ils ne doivent se mettre à la remorque de personne, en tout cas, pas derrière des politiciens bourgeois et opportunistes qui, à la moindre occasion, les trahiront !

 

Toute cette mobilisation devrait s’organiser autour d’une plate-forme revendicative, une sorte de plan d’urgence, d’intérêt public. Chaque syndicat, chaque association, chaque organisation participant à la riposte collective proposerait ses propres revendications. Celles-ci devraient être regroupées et discutées par l’ensemble des parties prenantes dans le but de dresser une plate-forme de revendications, qui comprendraient les exigences essentielles des masses laborieuses face à la cherté de la vie, dont les plus importantes, pouvant fédérer tout le monde, seraient, par exemple :

 

La liste des revendications qu’on pourrait considérer comme prioritaires ne saurait, évidemment, être exhaustive. Elle devrait aussi prendre en considération d’autres problèmes spécifiques que rencontre telle ou telle catégorie sociale ou profession, comme les cultivateurs, les pêcheurs et autres secteurs d’activité. Afin qu’il soit le socle solide de la mobilisation générale des travailleurs et de l’ensemble des opprimés qui souffrent de la crise du capitalisme, le plan d’urgence d’intérêt public devrait être l’expression des attentes communes et essentielles de ces derniers, mais aussi celle des aspirations réelles et particulières de certains d’entre eux. Il devrait en somme être le reflet de toutes les revendications vitales des masses opprimées, en passant en revue tous les problèmes fondamentaux que ces dernières rencontrent, sans oublier les autres aspects de la vie sociale et économique marquée par des injustices, des abus, des arrestations arbitraires, des assassinats, le pillage des fonds publics, la corruption, des humiliations de toutes sortes, des ignominies policières et administratives, qui sont devenus des mœurs courantes depuis bientôt vingt ans que le pays se trouve placé sous  la férule de la dictature du MPS.

 

Pour donner une suite efficace à la grève du 8 février dernier, c’est,  par conséquent, de cette perspective-là qu’il conviendrait de discuter, dès maintenant, dans les usines, les entreprises, mais aussi dans les bureaux, les écoles, les lycées, les universités, les chantiers, les ateliers, les gares, les marchés, les quartiers, les villages, etc,  dans le but clairement affiché de préparer, dans les jours et les mois à venir, une grève générale en vue de défendre le droit à la vie des populations pauvres étranglées par la crise du capitalisme. Les discussions devraient s’accompagner de la tenue d’assemblées générales décidant des revendications des uns et des autres, mais aussi de la création de comités de liaisons entre travailleurs du public et du privé, entre une entreprise d’un secteur donné et une autre spécialisée dans une activité différente, entre organisations syndicales et celles des femmes, des jeunes, des chômeurs ou de défense des droits de l’homme, afin d’aboutir à une coordination tant locale que nationale des luttes.

 

C’est cette stratégie et ce type d’organisation, fondés tous les deux sur une profonde mobilisation populaire, qui, au bout de quarante quatre jours de grève générale, ont permis aux travailleurs et aux opprimés guadeloupéens d’imposer leurs revendications à Sarkozy et au patronat local, en leur faisant avaler au passage leur morgue à l’égard des masses pauvres ! C’est un syndicat, l’UGTG, l’Union Générale des Travailleurs Guadeloupéens, qui a été à l’origine de la mobilisation populaire dirigée par le LKP (Lyanna Kont Pwofitasyon ou Collectif contre l’exploitation), regroupement de pratiquement tous les syndicats de l’île, de partis politiques et d’associations diverses.

 

Aussi serait-il juste de s’inspirer de cette expérience qui vient de prouver une fois de plus que seule la lutte paie ! Un syndicat comme l’UST, qui a acquis un crédit certain au sein des travailleurs grâce aux différentes luttes qu’il a menées depuis l’instauration de la dictature de Déby, pourrait, lui aussi, jouer un rôle analogue, s’il en avait l’ambition : prendre l’initiative d’une telle perspective, la proposer aux autres syndicats et organisations, préparer méthodiquement et collectivement avec eux la riposte des masses opprimées face à la politique du pouvoir sous la forme d’une grève générale qui s’implanterait et s’installerait de façon durable, avec la ferme détermination de faire vaincre les revendications populaires.

 

Certes, la question de la cherté de la vie est le problème majeur de l’heure, qu’il faut résoudre coûte que coûte par une mobilisation générale des masses opprimées. Mais la nécessité d’une telle perspective va bien loin au-delà des enjeux du moment. Dans le contexte actuel caractérisé par les hostilités militaires qui viennent d’éclater entre le dictateur Déby et les bandes armées de l’UFR, une telle mobilisation se justifie aussi par et pour d’autres considérations qui sont les seules à garantir les intérêts de l’avenir.

 

En effet, nul ne peut dire, pour le moment, quel sera l’aboutissement du bras de fer actuel entre Déby et son opposition armée. On ne peut qu’émettre des hypothèses. Vu la tournure qu’ont prise les événements, il est possible que, bénéficiant du soutien décisif et classique de l’impérialisme français, le dictateur se maintienne encore au pouvoir pour un certain temps. Mais, bien que l’offensive de l’UFR soit endiguée pour l’instant, rien ne dit que tout soit déjà joué, en tout cas, pas de façon définitive. Malgré les apparences, la situation pourrait encore évoluer, d’autant plus facilement que, pour l’essentiel, les potentialités de l’opposition armée, tant en hommes qu’en matériel, sont, semble-t-il, intactes. Par conséquent, si, dans les prochains affrontements déjà programmés par l’UFR, il s’avère que l’armée de Déby n’est en réalité qu’un tigre en papier, le rapport des forces pourra brutalement basculer et changer en faveur des troupes rebelles. Dans ce cas, les dirigeants français, qui ne craignent personne dans ce conflit, pourraient soit jouer la neutralité et laisser les deux camps en découdre jusqu’à ce que l’un l’emporte sur l’autre avant qu’il ne soit adoubé par Paris, soit, considérant que la dictature de Déby est tellement pourrie et impopulaire qu’il serait gênant de continuer à la soutenir, décider de la lâcher et d’aider l’UFR à prendre le pouvoir, comme ils l’ont fait par le passé avec le MPS, suite à la révolte du dictateur actuel contre Hissein Habré, son ancien mentor. Il se peut aussi que, l’offensive de l’opposition armée créant l’événement, l’impérialisme français se saisisse de l’opportunité ainsi offerte et, avec la complicité des dictateurs africains qui lui sont dévoués, exige des deux camps de négocier en vue d’un compromis politique sous la forme d’un partage du pouvoir. Des voix se sont d’ailleurs élevées déjà dans ce sens, dont, notamment, celles de Bernard Kouchner, des dirigeants de l’opposition parlementaire réunie au sein du CNDP, mais aussi de certains dignitaires de l’UFR, qui réclament la tenue d’un dialogue inclusif. Voilà, grosso modo, quelques-uns des contours possibles de ce qui risque d’arriver, que seul l’avenir pourra confirmer ou pas !

 

Mais,  quelle que soit l’issue du face à face actuel entre le satrape de N’Djaména et ses anciens sous-fifres ou  compagnons de l’époque de la dictature de Habré, il est évident que les masses laborieuses n’ont rien à en attendre qui soit bon pour elles. : s’il est vrai que personne ne pourrait se plaindre de la chute du dictateur actuel, de ses politiciens, de ses hommes-lige, ou les regretter, il n’y a, en effet, aucune raison non plus de faire la moindre confiance aux dirigeants de l’UFR ! Car, les Déby, les Nouri, les Timan, les Kamougué, les Yorongar, les Lol et autres Kassiré appartiennent tous au même monde : ils se connaissent, ils ont travaillé ensemble. Rigoureusement, ils défendent les mêmes intérêts, ceux des riches, des bourgeois et privilégiés tchadiens et, au-dessus de ces derniers, ceux de l’impérialisme français. Le fait que certains sont à ta tête de la dictature et que d’autres dirigent une opposition parlementaire ou armée contre celle-ci ne doit pas faire illusion : ils n’ont cure des aspirations des masses à une vie meilleure. La seule chose qui les intéresse et les oppose aussi, c’est le pouvoir, plus précisément la nécessité de s’y maintenir ou d’y accéder, dans le but de jouir des prérogatives qu’il confère, tout en veillant sur l’ordre social actuel fondé sur l’exploitation des masses laborieuses, comme ils l’ont déjà largement démontré par le passé ou encore, pour les rivaux de Déby, tout récemment, par leur indifférence lors de la grève du 8 février organisée par l’UST.

 

En effet, dans un pays comme le Tchad, une grève contre la cherté de la vie ou pour de meilleurs salaires est avant toute chose un acte hautement politique parce qu’elle² s’exprime directement contre l’Etat qui, en la circonstance, est le plus grand des patrons puisqu’il est le propriétaire des principaux secteurs publics, sociaux et économiques. Dans ces conditions, si nos opposants ne manifestent aucune solidarité envers les travailleurs lorsque ces derniers sont en lutte contre la dictature pour des revendications sociales relatives à la vie des masses opprimées, ce comportement n’a rien de fortuit : il s’agit plutôt d’un choix politique et social, significatif du fait que, même s’ils prétendent combattre Déby, ces gens-là ont, eux aussi, du mépris à l’égard des aspirations des masses opprimées et une peur bleue de la colère populaire, autant que le MPS, le parti de la dictature. Quoiqu’ils parlent abondamment du « peuple », qu’ils s’autoproclament même « direction » de celui-ci, au point, pour certains d’entre eux, de prendre les armes en son nom, en réalité, ils craignent tous les luttes des travailleurs et des opprimés en général. Ils ne veulent et ne voudront jamais que ce soient ces derniers qui prennent leur destin en main, dirigent eux-mêmes leurs propres combats et imposent les changements nécessaires conformes à leurs intérêts. Ils ne s’intéressent aux masses laborieuses que quand ils peuvent exploiter leur colère, leur exaspération, leur aspiration à un monde meilleur, soit en les enrôlant dans leurs bandes armées pour faire d’elles de la chair à canon, soit en les utilisant comme force de manoeuvre électorale afin, dans tous les cas, de prendre le pouvoir ou de négocier avec le satrape actuel des strapontins ministériels autour de la mangeoire gouvernementale en vue de continuer la même politique d’exploitation, d’injustice et d’inégalités .                  

 

Par ailleurs, la volonté manifeste de nos opposants de ne pas s’impliquer dans les luttes des travailleurs et des masses opprimées est aussi un message à l’adresse des couches privilégiées, au patronat local, aux riches, aux notables, à tous ceux qui tiennent à l’ordre actuel des choses : ils cherchent à rassurer ces derniers, à leur plaire. Mais, au-delà de ceux-ci, c’est surtout aux yeux des dirigeants français qu’ils veulent se faire passer pour des gens responsables, qui n’ont pas pour ambition de s’attaquer à l’ordre social en vigueur, de le transformer profondément, en s’appuyant sur la colère et les luttes de l’ensemble des opprimés, mais qui ne visent que des changements de façade sans toucher à l’essentiel, c’est-à-dire aux intérêts de l’impérialisme français et ceux des couches dirigeantes à sa solde. C’est pour cela d’ailleurs que, l’année dernière, lors de l’offensive de février, quand leurs troupes étaient au coeur de N’Djaména et aux portes de la présidence où s’était retranché Déby, alors qu’ils avaient l’opportunité, l’occasion unique, de s’adresser aux populations, de lancer un appel aux syndicats, aux militants politiques, aux diverses associations, bref aux centaines de milliers d’opprimés de la cité, afin qu’ils se mobilisent, se soulèvent, s’insurgent par le biais d’un vaste mouvement populaire qui aurait pu avoir toutes les chances d’isoler politiquement  le pouvoir et peut-être même de le faire tomber, eh bien, les dirigeants l’opposition armée ne l’ont pas voulu, quoique, il convient de le souligner, certains habitants de la capitale soient spontanément descendus dans la rue pour les soutenir : ils ont préféré discuter avec les autorités françaises et négocier avec celles-ci le départ de Déby au lieu que ce soit les populations de N’Djaména et celles des autres centres urbains du pays qui le fassent ! C’était tout un symbole, fort significatif tant de la méfiance que de la peur bleue que ces gens-là éprouvent à l’égard des masses opprimées et aussi de leur politique, de ce qu’ils feront s’ils prennent le pouvoir ou y reviennent !

 

Le combat actuel entre le dictateur Déby et son opposition armée ou parlementaire n’est donc pas celui des travailleurs et des masses opprimées ! C’est un combat entre les enfants d’une même famille, celle des politiciens bourgeois du pays qui se disputent le pouvoir. Par conséquent, quelle qu’en soit l’issue, que, demain, certains de ces politiciens remplacent d’autres ou qu’ils s’entendent pour se partager les responsabilités à la tête de l’Etat, pour les travailleurs et l’ensemble des opprimés, rien de fondamental ne changera. Il n’y aura ni amélioration de leurs conditions de vie, ni plus de liberté qu’avant : ce sera toujours la même exploitation, la même misère, les mêmes maladies, les mêmes injustices, les mêmes abus et exactions, la même dictature, mais aussi, en plus, les guerres ethniques, fratricides, et le fossé de sang permanent, dont les masses opprimées sont et resteront les principales victimes, quelles que soient leur région, leur religion, ou leur culture !

 

C’est pourquoi, en se mobilisant, dès maintenant, pour défendre leur droit à la vie, en déclenchant une grève générale pour imposer leurs propres revendications, les masses laborieuses exprimeront en même temps leur défiance vis-à-vis du dictateur, bien sûr, mais aussi de ses opposants, quels qu’ils soient. Par leur mobilisation, elles contribueront ainsi à affaiblir sérieusement la dictature, mais elles signifieront également aux politiciens de l’opposition  qu’elles ne leur font pas confiance non plus. Ce sera leur façon à elles de dire aux uns et aux autres qu’elles n’attendent rien d’eux, qu’elles ont marre des souffrances qu’ils leur font endurer des années durant ; elles ont marre d’être prises en otages par leurs bandes armées, aussi bien celles dites officielles, gouvernementales, que les autres ; elles ont marre de voir leurs enfants, leurs frères, leurs sœurs, leurs époux, leurs filles se sacrifier, mourir inutilement derrière des politiciens de leur engeance, des aventuriers et autres charlatans, en mal de gloriole, qui exploitent la colère et l’aspiration des opprimés à un monde meilleur uniquement pour leur réussite personnelle ! Mieux, en s’emparant de la perspective du « tous ensemble » et en la transformant en une réalité vivante et organisée, en une vaste et profonde mobilisation populaire de taille à faire reculer la dictature et le patronat, les masses laborieuses signifieront à Déby et ses opposants, toutes tendances confondues, que, quelle que soit l’issue du bras de fer actuel entre eux, dorénavant, elles ne laisseront personne décider de leur sort à leur place : puisqu’elles n’ont pas d’autre choix que de se battre pour la moindre amélioration de leurs conditions de vie, eh bien, elles se battront, mais ce sera pour elles-mêmes ; elles se prendront elles-mêmes en charge et imposeront, par leurs propres luttes, les changements qu’elles jugent nécessaires, dignes de leurs attentes et aspirations, tant sur le plan démocratique que social.

 

Voilà pourquoi, en même temps que la question de la mobilisation générale pour riposter collectivement contre la politique de Déby, il est nécessaire que soit posée et discutée également celle de la nécessité d’un parti révolutionnaire prolétarien. Oui, plus que jamais, il est vital que les travailleurs profitent des circonstances actuelles pour intervenir dans les événements afin de défendre collectivement leur droit à la vie et celui de l’ensemble des masses opprimées, mais aussi pour planter leur propre drapeau politique, pour se doter d’une organisation qui soit la leur, indépendante tant de celles qui sont au pouvoir que de celles de l’opposition ! Quelles que soient leur ethnie, leur région, leur religion, il est d’une nécessité vitale qu’ils s’unissent politiquement pour défendre leurs intérêts collectifs et imposer leur droit à la vie ! Indépendamment de leur origine culturelle, les travailleurs constituent une classe à part, parce qu’ils subissent la même exploitation, la même misère, les mêmes maladies, la même dictature. Par-delà leurs diversités ethniques ou religieuses, ils ont donc les mêmes intérêts, des intérêts diamétralement opposés à ceux des bourgeois et privilégiés du pays, dont ceux de leur propre région et confession qui vivent eux aussi sur leur dos et de leur sang, comme des parasites. Aussi devraient-ils s’unir, se battre ensemble pour eux-mêmes, se défendre collectivement, ne faire confiance qu’en leurs propres combats et offrir ainsi  une perspective à l’ensemble des opprimés, en les rassemblant sur la bases de leurs intérêts spécifiques, en les regroupant et les aidant à combattre tout préjugé, toute division entre eux, sous prétexte, par exemple, que ceux-ci ne parleraient pas la même langue, que ceux-là n’auraient pas la même ethnie, la même religion, ou que ceux-ci seraient du Nord, ceux-là du Sud, etc, afin de les amener à imposer eux-mêmes les libertés nécessaires, l’amélioration de leurs conditions de vie, surtout d’en finir un jour avec l’ordre social actuel sur lequel veillent Déby et ses sous-fifres avec le soutien de l’impérialisme français !

 

La nécessité d’une vaste mobilisation pour préparer une riposte collective des masses laborieuses à la politique du gouvernement et celle de poser tout de suite la question de la création d’un parti révolutionnaire prolétarien ne sont pas contradictoires. Elles peuvent se discuter concomitamment, car elles se complètent, se nourrissent mutuellement, de façon dialectique : les masses laborieuses ont besoin d’une réaction collective pour mettre un coup d’arrêt aux attaques du gouvernement, à la dégradation constante de leurs conditions de vie, mais il leur faut aussi un cadre politique, un parti, qui soit le leur propre pour en finir un jour définitivement avec l’exploitation, la misère, les inégalités, les injustices, les maladies et la dictature que leur impose le capitalisme. La mobilisation contre la vie chère pourrait alors servir de creuset à la formation de cet organe politique indépendant des travailleurs et des opprimés parce que le parti révolutionnaire n’est rien d’autre que le regroupement, derrière le drapeau de la classes ouvrière, des femmes et des hommes qui sont décidés à se battre pour l’amélioration des conditions de vie des masses laborieuses et qui, en outre, se fixent comme ambition et objectif de changer radicalement la société en fonction des intérêts collectifs de la majorité opprimée, en arrachant le pouvoir des mains des partis et politiciens bourgeois. Si nous voulons en finir avec toutes les oppressions, quelles qu’elles soient, il ne suffirait pas  d’imposer seulement les revendications populaires au dictateur Déby en faisant plier celui-ci par le biais d’une grève générale : les travailleurs devraient aussi proposer une politique à l’ensemble des opprimés face à la société capitaliste, en crise et en faillite, qui ne peut que produire l’exploitation, la misère, les maladies, les inégalités, le chômage, sur le terreau desquels poussent la dictature, mais aussi les guerres ethniques et les violences de toutes sortes dont ils sont les principales victimes.

 

Voici l’enjeu ! Il est de taille, certes, mais c’est le seul qui en vaille la peine ! Il s’agit de transformer radicalement la société, d’en bâtir une  nouvelle, débarrassée de cette couche de parasites vivant sur le dos des masses opprimées, une société avec autant de partis, de syndicats, d’associations de tout genre qu’on voudra, qui sera fondée sur le pouvoir démocratique des masses laborieuses, avec pour moteur non pas la loi de l’argent et la concurrence entre les uns et les autres, mais la satisfaction des besoins collectifs de tous au moyen d’une mise en commun des richesses et de leur juste et solidaire répartition afin que tout le monde accède à des conditions de vie dignes de notre époque. Cette société-là, seuls les travailleurs et les autres opprimés victimes du capitalisme peuvent la bâtir, parce qu’ils en ont la force, et ont intérêt à le faire. Mais, pour cela, il faut d’abord qu’ils soient politiquement organisés.

 

Espérons alors que dans la situation actuelle où l’on voit s’instaurer un climat de politisation, - marqué, d’un côté, par un rejet de plus en plus fort de la dictature, mais aussi par des interrogations au sein même de l’opposition sur la volonté et les capacités de ses dirigeants à satisfaire les aspirations des masses laborieuses, de l’autre, par des grèves, des mouvements de contestation, de protestation, y compris des ménagères -,  il y aura des femmes et des hommes qui émergeront pour aider les travailleurs à donner une suite collective au 8 février et à se doter d’une organisation politique indépendante qui leur soit propre, seul moyen qui puisse leur permettre de prendre la tête de tous les opprimés afin de conduire leur combat jusqu’au bout dans la perspective d’une société fondée sur la démocratie la plus large qui soit, avec pour moteur la satisfaction des besoins de tous. Pour ceux qui ne veulent pas se contenter de quelques ravalements de façade, sous la forme d’un remplacement de Déby par un autre dictateur ou d’une négociation entre celui-là et ses opposants, mais qui tiennent à ce que les choses changent réellement, que soit mis fin à l’exploitation, à la misère, au chômage, à la guerre, à la dictature, notamment pour les intellectuels, les étudiants, les élèves, révoltés, qui ne craignent pas la volonté populaire, dont l’ambition n’est pas d’être de futurs notables ou larbins au service d’un potentat, militaire ou civil, eh bien, la tâche, c’est d’aider à la construction de cette organisation qui fait cruellement défaut aujourd’hui, au moins d’en bâtir la conscience, d’en jeter les germes : c’est l’unique garantie vers un avenir socialement meilleur et démocratique parce que, pour leur émancipation de toutes les oppressions, la seule arme que l’histoire ait offerte aux travailleurs et aux opprimés, c’est celle de leur propre parti.

 

 

                                                           Ali Mohamed Abali Marangabi

 

abali_icho@yahoo.fr

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calendrier 28/06/2009 16:51

Très belle article!!Continue la lutteCordailementAlex, rédacteurhttp://www.calendriere.com