La saga des vrais-faux dinars de Bahreïn (I): Les révélations de l'Ex conseiller spécial du président tchadien

Publié le par Waldar

La saga des vrais-faux dinars de Bahreïn (I)


Bakchich relate en cinq épisodes la saga des vrais-faux dinars de Bahreïn, qui constitue à ce jour la plus grosse affaire de contrefaçon monétaire du XXe siècle. Premier épisode aujourd’hui avec l’ex-conseiller spécial du président tchadien.

La plus grosse affaire de contrefaçon monétaire connue du XX ème siècle n’en finit pas d’embarrasser la justice française. Les faits -l’impression en Argentine de vraies-fausses coupures de 20 dinars de l’Etat du Bahreïn, pour une valeur de 350 millions de dollars, puis leur écoulement partiel- remontent à 1998.

Instruite à Paris sur plainte de l’autorité monétaire du Bahreïn, l’affaire n’a toujours pas été jugée. Une première audience -avortée- s’est tenue le 16 janvier 2007 devant la 12ème chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Pourquoi vrais-faux dinars ? Lorsqu’une masse de ces billets made in Argentina, initialement considérés comme authentiques, ont été changés en juin 1998 en Europe et au Proche-Orient, l’économie de ce riche état insulaire du golfe arabo-persique a failli s’effondrer. En catastrophe, le Bahreïn a dû démonétiser sa coupure de 20 dinars, la plus grosse, d’une valeur de 55 dollars.

Le meurtre d’un proche d’Hassan II toujours inexpliqué

Bakchich, en exclusivité, relate cette saga, en s’appuyant notamment sur les révélations que nous a faites, face caméra, Hassan Fadoul Kittir, l’un des principaux protagonistes identifiés de cet imbroglio, à l’époque conseiller spécial du président tchadien Idriss Déby. M. Fadoul explique avoir été chargé de superviser la fabrication des vrais-faux billets en Argentine, s’être occupé de leur acheminement au Tchad, puis de vaines tentatives pour les écouler au Nigeria et en France.

En parallèle, un ressortissant marocain, Hicham Mandari, est parvenu en juin 1998 à changer à Paris et à Beyrouth pour plusieurs millions d’euros des billets de 20 dinars provenant du même lot. Hicham Mandari était un protégé de Farida, la concubine favorite du roi Hassan II (mort en juillet 1999), et secondait le chef de la garde royale, Mohammed Mediouri.

Il reconnaissait avoir dérobé -et encaissé- des chèques tirés sur plusieurs comptes privés appartenant à Hassan II, prétendant ainsi récupérer son dû, car il se présentait parfois comme le fils caché du défunt souverain marocain.

Arrêté à Miami, extradé en France, puis relâché sous contrôle judiciaire, Hicham Mandari a été assassiné en aout 2004 en Espagne. Ni les circonstances, ni les auteurs de ce crime n’ont à ce jour été élucidés par la justice espagnole. Bakchich l’avait rencontré à Miami et à Paris.

 

Les révélations du conseiller spécial du président tchadien

Hassan Fadoul Kittir était un « ami de trente ans » du président tchadien Idriss Deby, dont il a été plusieurs fois ministre, après que l’actuel président ait chassé, les armes à la main, son prédécesseur Hissène Habré. Il a également dirigé la compagnie Air Tchad.

Cette proximité avec le maître de N’djamena a fait de lui la cible d’un groupe d’hommes d’affaires, dont le Tchado-beninois Pedro Lazar, et surtout le dénommé Nozi Mwamba, considéré comme un proche du défunt président Mobutu, et représentant pour l’Afrique de l’imprimerie de sécurité argentine Ciccone Calcografica. Le contact a donc eu lieu à Paris, en 1997, pendant une escale de Hassan Fadoul. Selon les explications données par Hassan Fadoul à la justice française, l’aval d’un chef d’état en exercice était indispensable pour être pris en considération par l’imprimeur argentin.

Un Deby de billets enthousiasmant

C’est donc au titre de conseiller spécial et de représentant personnel du président tchadien que Hassan Fadoul a effectué ce voyage en Argentine, au cours duquel il constate la diversité des devises imprimées par Ciccone Calcografica, selon toutes les régles de l’art.

Au retour de sa mission en Argentine, les poches pleines de liasses d’échantillons, Hassan Fadoul rend compte au président Déby, qui est enthousiasmé par ce qui lui apparait comme de lucratives perspectives. Il invite donc à N’Djamena, au palais présidentiel, Nozi Mwamba, le représentant de l’imprimerie pour sceller leur accord.

Initialement, un peu naïvement, Idriss Deby songeait à faire imprimer des Francs CFA, la devise de l’Afrique centrale francophone. Habilement, Mwamba l’en dissuade et l’amène progressivement à accepter ce qui était sans doute déjà programmé : faire endosser par Deby l’impression de dinars de Bahreïn…

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cherif 06/07/2009 11:39