Tout se passe comme s’il n’est point de salut en dehors du Mouvement patriotique du Salut (MPS).

Publié le par Waldar


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Il est, dans la sphère politique tchadienne actuelle, des pratiques qui inquiètent. Tout se passe comme s’il n’est point de salut en dehors du Mouvement patriotique du Salut (MPS).

En dehors de quelques militants qui brandissent avec fierté leur appartenance à ce parti, le reste préfère se la couler douce presque comme s’il devait avoir honte de cette appartenance. Pourquoi une telle attitude donc ? La réponse est toute simple. Soit il s’agit d’une adhésion-contrainte, soit c’est une manière de se frayer “une place à l’ombre”. La carte du parti devient ainsi un sésame. Les deux situations conduisent à un même résultat : on n’est militant que du bout des lèvres et sans conviction donc. Des propos acerbes que tiennent certains en dehors du cercle du parti le démontrent à suffisance.

Les exemples qui imposent la carte du parti ne manquent pas. En voici quelques uns. Un jeune cadre à la recherche d’un emploi nous a raconté, il n’y a pas longtemps, que bien qu’il ait franchi les différentes étapes de la sélection, il n’a pas pu accéder à un poste parce qu’il n’a pas eu l’idée lumineuse de faire valoir son appartenance au MPS. Un jour, alors que nous attendions à être reçu par un ministre, un monsieur fait irruption, un peu comme s’il entrait dans un marché. Il tenait absolument à être reçu par le ministre, bien avant tous ceux qui attendaient sagement leur tour. Tout simplement parce que le ministre en question était son " camarade ". Le secrétariat du ministre exigera de lui qu’il respecte les mêmes règles que tous ceux qui attendaient. Et notre homme de leur faire part de sa surprise et de se mettre à discourir sur la nécessité, voire l’obligation pour le ministre qui venait de prendre fonction de réserver des places à " ses camarades " et surtout ses camarades originaires de la même région que lui.

Dans un projet de la place financé par des partenaires du Tchad, "on" a exigé des responsables qu’ils prennent la carte du parti. La pression était si forte qu’ils ont dû se soumettre à cette exigence. L’un d’entre eux a poussé plus loin en mettant bien en vue sur ses épaules l’écharpe du parti. En dehors de l’entrée dans le parti, il y a aussi la stratégie des alliances. Mais certains préfèrent, comme on le dit chez nous, se réchauffer directement auprès du feu que de se mettre du côté de la fumée.

Fortement ancrée dans les pratiques de nos hommes politiques, ces attitudes apparaissent aujourd’hui comme tout à fait normales. Des officines se créent même, qui ont pour rôle d’embrigader les jeunes cadres. Et, dans ce processus, toutes les formes de pressions sont utilisées qu’elles soient de type religieux, ethnique, parental, etc. ou de nouer une alliance avec celui-ci ? Où est alors l’opposition ? Est-ce parce que celle-ci manque de statut ?

Ces pratiques posent cependant une question fondamentale : peut-on, oui ou non, en tant que citoyen, servir son pays, sans se soumettre à cette exigence qu’est l’appartenance au parti au pouvoir ? Nous entrevoyons à l’horizon un véritable danger du moment que l’accès à l’emploi, à un poste de responsabilité, se trouve soumis à cette condition. D’où l’engouement pour les regroupements, de femmes, de jeunes, d’opérateurs économiques affiliés au parti au pouvoir. Lorsque toute la sphère sociale, politique et économique se trouve ainsi phagocytée, notre démocratie qui se cherche court un péril. Et ce péril, c’est l’absence de tout débat d’idées contradictoire voire une absence d’alternance. Mais les électeurs devraient, le moment venu, bien réfléchir avant d’opérer leur choix. A moins qu’eux-mêmes inculquent, par leur vote ethnique, dans l’esprit des hommes politiques qu’au Tchad, on vote pour les hommes et non pour les idées qu’ils défendent.

Naygotimti Bambé

Cefod

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