Anicet Laotaye, un fromager au Tchad:un projet genial pour le Tchad

Publié le par Waldar


voila une  personne avec un projet genial pour le Tchad au lieu de faire la guerre tout le temps

Anicet Laotaye, un fromager au Tchad
Marianne Baechler

De passage en Suisse, Anicet Laotaye, Tchadien et fromager diplômé de l'Institut agricole de Grangeneuve, poursuit son projet de fromagerie au Tchad malgré les difficultés.
Anicet Laotaye est bien connu des lecteurs d'Agri. Son itinéraire a été retracé dans nos colonnes en 2004, l'année de l'obtention de son diplôme de fromager à l'Institut agricole de Grangeneuve (IAG), et en 2006, alors que son projet de fromagerie prenait corps au Tchad. Anicet Laotaye a passé son enfance en brousse chez ses grands-parents paternels au Tchad. Il y a appris les réalités des paysans indigènes.
Au décès de son aïeul, il est retourné auprès de son père Luc, ancien élève de l'Ecole de laiterie de Grangeneuve. Ce dernier avait développé un centre d'enseignement et de transformation du lait proche de N'Djamena. Malheureusement, il disparaîtra des suites d'un accident de la circulation. Trop jeune pour prendre le relais et plutôt tenté par l'enseignement de l'agriculture, le fils lycéen veut «aider les paysans tchadiens à améliorer leurs séculaires pratiques pastorales, synonyme d'une meilleure qualité de vie. Et prévenir ainsi la désertion des campagnes pour la ville sans avenir...», se souvient Anicet.
«Partager va à l'encontre de la tradition. En Afrique, tout se fait plus lentement»

Encouragé par sa marâtre Ruth Wittmer, Suissesse d'origine, Anicet change de cap et s'inscrit à l'Institut agricole de Grangeneuve. Franchies les méandres administratives helvétiques avec l'inlassable soutien de Michel Rolle, alors directeur du secteur laitier, le jeune Africain obtient l'autorisation de séjour. Il intègre l'IAG en 2001 à l'instar de son père vingt ans plus tôt et suit la filière fromagère ponctuée de deux stages pratiques. Celui passé à l'alpage spartiate proche de Charmey, lui rappellera son pays.
«Un moment heureux!» Même si l'adaptation est rude, l'étudiant s'intègre rapidement et tisse de nombreux liens. Guitariste et compositeur, il rejoint un groupe de reggae fribourgeois qui sortira un CD dont une partie de la vente reviendra à l'association.
Au bénéfice des compétences reconnues (CFC et brevet de fromager), le jeune homme rejoint le Tchad en 2004 avec l'objectif de réactiver le concept de fromagerie-école institué par son père et de transmettre aux éleveurs le savoir-faire acquis en Suisse en matière de transformation du lait. C'est-à-dire leur apprendre à stocker les fourrages et à constituer des réserves afin de nourrir en suffisance les zébus toute l'année. Cette manière assurerait l'approvisionnement en lait de la fromagerie. Méthode totalement igno- rée des indigènes.
Bien entendu, cela bouscule les traditions séculaires. En effet, sitôt la mousson terminée, c'est l'abondance et le gaspi à la fois, car le bétail piétine le surplus et rien n'est engrangé. La sécheresse s'installe et le lait tarit. Tâche ardue à laquelle Anicet va s'at- teler. La propriété foncière n'existe pas, la terre appartient à la communauté villageoise.
Appartenance religieuse
A trois kilomètres de la résidence présidentielle, proche du fleuve Chari, la fromagerie de Farcha, (banlieue de N'Djamena) prend forme avec l'équipement arrivé de Suisse à fin 2004. Suivront deux autres expéditions de matériel dont la caravane véhiculée et installée en début d'année par Daniel Wenger, passionné d'Afrique, qui posa les panneaux solaires, rendant l'exploitation de la fromagerie autonome quant à la production d'énergie et alimenté le portable d'Anicet. «Même si le compteur montre un zéro de consommation, le préposé demande une redevance...», relève le Suisse.
On ne bouscule pas des traditions ancestrales d'un coup de baguette magique. Anicet ne le démentira pas. «Partager va à l'encontre de la tradition. En Afrique, tout se fait plus lentement. Tout prend du temps. L'heure des rendez-vous est approximative...», sourit l'Africain imprégné des habitudes helvétiques. Séjournant actuellement en Suisse, il s'ouvre.
«Aujourd'hui, je fabrique de la feta, du fromage frais type mozzarella, mi-dure au lait thermisé et des yogourts. Mon principal souci est la matière première, soit la fourniture du lait. Le ramassage devient un parcours du combattant. Si au début la collecte se présentait bien, au fil des mois, le concept a séduit et la concurrence s'est installée. Les éleveurs se dispersent. L'appartenance religieuse prend également ses droits.» Les chrétiens dont le fromager fait partie étant minoritaires, le choix de la livraison du lait est proportionnelle...
«De plus, le fossé érigé autour de N'Djamena, à la suite des récentes révoltes, laissant juste quelques gués, ne facilite pas l'acquisition du lait», ajoute Daniel.
«Les cours d'hygiène organisés à l'intention des personnes actives dans le secteur alimentaire rencontrent un franc succès, sans oublier les stagiaires envoyés par le Ministère de l'élevage. Je suis un peu l'Hervé Berset africain», rigole Anicet qui reste positif et cherche à se profiler malgré les écueils (n.d.l.r.: Hervé Berset est responsable de la formation pratique des fromagers à l'IAG. Il a été le maître d'apprentissage d'Anicet). Les clés de la réussite sont entre ses mains avec l'aide et l'amitié des Suisses...

agrihebdo
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Adoumbaye Rimbarngaye 10/07/2009 15:22

Apprendre que Anicet marche sur le pas de son feu père me reconforte et je me dis que même si je ne suis pas l'instiguaterur direct de cet acheminement, j'aurai au moins d'une manière ou d'une autre apporté ma maigre contribution.
En effet j'ai eu Anicet comme élève au Lycée Sacré-coeur ou j'enseignais les Maths. Par la suite (quand il n'était plus dans ma classe)j'étais leur repétiteur à la maison. Anicet, son Cadet Luc je crois et leur cadette Marie. Anicet et son cadet tenaient mordicus à la music au détriment des études scolaires . Marie nourrissait l'ultime rêve de devenir footballeuse internationale. Vous conviendraez avec moi que tout cela n'avait aucune intersection avec les Math car, dit on tel père tel fils et donc moi je voulais dare dare qu'ils aiment les sciences ce qui nous amenait à de longues disscussions après les cours. Aujourdh'hui, Anicet est à ce niveau Dieu merci.Qu'ils trouvent tous ici mes félicitations et peuvent m'écrire pour un coq-coq-coq...
Adoumbaye Rimbarngaye.