TCHAD-SOUDAN : Le conflit s’enlise dans l’indifférence

Publié le par Waldar

Et voilà que recommence la guerre des communiqués entre deux pays décidément très ennemis ! Le prétexte en est le bombardement effectué par l’aviation de l’armée tchadienne, il y a moins d’une semaine. De cela, les deux pays en conviennent ; pour le reste, la divergence est totale. Alors que le Soudan affirme que les appareils tchadiens ont bombardé la région d’Umm Dukhun, dans l’Ouest du Darfour et située en territoire soudanais, le rival tchadien soutient que "c’est l’Union des forces pour la résistance" qui a été visée et non des villages soudanais.

Qui des deux pays ennemis a tort ou a raison ? Bien malin, qui saurait le dire avec exactitude. Mais une chose est sûre cependant, les deux pays, et au-delà, les deux chefs d’Etats ne s’apprécient guère et ce regain de tension ne peut que raviver de vieilles inimitiés que, de part et d’autre, on semble avoir tout intérêt à ce qu’elles perdurent.

En outre, cette dernière escalade représente un nouveau signe que la rupture est plus que jamais consommée entre El Béchir et Déby, et avec elle, que sont caducs tous les accords passés entre les deux pays et qui avaient pour visée finale une réconciliation, dans ce conflit qui dure depuis maintenant de longues années.

La situation est d’autant plus alambiquée qu’elle a fini par lasser les uns et les autres. On aura tout tenté, tout essayé, mais au final, les résultats en sont à ce jour bien maigres. La haine morbide qui oppose les deux dirigeants est telle qu’elle réduit à néant toute initiative et s’oppose à toute avancée significative en vue d’une sortie de crise paisible.

Et pourtant, l’association de ces deux pays aurait pu conduire à la création d’une puissance régionale considérable. Mais voilà, trop de haine sépare Déby et El Béchir. Et tous deux entretiennent le désir de surarmer leur pays respectif. Et des deux côtés, la manne pétrolière est providentielle à cet effet.

Ils sont légion les conflits qui, en Afrique, de par le passé, ont opposé des pays limitrophes. Mais la persévérance des uns et des autres, à laquelle s’ajoutait la bonne foi des belligérants, aura réussi à faire asseoir autour d’une même table des ennemis d’hier pour une résolution pacifique qui emprunta la voie de la médiation et du dialogue. Le conflit soudano-tchadien ne risque pas d’emprunter le même chemin, et pour cause : Idriss Déby et Omar El Béchir se détestent à mort et, à bien y voir, chacun d’entre eux se nourrit de la guerre qui les oppose.

Tous deux sont de forts partisans, chacun dans son pays, d’une malgouvernance certaine qui ne dit pas son nom ; chacun des deux ignore jusqu’au concept même de la démocratie et affectionne la violence à la fois injuste et gratuite. Pour tout dire, chacun des deux chefs d’Etat a de gros problèmes à domicile. El Béchir cherche vainement à se débarrasser du mandat de la CPI, tandis que Idriss Déby ne dort que d’un oeil à cause d’infatigables rebelles qui le harcèlent. Et comme il est de bonne guerre pour des cas du genre, on agite la fibre nationaliste pour mobiliser, pour faire oublier les démêlés vécus à l’interne. Il faut d’ailleurs reconnaître que chacun des deux dirigeants le réussit excellemment.

Mais, fait nouveau, alors que jusqu’à présent, les deux régimes se battaient par rebelles interposés, le bombardement de la semaine dernière, véritable attaque directe d’une aviation en territoire étranger, participe sans doute d’une stratégie nouvelle, et est bien la preuve que les positions se radicalisent. Et ce, d’autant plus que le Soudan affiche sa détermination à tout mettre en oeuvre pour donner la réplique qui convient à toute nouvelle incursion de l’aviation tchadienne sur son territoire. De toute évidence, entre le Tchad et le Soudan, filer le parfait amour ne sera pas pour demain. Et le plus déplorable, c’est que ce sont les populations civiles qui en paient le plus lourd tribut, elles qui sont prises en étau entre les territoires des deux pays, victimes de la haine viscérale que se vouent deux personnalités décidément irréconciliables, et désespérément livrées à elles-mêmes.

A quand la sortie du tunnel ? Nul ne saurait le prédire. Car, au-delà des deux chefs d’Etats, c’est bien les régimes que ces derniers auront forgés et assis autour d’eux qu’il faudra sans doute démanteler pour avoir quelque espoir que se réalisent un jour dans cette région fort tourmentée du continent africain, "démocratie", "bonne gouvernance" et "Etat de droit". Il faut l’espérer, tout en s’armant de patience.

"Le Pays"

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