ANTHROPOLOGIE De l’aide humanitaire et du développement: Défense d’être naïf ou cynique

Publié le par Waldar

ANTHROPOLOGIE - De l’aide humanitaire et du développement: Défense d’être naïf ou cynique

L’affaire de l’Arche de Zoé a mis «en accusation l’aide humanitaire dans son ensemble». C’est dans ce contexte troublé, que le nouveau livre de Laëtitia Atlani-Duault et de Laurent Vidal, intitulé Anthropologie de l’aide humanitaire et du développement est paru la semaine dernière à Dakar. Lors d’une conférence à l’Institut français, M. Vidal, anthropologue de profession avait présenté ce travail en abordant quelques-unes des grandes questions de l’anthropologie de l’aide.

Dakar n’est pas seulement la capitale du Sénégal, mais également celle de l’aide humanitaire et du développement en Afrique de l’Ouest – tellement nombreuses sont les Ong installées dans la presqu’île. Ainsi, la publication du livre Anthropologie de l’aide hu­manitaire et du développement la semaine dernière à Dakar a suscité un grand intérêt. En prélude, l’Ins­titut de recherche pour le dé­veloppement (Ird) avait organisé une conférence arbitrée par l’Ins­titut Français Léopold Sédar Sen­ghor à l’occasion de laquelle le nouveau livre de Laëtitia Atlani-Duault et de Laurent Vidal a été présenté par le dernier nommé.
En effet, dans leur travail, les deux anthropologues français se sont intéressés à la rencontre en­tre celui qui apporte de l’aide et celui qui en bénéficie afin «d’apprendre à adapter un savoir-faire technique aux particularismes, et d’éviter un gaspillage de temps, d’argent et d’énergie, mais surtout pour ne pas «mal aider» les populations en situation de vulnérabilité».
Ce «travail dynamique, qui doit être enrichi dans les années à ve­nir» débute en dressant le cadre théorique de l’anthropologie. Le cha­pitre d’introduction est suivi par des études de différents secteurs d’intervention de l’aide humanitaire, tels que les réfugiés, le monde rural ou l’environnement, réalisées par des chercheurs de nationalités diverses. Le livre prend fin avec un chapitre rédigé par le directeur de l’Ird, M. Vidal, dans lequel il s’interroge sur les caractéristiques de l’anthropologie en général en abordant des éléments clés et en posant des questions primordiales pour la méthodologie : «Est-ce que le chercheur peut s’isoler totalement ?», «Est-ce qu’il ne subit aucune influence ?», «A-t-il des capacités de transformation des dysfonctionnements constatés ?»
Afin de s’interroger sur la nature même de l’aide, le chercheur est parti de l’affaire de l’Arche de Zoé, qui a mis en question cette association française. (Ndlr : six Français ont été condamnés aux travaux forcés par le Tchad en 2008 pour tentative d’enlèvement de 103 enfants, qui selon l’Arche de Zoé étaient des orphelins soudanais. Mais suite à des enquêtes, on a su que 85 % des enfants n’étaient pas des orphelins et trois quart sont Tchadiens.) Cette affaire qui a fini par «mettre en accusation l’aide humanitaire dans son ensemble» relève de questions d’ordre culturel, mais aussi d’or­dre éthique puisque l’Arche de Zoé se clame d’avoir travaillé «dans l’intérêt des enfants».
Nul n’est alors surpris que le débat qui a suivi les propos de M. Vidal a été autant controversé que la problématique elle-même. C’est avant tout la question de l’utilité de l’aide qui a divisé le public. A un intervenant qui demandait qu’on étudie la question de savoir comment arrêter l’aide, parce que «nous n’en voulons plus», un au­tre a répondu en soulignant l’im­portance de l’aide pour le continent africain. Ainsi, cette question inclut celle de la qualité de l’aide ap­portée. L’expert expli­que que pour lui, l’aide reste toujours «quel­que chose d’imaginée, de projetée». Son travail consiste alors «à prendre du recul et de s’interroger sur les idées et les valeurs derrière l’intention de l’aide». A son avis, l’aide part toujours d’une bonne intention et du constat que quelque chose ne va pas, néanmoins tout ne peut pas être anticipé. Une intervention peut alors causer des effets non-prévus, allant même jusqu’à la déstabilisation violente d’une situation.
Interrogé sur cette probabilité, M. Vidal met en avant que la multiplicité des acteurs a fini par former un marché de l’aide qui fonctionne selon les règles de la concurrence. «Il faut être ni naïf ni cynique à l’égard des Ong», conseille-t-il à un intervenant pour qui, des gens des Ong sont «des personnes dans des 4x4 ou des salles climatisées qui rédigent des rapports».
En conclusion, la parution du livre, qui tente de faire une étude multidimensionnelle de l’anthropologie de l’aide, semble permettre d’approfondir le débat important autour de l’aide humanitaire.

Par Joséphine HEINITZ

 

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