Un cours d’eau pour sauver le Lac Tchad.

Publié le par Waldar

Une réunion technique sur le projet de transfert d’eau du fleuve Oubangui en RCA, au lac Tchad. Une initiative de la commission du Bassin Congo Oubangui Sanga.
La rencontre s’est tenue à Douala. Elle vise à donner un cachet spécial à ce projet, véritable expression de la volonté des chefs d’Etats en vue de sortir les populations de la pauvreté.

Les travaux étaient présidés par le Dr Abdoulaye Ousman Gamdougé, Secrétaire exécutif de la commission du Bassin du Lac Tchad.

Jadis l'un des plus grands lacs du monde, le Lac Tchad s'est réduit considérablement pendant les quatre dernières décennies. Dans les années 1960, il couvrait un secteur de plus de 26 000 km². En 2000, il était tombé à moins de 1 500 km². Le déficit de pluviosité combiné à une plus grande utilisation des eaux du lac et des rivières pour l'irrigation – la population du bassin a doublé dans l'intervalle, et l'irrigation a quadruplé entre 1983 et 1994 – expliquent ce recul. Sa faible profondeur, au maximum de 7 mètres , le rend fragile et très dépendant des fluctuations saisonnières. La navigation y est désormais impossible.

Le bassin hydrographique du lac est théoriquement de 2 380 000 km², couvrant 7,8% du continent, mais le bassin actif n'est en fait que de 967 000 km². Le principal apport, pour 90 %, vient du fleuve Chari et de son affluent Logone, tous deux issus des montagnes de la République centrafricaine.. Le Komadougou Yobé, issu du Nigeria, est affaibli par la présence de deux barrages qui ont fait chuter son débit de 7 km3 à 0,45 km3 par an. Bien qu'il ne participe que pour 10% aux eaux du lac, c'est la séparation provoquée en deux bassins, nord et sud, qui rendit précaire l'alimentation du nord. La perte hydrique en aval des barrages a de plus été compensée par un captage accru des puits.

Le recul du lac dans les années 1970-80 n'a pas eu que des inconvénients. Les nouvelles terres émergées, encore humides, ont permis d'entreprendre des cultures très productives surtout au sud du lac, côté tchadien. Les terres irriguées se montent à 135 000 hectares , dont 100 000 au Nigeria.

En 1963 le lac couvre, selon les sources de 22 903 à 25 000 km2. En 2001 sa superficie descend à 4 000 km2, et en  2008, ses dimensions sont de 30 km sur 40 km à l'embouchure du fleuve Chari - (Logone) pour une superficie de 2 500 km2. Le lac Tchad couvre moins de 10% de la surface qu'il occupait dans les années 1960!

La population et toute l’exploitation qui est faite autour du Lac ne constituent pas à elles seules les causes du retrait de cette étendue d’eau. Il y a également le climat.

Le climat autour du lac est chaud et sec, avec des précipitations très variables – de 94 à 565 millimètres annuels dont 90% tombent entre juin et septembre. La rive sud est plus humide que le nord. Bien que l'évaporation soit importante, surtout durant la saison sèche, la salinité du lac n'augmente guère, les eaux les plus chargées en sel quittant le lac par le sous-sol.

La salinité du bassin nord pourrait augmenter si l'apport hydrique vers ce dernier reste faible, ce qui pourrait causer la disparition de nombreuses espèces végétales et animales, augmentant l'érosion par la suite.

Pour sauver le lac Tchad, un ancien projet a refait surface au début du XXIe siècle, celui du Transaqua. Il s'agit d'un projet de transfert d'eau interbassins, au départ de certains affluents du fleuve Congo vers le lac Tchad, et ce par un gigantesque canal qui utiliserait la vallée du fleuve Chari.

Actuellement, deux projets différents sont sur la table de la commission du Bassin Congo Oubangui Sanga, tous deux prévoyant le transfert d'une partie des eaux de l'Oubangui par un canal de 1350 kilomètres .

Il est à noter qu'avant tout il fallait convaincre la République démocratique du Congo et la République du Congo d'accepter le projet, le cours d'eau à détourner (l'Oubangui) prenant sa source en République démocratique du Congo puis formant frontière avec la Centrafrique puis avec la République du Congo. L'accord des deux pays est chose faite depuis 2005.

En mars 2008, le Nigeria, le Niger et le Tchad sont tombés d'accord pour aller de l'avant et financer des études pour transférer une partie des eaux de l'Oubangui.
L'étude de faisabilité qui nécessite des moyens importants doit débuter en 2009. Tous les cinq pays membres de la CBLT (Commission du bassin du lac Tchad), à savoir le Cameroun, le Nigéria, la République centrafricaine, le Niger et le Tchad, sont d’accord pour apporter leurs contributions à ce lourd projet.

Pierre EVEMBE


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