Un monde de taudis

Publié le par Waldar

Le bidonville est à la mode. Effet 'Slumdog Millionaire' oblige, pour 400 roupies, les agences de voyages indiennes promènent les touristes dans les quartiers insalubres de Mumbai. Idem dans les favelas de Rio ou à Soweto, en Afrique du Sud. Si la visite peut sembler exotique à certains touristes, pour le milliard de personnes sur la planète qui vit dans ces taudis, la réalité est tout autre.

 

Un être humain sur six vit dans un bidonville. Un sur six dans une baraque faite de plastiques, cartons et tôle, sans toilettes ni eau courante. Un être humain sur trois, si on élargit à tous les citadins vivant en dessous du seuil de pauvreté. (1) Le bidonville n'est plus marginal. Il risque plutôt de devenir le coeur de l'urbanisation. Pour la Banque mondiale, la pauvreté urbaine est même "le problème le plus important et le plus politiquement explosif du XXIe siècle". (2) En 2015, l'Afrique noire comptera 332 millions d'habitants dans les bidonvilles et ce chiffre continuera à doubler tous les 15 ans. En Ethiopie, au Tchad ou en Afghanistan, on atteint les chiffres fous de 99,4%, 99% et 98,5% de citadins vivant dans des bidonvilles. (3)


La faute du FMI

 

Pourquoi une telle ampleur ? Les bidonvilles enflent d'abord à mesure que les campagnes se vident. Et elles ont toutes les raisons de se vider : les grands groupes agroalimentaires coupent l'herbe sous le pied des petites exploitations, la mécanisation de l'agriculture et l'importation de nourriture font disparaître des emplois, et les sécheresses et autres dérèglements environnementaux convainquent les derniers résistants de quitter leurs terres. Dans les années 1980, lorsque l'exode rural prenait de l'ampleur dans les pays du Sud, il était plus que nécessaire que les Etats investissent pour développer leurs infrastructures sanitaires, routières et surtout en matière de logements. Seulement, à cette époque, le FMI et la Banque mondiale conditionnaient le maintien de leurs aides à une/la rigueur budgétaire qui interdisait ce type de dépenses. Comme l'a souligné Mike Davis, sociologue et historien américain : "Une croissance urbaine rapide dans le contexte d'ajustements structurels, de dévaluation monétaire et de retrait de l'Etat a toujours fonctionné comme une implacable machine à produire des bidonvilles." (4) Même son de cloche du côté de Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, docteur en anthropologie : "Loin d'être une pathologie, l'espace qu'on qualifie de bidonville est une forme de développement prévisible de la grande ville dans les pays du Sud." (5)


La classe moyenne dans les bidonvilles

 

Aujourd'hui dans les PED, le marché du logement standard permet rarement de satisfaire plus de 20% de la nouvelle demande. (6) Les bidonvilles ne sont plus l'apanage des miséreux mais concernent aussi une classe moyenne qui ne peut se loger ailleurs. (7) Ces taudis ne ressemblent pas à des mouroirs. Les enfants vont à l'école, les adultes travaillent. A Rio, le carnaval est entièrement préparé dans les favelas. A Dharavi, le bidonville qui, avant d'être immortalisé par Danny Boyle dans 'Slumdog Millionaire', était surtout connu pour son titre de 'plus grand bidonville d'Asie' (1 million d'habitants sur 3 km2), l'industrie du cuir a pris une telle ampleur que les produits confectionnés s'exportent largement à l'étranger. Dans le quartier, le business du recyclage a un chiffre d'affaire annuel estimé à 775 millions d'euros. Et les habitants paient généralement une rente pour les quelques bouts de taule et de plastique qui leur servent de domicile. A Dharavi, les locations démarrent à 1.000 roupies par mois (15 euros) pour une pièce et peuvent atteindre le double, soit l'équivalent du salaire mensuel d'un petit fonctionnaire. Se loger au bidonville apparaît alors tel un luxe pour les plus déshérités… Ceux-là, on ne les trouve finalement pas dans le bidonville, mais à même le sol, sur un trottoir, au coeur de la ville.   Lire la suite de Un monde de taudis »


(1) ONU-Habitat.
(2) Rapport de la Banque mondiale.
(3) Onu-Habitat.
(4) Mike Davis,
'Le Pire des mondes possibles'
, La Découverte, 2006.
(5) Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky,
'Intouchable Bombay – Le bidonville des travailleurs du cuir'
, CNRS éditions, 2002.
(6) Organisation international du travail.
(7) Pauline Garaude,
'Les Guides de l'état du monde, Inde', La Découverte, 2008.


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