Affaire afriqiyah : Le film de l’altercation de Tripoli

Publié le par Waldar

 

Le samedi dernier, 24 juillet 2010, plusieurs dizaines de voyageurs de la compagnie libyenne Afriqiyah, en majorité des Tchadiens, ont eu une altercation avec les policiers libyens dans la zone d’embarquement de l’Aéroport International de Tripoli. L’incident est partie d’un déficit de communication et d’une méprise libyenne envers les Tchadiens. Le film de l’événement.
 
17h15 à 22h00. L’aéroport de Tripoli est agité. Les passagers en provenance de différents continents viennent et s’en vont dans une cohue indescriptible. La joie des uns se dilue dans la crainte des autres. Les femmes, « négligemment » habillées craignent particulièrement d’être prises à partie. Pour les passagers en provenance de l’Europe, le nombre pléthorique des agents libyens et leur apparente nonchalance ne manquent pas d’attirer l’attention.
 
Une pléthore de jeunes gens qui semblent sortir tout droit des films italiens, encombrent les allées de l’aéroport. Devant les scanners et les portiques de sécurité, il y’en a à toutes les portes, les préposés à la charge de surveiller les bagages à mains et les personnes préfèrent les douces sonorités de leurs téléphones portables à leur travail. On passe les portes sécurisées comme en entrant au marché de Dembé. Lorsqu’on veut s’arrêter à cause de la machine qui a sonné, l’agent fait signe de passer rapidement parce qu’il ne veut pas perdre son temps. Ahurissant !
 
22h00. Les différents vols programmés partent les uns après les autres. Sur le Tableau, le vol U8 720 à destination de N’Djaména est confirmé. Les passagers de Tripoli sont appelés à faire leur enregistrement. Ceux qui sont en transit attendent l’appel du speaker.
 
C’est dans cette attente qu’une rumeur commence à circuler : le vol en partance pour N’Djaména serait annulé. Pourtant, sur le panneau lumineux, le vol est bel et bien à l’heure. Par contre, il est impossible de trouver des informations auprès des agents d’Afriqiyah. Personne n’est présent. Les étudiants en provenance de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie, les malades en provenance des différents pays nord africains et de l’Europe qui ont passé pour certains quatre jours commencent à s’impatienter. La colère monte.
 
22h30. Les policiers libyens sont intraitables. Ils refusent toute information. Ils refusent aux gens de sortir de la salle d’embarquement. Pour le reste, circuler. Voyant les passagers en partance pour Amman sortir de la salle d’attente pour rejoindre leur porte d’embarquement, les Tchadiens veulent en savoir plus. Pourquoi les autres vols ne sont pas annulés ? Où est-ce qu’on passera la nuit ? Il est hors de question de continuer à dormir dans cet aéroport dans des conditions humiliantes. En face, aucune réponse à ces interrogations. En dehors du mépris non feint des policiers.
 
23h15. Un groupe des passagers tchadiens décident de rejoindre une des portes d’embarquement pour prendre place dans le dernier avion dont on ne sait la destination. Les policiers libyens s’interposent. Un échange verbal met aux prises les policiers aux passagers. Des noms d’oiseaux sont échangés. Un policier libyen donne une gifle à un Tchadien et c’est l’embrasement. La bagarre se généralise. D’un côté, une vingtaine de Tchadiens et en face une bonne centaine de policiers. Sur cet entrefaite, les policiers font appellent à leurs collègues de la police militaire (Alchourt’al askariya).
 
24h00. Le Colonel Nassour Dillo est séquestré mais devant la détermination des passagers tchadiens. Pendant que la majorité s’occupait à libérer le colonel une escouade des libyens parvient à prendre à partie un  jeune tchadien, Brahim Mahamat Saleh. Il sera menotté et conduit à une destination inconnue. Les femmes qui ont vu le manège alertent le reste de la troupe. Entre-temps, la tension a baissé. L’intervention du Général Mahamat Garfa et du Colonel Saleh Abakar porte ses fruits. Les Tchadiens demandent la libération du jeune homme qu’ils obtiendront quelques minutes plus tard. Tout le monde regagne la salle d’attente. Les Libyens entoure cette salle et en bloquent toutes les issues. Ils négocient maintenant pour envoyer tout le monde à l’hôtel. Refus des passagers tchadiens de remettre leurs passeports aux Libyens.
 
24h15. Après l’altercation physique, il faut s’occuper de la bataille médiatique. Radio France Internationale est alertée. A 24h30, Rfi fait état de la bagarre de Tripoli. Dans la salle d’attente, c’est la délivrance. Un tonnerre d’applaudissement clôt le reportage de Rfi. Tout le monde sait que la fin de cette aventure est proche. Les autorités de N’Djaména seront informées quoiqu’il arrive. Alerté au même moment que RFI, l’attaché militaire de l’Ambassade du Tchad à Paris sort de son lit pour venir au secours de ses compatriotes. C’est grâce à l’intervention du Colonel Mahamat Chaouich que les passagers tchadiens acceptent de remettre leurs passeports aux Libyens et rejoindre l’hôtel.
 
3h00. Arrivée à l’hôtel. Repos général pour tout le monde. Quelqu’un dans la foule lance : « peuple tchadien… ta liberté naîtra de ton courage… » L’assistance acquiesce.
 
Abdelnasser Garboa
voix

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