Alors l’affaire Zen Bada, simple affaire de détournement de fonds publics ou manœuvre politicienne de Deby ?

Publié le par Waldar

ARRESTATION DE MAHAMAT ZEN BADA : DETOURNEMENT DE FONDS OU DELIT D’AMBITION POLITIQUE ?

Profitant de l’accalmie militaire sur le front Est, et à l’approche des échéances électorales, le staff de Deby a mis l’accent sur des actions de communication en brandissant les réalisations du régime, constructions de routes et autres infrastructures, censées prouver à l’opinion nationale et internationale que le Tchad avance. Des spots de propagande ont été réalisés et sont régulièrement diffusés à la Télétchad mais aussi sur les chaines étrangères.

Cette opération de marketing a été concoctée, dit-on, par le staff de M Desesquelles, représentant de l’UE qui, selon certaines indiscrétions, aurait des attributions occultes de Conseiller politique de Deby; dans tous les cas, son discours prononcé lors de l’inauguration de la route Koumra-Sarh en dit long sur ses débordements : « A l’approche des échéances électorales, l’inauguration de cette route est une excellente chose, le MPS est le seul parti capable de gagner les élections …»; il n’est alors pas étonnant que les responsables du MPS roupillent dans leur coin, M. Desesquelles les remplaçant à merveille. C’est donc en application d’un plan censé redorer l’image du régime de Deby auprès des bailleurs de fonds que le ministre du contrôle d’Etat a été actionné pour mener des audits, procéder à des arrestations et les exploiter médiatiquement. Frapper des lampistes mais aussi des personnalités, histoire de faire croire que même « les proches » ne sont guère épargnés. Et bien sûr, profiter de ces audits pour se débarrasser de personnalités devenues gênantes. Les audits sont aujourd’hui et depuis un certain temps, la nouvelle trouvaille des dictatures pour se débarrasser de manière scientifique, comme on dirait au Tchad, de personnalités de l’opposition, d’hommes politiques ayant des ambitions réelles ou supposées.

On l’a vu au Bénin, au Cameroun avec l’opération Epervier, au Sénégal où Wade a littéralement cassé et terrorisé les cadres du parti socialiste en procédant à des audits, en les jetant en prison et finalement en les ressortant un à un avec la condition qu’ils transhument vers son parti. Tout récemment, Dadis Camara avait révélé qu’avant qu’il ne déclare sa candidature à l’élection présidentielle, plusieurs hommes politiques guinéens estampillés démocrates lui avaient conseillé de lancer des audits contre leurs concurrents, histoire de les éliminer de la course et qu’ils lui seraient redevables si jamais ils étaient élus. Faire d’une pierre deux coups, est ce, ce qu’a essayé de faire Deby avec la mise en examen de Zen Bada ?

Le frère de Mahamat Zen Bada, Maldom, a été vice-président du MPS et compagnon de Deby dans le maquis. A sa mort, commença l’ascension de Zen Bada qui remplaça son frère, bénéficia de sa légitimité, puis grâce à son entregent, et par son engagement, il se propulsa très rapidement Ministre de l’administration territoriale, promu général, puis Maire de la ville de N’Djamena.

Il a assumé les impopulaires démolitions en répétant sans arrêt que de tout cela, va surgir quelque chose de positif. Son investissement personnel, perché sur les Caterpillar aux côtés des chinois, ne faisait pas l’ombre d’un doute à tel point qu’il se déplaçait avec une escorte pour sa sécurité.

Alors l’affaire Zen Bada, simple affaire de détournement de fonds publics ou manœuvre politicienne de Deby ?

Le système mit en place par Deby pour détourner massivement les revenus pétroliers par le

biais des infrastructures surfacturées de manière scandaleuse, a été souligné à maintes reprises par le groupe de la Banque Mondiale. Par exemple, un simple rond point fut réalisé à 17 milliards, une petite école en brousse de 5 classes coûta 8 millards etc... Daoussa Deby, frère du président avait créé une société de travaux publics qui regroupait en son sein plusieurs autres sociétés. Adoum Younousmi, ministre des infrastructures, chargé de la réalisation et de l’attribution des marchés de construction a attribué 87% de l’enveloppe financière aux sociétés de Daoussa Deby, les 13% restants ont été attribués à des gens qui travaillent pour lui, selon les commentaires des Ndjaménois. Autrement dit, pendant plus de 19 ans, le système Deby a crée une génération de personnes qui n’ont aucun idéal et qui ne pensaient qu’à leur tube digestif. A la faveur de cette mangeoire à ciel ouvert qu’est devenu le Tchad, Zen Bada comme tant d’autres et certainement pour beaucoup moins quant à certains, fût convié à la noce et ne s’en priva guère. Jusque-là rien de nouveau sous le ciel tchadien, seulement s’étant constitué une belle fortune grâce à sa position, il consolida sa base politique et sociale et fort de ses acquis, il franchit le pas et déposa sa candidature au poste très stratégique de secrétaire général du MPS; une première fois contre Mahamat Saleh Adoum, en véritable « ouled Ndjaména », il fit campagne et mobilisa toutes ses relations à telle enseigne qu’il a fallu bourrer les urnes pour le déclarer perdant à la fin d’un décompte clandestin.

Récemment, après la démission de Mahamat Saleh Adoum pour cause de maladie, il remit sur la table sa candidature, provoquant la colère de Deby. Le vote eut lieu et le constat était là : Zen Bada avait encore gagné. Dès lors, une autre astuce fut trouvée : mettre dans la balance le vote d’Idriss Deby qui pesait 200 voix, et c’est ainsi que Deby fit perdre Zen Bada. Les militants MPS s’alignèrent devant le vol de leurs votes par leur propre chef.

Pour les membres du clan, et pour Deby, des lignes avaient été franchies par Zen Bada. Sa destitution était quasi certaine quand il lui a été signifié de ne pas se rendre à Sarh pour participer aux festivités de la fête du 1er décembre.

Au moment où la cellule de communication de Deby axe toute la propagande du régime sur les infrastructures, Deby en cherchant à mettre sur la touche quelqu’un qui a mouillé son maillot pour lui, souhaite à l’approche des élections, donner une paternité clanique à ses « réalisations » ; et là assurément Zen Bada - qui serait tenté de s’arroger, ne serait-ce qu’en partie, la paternité de cet « actif » - n’étant ni de la famille des Itno, ni appartenant au clan, ni un vrai proche, encore moins un intouchable, en se permettant de nourrir des ambitions au delà de la ligne rouge fixée par les membres du clan Itno, ne pouvait que s’attirer leur colère. Ainsi va le Tchad….


La Rédaction de zoomtchad

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